LA JOURNEE D’UN JEUNE HOMME
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Kinc.
11 y a quelquefois lieaucoup iTidreuc à accorder ce qu'on pourrait refuser avec justice.
La jeuuessc regarde devant, et U vieillesse derrière soi.
Montaicri.
C’est un noble emploi que celui de Mentor ! combien de vieillards se croient appelés à le remplir, sans autre titre que leur âge! 11 est bien vrai que Minerve s’est affublée d’une barbe grise pour accompagner Télémaque; mais cette barbe cachait la sagesse : on y serait souvent attrapé aujourd’hui. Ce n’est pas l’envie de soutenir un paradoxe qui me fait avancer qu’il s’est fait depuis quelques années, entre les jeunes gens et les vieillards, un échange de défauts et de qualités, de vertus et de vices, qui ne permet, le plus souvent, de les reconnaître qu’à la couleur de leurs cheveux et à l'accueil différent
JOURNÉE D’UN JEUNE HOMME. Al'] que leur font les femmes, .le citerais autant de jeunes gens moroses, prudents, circonspects, égoïstes, que de vieillards légers, prodigues, bouffons, indiscrets. 11 résulte de ces emprunts mutuels des caricatures également ridicules au physique et au moral.
C’est un singulier reproche à faire à la jeunesse de notre temps, que celui d’être trop raisonnable; et j’ose dire cependant qu’il est mérité. La prévoyance des pères n’a jamais trouvé moins d’obstacles dans les passions des enfants: on peut admettre ceux-ci dans les délibérations de famille où il est question de leur choisir un état ou même une épouse; on sera tout surpris de la justesse avec laquelle ils apprécieront les avantages de l’un et la dot de l’autre. Ne craiguez pas que l'enthousiasme les égare, que l’amour les aveugle; ils savent aussi bien que leurs grands-pères se défeudre de toute illusion. Ils n’ont point encore de souvenirs, ils ont déjà de l’expérience. A vingt ans, ils n'ont plus de passions, et ils ont déjà la goutte.
Si je ne fais aucun cas de cette maturité précoce de nos jeunes gens, je méprise bien davantage, chez certains vieillards, une jeunesse prolongée aux dépens de l’estime et de la considération publiques. On a signalé avec raison, comme une preuve de la décadence des mœurs, le peu de respect qu’obtient aujourd’hui la vieillesse; mais on n’a pas tenu assez de compte des exemples qui servent d’excuse, ou du
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moins de prétexte plausible, à cette atteinte portée à la morale publique. Le scandale d'une vie honteuse, donné impunément par un seul vieillard, dans quelque condition que ce soit, a sur les mœurs une influence plus dangereuse que l’inconduite et les désordres de cent jeunes gens. I /autorité de l’âge se fait sentir jusque dans le mépris qu’il appelle sur lui-même. La démonstration de cette vérité, appuyée sur un fait bien notoire, bien personnel, m’entraînerait en sens inverse du but que je me propose, et auquel je reviens sans autre préambule.
J’ai un petit-cousin ou petit-neveu à la mode de Bretagne ( le titre de grand-oncle me convient mieux), que j’ai déjà introduit auprès de mes lecteurs sous le nom d’Ærnesf de Lallé '. Capitaine de hussards à vingt-quatre ans, avec un bras en écharpe, une croix à la boutonnière, vingt-cinq mille francs à dépenser, et toutes les qualités que Julie d Etanges exigeait dans son amant, en voilà plus qu’il n’en faut pour passer agréablement, à Paris, un congé de convalescence, et pour donner beaucoup d’inquiétude à un père très tendre et très économe, qui vit dans sa terre à quatre-vingts lieues de la capitale.
Investi, par procuration, d’une partie de son au-
1 Voyeitome I* r , page 37e.