UN DINER D’ARTISTES
rieure. — Autant que je puis juger de cette petite figure ensevelie entre deux énormes épaules, il y a quelque chose d’exotique dans les traits dont elle se compose.
« — Cet habitant des bords de la Baltique est un de ces amateurs passionnés des arts que le dernier siècle a vus naître, et qui, je crains bien , ne laisseront pas de postérité. Ses premières visites à Paris, où l'a conduit le goût qui le subjugue, ont été pour les peintres fameux, dont il s’est fait ouvrir tous les portefeuilles , achetant à grand prix tous les dessins qui parurent dignes de figurer dans sa collection. Un goût très vif, qui ne s’éteint pas au bout d'un certain temps, devient, pour l'ordinaire, une manie; celle de notre amateur est arrivée au point d epuiser sa fortune, qui a passé tout entière, de son coffre-fort et de sou portefeuille , dans cinquante énormes cartons où toutes ses richesses nouvelles sont renfermées. Il prend aujourd’hui sur ses plaisirs, même sur ses besoins, pour augmenter cette immense collection. Quelque part qu’on le rencontre, on est sûr de le trouver, un carton sous le bras , allant ou revenant de faire l’emplette de quelque crociute du Caraehe ou de Faille Véronèse, sans songer qu’il emploie à cette acquisition l'argent qu’il destinait à payer son terme ou le mémoire de son tailleur. »
Le dessert et le vin de Champagne étaient ser-
ia4 un dîner d’artistes.
vis ; les domestiques s’étaient retirés ; notre Momus entonna sa chanson, à laquelle les ris immodérés de tous les convives servirent de refrain. Il était neuf heures lorsque nous sortîmes de table , enchantés de nos hôtes, et plus convaincus que jamais que les gens qui savent le mieux jouir de la vie sont ceux qui cultivent à-^p-fois les arts et l'amitié.
ALIX ET BÉRENGER
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ALIX ET BÉRENGER
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