‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 3 (volume 3)Chapitre 15 sur 56 · LA FONTAINE D’AMOUR · texte numérisé non relu

LA FONTAINE D’AMOUR

Forts frat illimis , nitidis argent? us uni iis ;

Quein ne que fxistorcs , ttequc pas ta monte capeUa- Contigerant.

Ovide, Me tant. , liv. III.

Un vallon recelait une source argentée.

Inconnue aux troupeaux , de* berger» respectée, Trait, de SaIMT-AnOK.

Amores

De tenero meditatur ungui.

Hon. , ode vi, liv. III.

L'amour, dès leur plus jeune âge , occupa leur pensée.

J ai parlé, dans le récit de mon voyagea Pontoise, d’une Fontaine d’amour qui fut appelée, pendant long-temps, la Fontaine des Fresnes; j’ai dit que l’aventure inalffeureuse de deux amants donna

* Anecdote du quatorzième tiède

ALIX ET DEItENGElI.

lieu à ce changement de nom , el je 111e suis en quelque sorte engagé à faire partager à nies lecteurs le plaisir que m’a fait la découverte du manuscrit d’où , cette anecdote est tirée.

Si j avais à traiter de cette vieille nouvelle avec un libraire, et qu’il me fallût absolument faire un volume, je ne manquerais pas (sous prétexte d’en prouver l’autbentieité, mais en effet pour en multiplier les pages) d’entrer dans les détails les plus minutieux des circonstances qui m’ont rendu possesseur de ce manuscrit; et je terminerais, suivant l’usage, par la proposition de le déposer chez un notaire; mais puisqu’il est bien reconnu que ces discussions, qui ne prouvent rien et 11e persuadent personne, ont le tort d’être passablement ennuyeuses, je ne me plains pas de l'obligation où je me trouve de supprimer toute espèce de préface, et de dire en peu de mots que, parmi beaucoup de paperasses du dépouillement desquelles je m’étais chargé, j’ai trouvé quelques feuillets de parchemin renfermés dans un étui de fer-blanc ; qu’à la lecture des premières lijpies, j’ai vu que ces feuillets contenaient un fragment de l’histoire d’une religieuse de l'abbaye de Maubuisson, écrite dans un français tellement gaulois, que je ne suis parvenu qu'avec beaucoup de peine à déchiffrer ce manuscrit, dont voici l’extrait fidèle :

« En 1 3 / 4 , sous le règne de Charles V, si justement surnommé le Sage; à cette époque où fleuris-

saient à-la-fois les lettres et la chevalerie, naquit dans un château, sur les bords de la Seine, à peu de distance de Saint-Germain, Bérenger de Prestes, fils d’un brave gentilhomme attaché à la cour du roi.

« Ce fut au milieu des réjouissances de la trêve que lut célébrée la cérémonie du baptême de cet enfant, à qui le roi, en souvenir des services de son père, assigna pour parrain, Jean, sire de Neuville, un des capitaines et des chevaliers les plus renommés de cette brillante époque. Bérenger était encore au berceau lorsque son père mourut.

«Dès qu’il eut atteint sa douzième année, la châtelaine sa mère, après lui avoir fait donner sous ses yeux les premiers principes de l’éducation militaire, l’envoya chez son illustre parrain pour commencer sa carrière en qualité de poursuivant : espèce d'apprentissage durant lequel l’élève portait la lance et le bassinet des chevaliers, apprenait à monter à cheval , et s’instruisait dans les trois métiers des armes.

«Le matin du jour de son départ, le jouvencel entra dans la chambre de sa mère pour recevoir sa bénédiction. Elle lui fit réciter le poème de Hue de Tabarie , sur Cordenne de chevalerie, lui passa au cou une petite chaîne à laquelle pendait un caillou qu’un de ses aïeux avait rapporté des bords du Jour dain, et sur lequel étaient gravés ces mots: Dieu, la

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France, et C honneur . La châtelaine, après avoir embrassé son fils en le baignant de ses larmes, le confia aux soins d’un vieux serviteur, et monta sur la tourelle du château pour le suivre des yeux aussi loin qu’il lui fut possible.

« Bérenger n’arriva que le lendemain au château de Neuville, dont l’appareil guerrier fut la première chose qui fixa son attention : ces murs crénelés, ces tours à mâchecoulis, ces larges fossés, ces doubles ponts-levis, ce donjon élevé, ce beffroi de la chapelle qui sonnait l 'Angélus au moment où le jeune poursuivant arriva, tous ces objets, étrangers à la paisible enceinte de Presles, lui inspirèrent un étonnement mêlé de crainte, dont il conservait encore quelque chose lorsqu’il parut devant le seigneur de Neuville. Celui-ci l’embrassa, promit de lui servir de père, et le conduisit chez la comtesse, qui le reçut de la manière la plus affectueuse; la petite Alix, sa fille, d’un au plus jeune que Bérenger, dont la grâce et la beauté semblaient devancer l’âge, était assise sur le même fauteuil, auprès de sa mère qui lui montrait à ouvrer de la tapisserie.

« Dès le lendemain le pupille du comte fut installé dans ses nouvelles fonctions, et soumis à toutes les pratiques de la vie militaire à laquelle il était destiné. Les moindres fautes étaient punies avec une sévérité qui faisait souvent couler les larmes de la bonne petite Alix; mais Bérenger se consolait en

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pensant que cetait à pareil prix que le sire de Neuville avait acquis le grand renom dont il jouissait.

“ Les exercices militaires n'occupaient cependant pas tous les moments de Bérenger, il consacrait chaque jour quelques heures à l’étude de la poésie, qu’il aimait avec passion , et dont le prieur de Ricux , grand-oncle de la comtesse, lui donnait des leçons.

« Ce prieur avait deux maladies incurables : la goutte et la fureur de composer des sirventes contre les personnages de la cour le plus en évidence. Comme tous les libellâtes de ce temps-là (qui auraient bien dû enterrer avec eux leur secret), le méchant abbé avait grand soin, en lançant scs traits, de se mettre à couvert sous le voile de l’anonyme. Pour plus de sûreté, il imagina de faire copier ses vers par son jeune élève, qui n’y entendait pas malice, et qui se trouvait trop heureux d’apprendre, au prix d’une complaisance dont il ne soupçonnait pas le danger, les règles du virelai , du lenson, et de la ballade. Bérenger n’aimait que ce genre de poésie, et déjà s’y exerçait avec grâce et facilité, sans même s’apercevoir que le nom d’Alix se glissait dans tous ses vers pour en compléter, quelquefois même pour en rompre la mesure.

u Le château de Neuville était bâti à mi-côte, et dominait la rivière de l’Oise. A l’extrémité du parc,

Ermite, t. 111. 9

AUX ET BÉnENGEB.

du haut d'une petite colline dont quelques rochers couronnaient la crête, une source d’eau limpide s’échappait en cascade et serpentait dans un bosquet de frênes : c’est de cet endroit, d’où l’œil dominait sur la campagne, que le comte partait ordinairement pour la chasse, et c’est là que, dans la belle saison, la châtelaine et sa hile allaient attendre son retour. Bérenger était toujours le premier qu’Alix apercevait; et le sire de Neuville ne découvrait pas encore le donjon du château, que Bérenger l’assurait déjà qu’Alix était au rendez-vous.

« I /habitude de se chercher, de s’attendre au même lieu , leur avait inspiré un attachement très vif pour la fontaine des Fresnes , avant qu’ils se doutassent de celui qu’ils avaient l’uu pour l’autre. Le datnoisel était depuis deux ans dans ce château, où chacun semblait se disputer à qui l’aimerait davantage, quand le comte se décida à le nommer écuyer.

u Bérenger n’avait que quinze ans, et déjà personne ne maniait avec plus d’adresse un destrier, ne portait avec plus de grâce le heaume sur le pommeau de la selle, ne s’entendait mieux à attacher une armure, à lacer la cuirasse, à river une ventraille.

» Dans plusieurs rencontres périlleuses, où il avait accompagné son noble maître, il avait déployé une intelligence et une valeur fort au-dessus de son âge. Il n’était déjà bruit à la cour de Charles que du

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gentil écuyer du sire de Neuville. Estimé de son illustre protecteur, chéri de ses égaux, secrètement adoré par la charmante Alix , objet de ses timides vœux, il semblait entrer dans la vie sous les plus heureux auspices : une si belle aurore n'aunonçait qu’un jour d’orage.

« Depuis quelque temps, les satires les plus odieuses inondaient la cour et la ville , et leur auteur, au sein des ténèbres qu’il épaississait autour de lui, échappait au ressentiment de ceux qu’il outrageait avec autant de violence que de lâcheté. Le jeune Bérenger, jusqu’alors étranger au monde, à ses passions, à ses intrigues, était toujours, à son insu, l’instrument des vengeances du prieur.

« Un événement historique d’une haute importance fournit à l’abhé de Rieux une nouvelle occasion d’exercer sa plume satirique : il ne la laissa point échapper. Le duc de Berri venait de faire manquer, par imprévoyance, une expédition militaire habilement concertée; l'abbé fit, à ce sujet, une pièce de vers dans laquelle le retard que le duc avait apporté à l'exécution des ordres du roi était interprété de la manière la plus injurieuse à l’honneur du prince.

« Bérenger venait de copier ces vers et les avait sur lui, lorsque le comte le chargea d’une mission dont l’objet était de remettre au roi lui-même la dépêche importante dont il était porteur. Il partit

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au même instant pour Paris. Son Altesse ' était à Vincennes, et devait revenir le soir même à l'hôtel Saint-Pol, quelle habitait alors. Bérenger l’y attendit ; il remplit le lendemain sa mission , reçut l’ordre de se rendre à Fontainebleau où se trouvait alors la reine, y resta quatre jours, et ne revint à Neuville qu’après une absence d’une semaine.

« Bérenger avait été bien reçu à la cour; il rapportait une réponse satisfaisante aux dépêches dont il avait été chargé. 11 allait revoir Alix après une séparation de huit jours : on peut juger de quels sentiments son cœur était rempli, de quelle ardeur il pressait son rapide coursier! Déjà il découvre, des bords de l’Oise, les tours du château ; il distingue la cime des arbres de ta Fontaine des Fresnes, qu’éclairent les derniers rayons du soleil ; il reconnaît la chapelle au reflet brillant de ses vitraux coloriés. Debout sur ses étriers, les yeux fixés vers la fontaine, il croit voir, il voit en effet la jeune Alix, elle agite son mouchoir en l’air : le cheval de Bérenger ne court plus, il bondit, et franchissant les haies et les ravins , il porte en un moment l’impatient jouvencel au pied de la colline.

« Alix, suivie de la plus âgée de ses femmes, se précipite au-devant de lui, et, d’une voix étouffée

* Ce ne fut que sous le règne de Louis XI que les rois de France [lurent le litre de Majesté. , $ '

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par les sanglots: Fuyez, lui dit-elle, fuyez, Bérenger; vous avez tout à craimlre si vous reparaissez au château! Il est impossible de peindre le désordre affreux que ces mots et les larmes d’Alix jetèrent dans lame du malheureux jeune homme. A peine a-t-il la force de demander la cause de l’épouvantable malheur qu’on lui annonce: Alix l’ignore; mais elle a été témoin du courroux de son père; elle en craint les plus funestes effets. Bérenger reprend ses esprits, sa conscience ne lui reproche rien, et l’honneur lui fait un devoir de se justifier aux yeux de son bienfaiteur. Alix le presse en vain de s’éloigner, du moins pour quelques jours; il résiste.

« Pendant ce pénible débat, le jour achevait de s’éteindre, le cri de l'oiseau nocturne commençait à se mêler au chant lointain du laboureur. La dame Berthe, qui avait accompagné Alix, lui fit remarquer que le son du cor s’était fait entendre trois fois, et que les portes du château allaient se fermer. Alix reprit la route du parc dont Berthe avait la clef, et Bérenger, remontant à cheval, traversa le pont-levis au moment où il commençait à s’ébranler.

« Aucun varie I ne se présenta au perron pour prendre son cheval, qu’il abandonna dans la cour; il parvint, sans que personne eût voulu l’annoncer, jusqu’à la salle des Armoiries, où il trouva le comte

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qui s'entretenait avec ie prieur de Rieux , et qui le reçut avec un regard terrible.

« Sans lui permettre de dire un mot , il lui montra la satire écrite de sa main, et tombée par mégarde de la poche de son manteau dans la chambre qu’il avait occupée à l’hôtel Saint-Pol. Le duc de Berri l’avait envoyée lui-même au seigneur de Neuville, en lui abandonnant, par déférence, la punition du coupable. A la vue de cet écrit , dont on lui révélait en même temps le crime et l’importance, le malheureux jeune homme pâlit , rougit; et, tournant ses yeux mouillés de larmes vers le prieur qui cherchait à les éviter, il se contenta de protester de son innocence. Que pouvait une simple dénégation, opposée à des preuves écrites? Le comte, après lui avoir adressé les reproches les plus amers, lui ordonna de quitter sur-le-champ le château pour n’y plus reparaître. Attéré par ce dernier coup, Bérenger, en tombant aux genoux de l’abbé de Rieux, ne prononça que ces seuls mots: Ah! Monsieur le Prieur! Celui-ci eut la lâcheté de garder le silence, que sa victime eut le noble courage de ne pas rompre. Ce fut en vain que la comtesse, effrayée de la douleur de sa fille, intercéda eu faveur du jeune écuyer. Le comte fut inexorable; et les portes du château se rouvrirent au milieu de la nuit, pour en faire sortir la plus noble, la plus aimable, et la plus innocente créature.

ALIX ET BÉH EN G EH

« La cloche du château sonnait minuit, et la lune dans tout son éclat répandait une douce clarté sur la campagne. Bérenger, le désespoir, la mort dans lame, s'était arrêté à quelques pas des fossés, et, contemplant, appuyé contre son cheval, ces murs dont il était banni, des larmes brûlantes s’échappaient de ses yeux, il les tenait fixés sur la fenêtre de la chambre où la tendre Alix allait passer une nuit de douleur. La sentinelle, qui se promenait sur le parapet intérieur, l’aperçut et le força de s’éloigner. Incertain du parti qu’il avait à prendre, Bérenger erra quelque temps au hasard, et prit enfin la route du château de Prcsles, où il pouvait trouver, auprès de sa bonne mère, les consolations dont son cœur avait tant besoin, mais dont ses pressentiments repoussaient l’espérance.

«Bérenger, qui s’éloignait avec tant de regret des bords de l’Oise, n’arriva au manoir de Prcsles que le lendemain, au soleil couchant. L’émotion qu’il éprouva en revoyant des lieux où s’écoulèrent les douces années de son enfance, en songeant qu’il allait embrasser sa mère après une séparation de quatre ans, s’empara insensiblement de tout son cœur : il suivait, en s’approchant du château, un sentier de la forêt qu’il se rappelait avoir parcouru la première fois qu’il monta à cheval : ce sentier le conduisit jusque dans la première cour, où se trouvaient réunis un grand nombre de paysans : leur

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contenance morne et silencieuse ne lui causait encore que de l'étonnement; ce fut de l’inquiétude qu’il éprouva lorsqu'il aperçut le vieux Raymond en pleurs, qui distribuait des aumAnes à la foule des pauvres dont il était environné.

« Bérenger l'appelle en sautant à bas de son cheval; Raymond reconnaît son jeune maître, pousse un cri, et vient se jeter à ses genoux. Celui-ci le relève en frémissant; il l’interroge O douleur!....

l’infortuné n’a plus de mère! elle a succombé depuis deux jours à une maladie cruelle contre laqneUe sa jeunesse luttait depuis plusieurs années. La douleur extrême n’afflige pas le cœur, clic le brise. A cette affreuse nouvelle, Bérenger perdit l’usage de scs sens; et pendant huit jours que dura cet état d’anéantissement, dont il ne sortit que par les accès , du plus effrayant délire, les noms d’Alix et de sa mère furent les seuls mots qu’on lui entendit prononcer.

u Les soins qu’on lui prodigua ne furent pas sans succès; sa vie, au moment de s’éteindre, se ranima. Dès qu’il eut repris quelque force , il se fit conduire au tombeau de sa mère : elle reposait auprès de son époux, dans le chœur de l’église; il y passa une journée entière, dans la méditation et dans les larmes.

« Ce devoir rempli, Bérenger remit au chapelain du château l’administration de tous ses biens, le chargea de doter en son nom quatre des jeunes filles les

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plus vertueuses du village, dont les premiers enfants prendraient le nom d’Alix ou de Bérenger, et se prépara, pour la seconde fois, à quitter le toit paternel. Le matin du jour de son départ, il se renferma dans l'oratoire, où il écrivit une lettre à Alix, qu’il chargea Raymond de lui porter, en donnant à celui-ci, pour instructions, de se rendre à Neuville, d’y attendre dans le bosquet des Fresnes l’occasion de remettre sa lettre , et de lui en porter la réponse à Dijon, où il allait passer quelque temps à la cour de Bourgogne.

« Dans une visite que le duc de Bourgogne avait faite au sire de Neuville, le jeune Bérenger avait fixé son attention et mérité sa bienveillance. Les idées de grandeur et d’ambition étaient bien loin de son esprit ; mais il voyait dans la gloire le seul moyen de se rapprocher d’Alix , et il espérait trouver à la cour de Philippe l’occasion de se distinguer et de se faire armer chevalier; c’est dans cet espoir qu’il dirigeait ses pas vers Dijon.

« Un jour, c’était le huitième depuis son départ du château dePrcsles, il traversait une forêt à quelques lieues d’Auxerre; la chaleur était excessive, son cheval et lui-même avaient besoin de quelques moments de repos; il mit pied à terre : la bride de son destrier passée dans son bras, il s’assit au pied d’un arbre, et, s’abandonnant à des réflexions auxquelles le souvenir d’Alix mêlait de douces espérances, peu

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à peu ses yeux se fermèrent, et, sans changer d'objet, ses pensées devinrent des rêves.

h 11 dormait profondément lorsqu'un bruit d'armes, un cliquetis d’épées, le réveillèrent en sursaut. I-e premier mouvement du jeune écuyer fut de s’élancer sur son cheval et de courir vers l’endroit d’où partait le bruit qui avait interrompu son sommeil. Trois hommes en attaquaient un quatrième, près de succomber sous leurs coups. Bérenger vole à son secours. Sa subite apparition, la vigueur de son attaque, jettent l'effoi parmi les assaillants qni se dispersent et finissent par chercher un refuge dans l’épaisseur de la forêt. Le chevalier à qui le dumoisel avait rendu ce service, était le brave maréchal de Loigny, surpris aux environs de son château par quelques uns de ces brigands armés dont la France était alors couverte.

« Bérenger crut devoir taire son nom ; mais le maréchal n’en exigea pas moins qu’il s’arrêtât quelques jours auprès de lui. Ce noble guerrier, retiré de la cour depuis la mort de Charles V, jouissait, dans sa glorieuse retraite, du bonheur de la vie privée, auquel son amour pour les lettres ajoutait un nouveau charme. Son château était en quelque sorte le rendez-vous des troubadours, et chaque jour y donnait lieu à quelque fête nouvelle.

» Ces plaisirs, auxquels Bérenger, en tout autre temps, se serait livré avec tant d’ardeur, ne pou-

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