JOURNÉE I)’UN JEUN K HOMME
qucs cheveux blonds ; il reprit sa sécurité en suppoposant que je n’en connaissais pas l'usage.
Avaut de sortir, Ernest donna audience à son tailleur de ville, qui lui apportait une collection de gilets de fantaisie, et à son tailleur militaire, le célèbre tTaller, auquel il commanda un nouvel uniforme, dont le prix fut débattu et demeura fixé à 2,000 fr.
Les chevaux étaient prêts; j’avais envoyé chercher chez moi des bottes à l’écuyère qui n’avaient pas quitté les embauchoirs depuis deux ou trois ans, des manchettes de bottes, et des éperons brisés, dont j’ai conservé l’usage. Ernest m’avait fait préparer un bon cheval d’escadron à tout crin, harnaché d’une selle française à troussequin, avec caparaçon brodé: il montait, à l’anglaise, une longue haridelle, courte queue, bien efflanquée, qu'il appelait un cheval de race, taudis que le plus beau cheval de son écurie était monté, suivant l usage, par le domestique, qui nous suivait en redingote carrée nouée avec une ceinture de cuir. Dans notre promenade, que nous poussâmes jusqu’au Raincy, nous établîmes une discussion sur les changements survenus dans la manière de monter à cheval ; et je forçai mon jeune compagnon de convenir que l’art de l’équitation se réduisait aujourd'hui à aller le plus vite possible, et que les innovations étrangères, dont quelques unes avaient cependant leurs avan-
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tages, étaient faites aux dépens de la grâce, de l’élégance, et de la solidité.
Il était onze heures lorsque nous revînmes à Paris; nous descendîmes au café Tortoni pour y déjeuner. Le salon de ce café a cela de particulier, que presque toutes les personnes qui s’v rassemblent se connaissent. C’est un point de réunion où l’on est d’autant plus sûr de se retrouver le matin , qu’un jeune homme de bonne compagnie ne peut guère déjeuner ailleurs. Il est du bon ton d’y prendre les manières d’un habitué : aussi Ernest ne manquat-il pas , en entrant, de dire un mot aimable à la jeune personne du comptoir, de faire compliment à madame Tortoni sur sa fraîcheur, et d’appeler Préi>ost à haute voix : Prévost, ce coryphée des garçons de tous les cafés du monde, dont le zèle, l’adresse et l’incroyable activité, ne peuvent se comparer qu’à l’aisance de ses manières et à l’excessive politesse de son langage.
Pendant que je prenais ma tasse de chocolat, et qu’Ernest déjeunaitcomme on dînait de mon temps, lorsqu’on avait bon appétit, le général F"*, à la table voisine, parlait du tir et des nouvelles armes à feu de M. Pauly. Ernest, qui avait acheté depuis quelques jours une boîte de combat et un fusil de chasse ordinaire, crut devoir s’élever contre une invention qu’il ne connaissait pas. Je me récriai sur cette manie française de décrier nos propres décou-