I.A SAISON DES EAUX
différents états, c’est quelles donnent aux unes l'espoir de devenir «aères, et font oublier aux autres qu elles Tout été.
« Pour peu que vous vous intéressiez à la santé, à la gloire, et au bonheur du beau sexe, faites en sorte, mon cher Ermite, de mettre en crédit, pour la saison prochaine, les eaux minérales île Dinan, "petite ville de Bretagne où vous êtes en grande vénération.
u Je vous salue. »
P***, ancien médecin.
Je publie la lettre du docteur, et je remets à la saison prochaine à dire mon avis sur les assertions qù 'elle contient.
Revenons à nos portraits. U y a des plantes qui ne viennent bien que dans les lieux humides : il y a des personnages qu’on ne rencontre qu’aux eaux ; il semble que ce soit là leur élément. Le type de cette espèce d’amphibies est, sans contredit, un monsieur et une madame Despares , que personne ne peut sc flatter d’avoir vus en Europe, ailleurs qu’à Spa, à Bath, à Tunbridge, à Tœplitz ou à Plombières. Ils disparaissent veimla fin de l’automne, comme les hirondelles, CT^crsonne ne peut dire dans quelle contrée ils vont passer l’hiver.
La première fois que je rencontrai ce couple d’oiseaux-voyageurs, le mari u’était pas loin de la cin-
Diaitized bv
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quantaine , et sa femme avait tout au plus vingthuit ans. L’un et l’autre se distinguaient par des manières nobles, des mœurs élégantes, le ton et le langage de la meilleure compagnie. Despares jouait un jeu énorme; le rôle de sa femme paraissait être de déclamer contre cette passion funeste, et d’en allumer de plus douces. Elle avait une prédilection toute particulière pour les princes de la confédération germanique, depuis les électeurs jusqu a l’abbé de Stablo inclusivement; et l’on n était guère admis dans son intimité tpi 'autant qu’on pouvait letre à la diète de llatisbonnc.
Je me souviens d’une cbanoinesse de Clai..., que l’on était bien plus sûr de trouver à Spa qu’à son chapitre.
Par trente-six printemps sur sa tête amassés,
Ses modestes appas n’étaient point effacés.
Déterminée à renoncer aux douceurs du mariage, elle s 'était arrangée pour jouir des charmes du célibat. On la voyait arriver tous les ans à Spa avec la même dame de compagnie et un nouveau cousin, qu’on était convenu d’appeler le cousin des Eaux, pour éviter toute méprise et toute explication. Derfeuil , qui avait fait valoir ce droit de parenté pendant la saison que nous passâmes ensemble à Spa, voulut que je prisse date pour être de la famille l’année suivante. Cette aimable cousine est venue à
Ermite, t. iïi. 16
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mourir, dix ans après, dans ces mêmes lieux quelle a du moins peuplés de souvenirs agréables.
Tout le monde connaît, aux eaux, le baron de Ferlus, soi-disant banquier à Hambourg, où l’on ne trouverait pas un écu sur sa signature. Personne ne paraît s’entendre mieux aux grandes spéculations commerciales; il a des relations, il l’assure du moins, dans toutes les places de l’Europe; il a sans cesse à la bouche le nom des plus fameux négociants ; c’est sans affectation qu’il parle des opérations immenses qu’il a faites aux dernières foires de Francfort et de Leipsick. La seule chose qu’on ne conçoive pas, après l’avoir bien écouté , c'est qu’aucun souverain de l'Europe ne lui ait encore confié ses finances, et qu’il soit obligé de venir aux eaux pour y chercher des dupes.
Il y a trois ou quatre ans qu’étant aux eaux de Bade, en Suisse, il trouva le moyen de persuader à un grand seigneur allemand, qu’il possédait, dans une de ses terres de la Lusacc, des carrières de marbre dont l’exploitation devait rapporter plusieurs millions : ils passèrent ensemble un marché, que le baron céda quelques mois après pour la somme de quatre-vingt mille francs à un négociant de Neufchâtel, lequel a déjà dépensé deux ou trois cent mille francs à fouiller une carrière dont il n’a pas encore retiré de quoi faire une console ou un dessus de commode. Cet homme a déjà fait,
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refait, et perdu vingt fois sa fortune : en m’avouant un jour qu’il ne possédait pas, pour l’instant, dix louis au monde, il me proposa d’en parier mille qu’il reviendrait de Bath, où il allait passer la saison des eaux, avec eeiit mille francs dans sa bourse ou dans son portefeuille. Je me gardai bien de tenir un pari que j’aurais effectivement perdu.
Depuis trente ans, Villebrune n’a d'autre existence que celle qu’il tire de son talent pour le jeu, qu’il n’exerce jamais qu’aux rendez-vous des eaux les plus fréquentés. Son bonheur est si constant, qu’on serait tenté de croire qu’il y entre beaucoup d’adresse ; mais la preuve de sa bonne foi est à la pointe de son épée; et Villebrune l’a tant de fois administrée avec succès, qu’il a fini par convaincre tout le monde, sans persuader personne.
De tout temps les eaux ont leurs poètes ainsi que leurs médecins : cette troupe innocente (je parle de celle des poètes) possède, en commun, le fonds d’une vingtaine d’idées, qu’on voit reparaître, tous ans, sur des rimes nouvelles : ce sont toujours des Jlammes qui brûlent au sein des eaux, la mort que ron trouve où bon venait chercher la vie, des variations sur le proverbe : Fontaine, je ne boirai pas de ton eau, et autres gentillesses de cette nature.
Le coryphée des poètes tliermals était autrefois un petit abbé de la Hoquette , dont la vogue était
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telle, qu’on s’informait des eaux où il devait se rendre, avant de se décider sur celles qu’on se ferait ordonner par son médecin. Ce prestolet, pâle et maigre, ressemblait à l’abbé de Voisenon, qu’il cherchait à imiter, en buvant, comme lui, de l’eau acidulée avec un bouquet de pimprenelle. L’abbé de la Roquette était, aux eaux, l’ordonnateur de toutes les fêtes, l’aine de tous les plaisirs.
Je me rappellerai toute ma vie la salle de spectacle qu’il construisit, en deux heures de temps, à Pyrmont où ii avait fait venir une troupe de comédiens français : à défaut d’autre local pour y établir son théâtre, il avait jeté son dévolu sur le vaste hangar d’un sellier, qui permit qu’on en disposât, mais à condition de ne point déménager ses voitures. L’ingénieux la Roquette trouva le moyen de tout concilier : il fit démonter les caisses de dessus leurs trains, les fit ranger en demi-cercle, les unes à côté des autres, et composa de cette manière un rang de loges d’un genre tout-à-fait nouveau ; un grand carrosse, à portières ouvertes, de l’évêque de Wderborn, formait la loge d'honneur, et deux belles diligences, aux extrémités de l’orchestre figuraient les loges d’avant-scène. Un second rang de loges de la même espèce s’élevait sur leurs trains; et toutes les selles disposées sur de longues perches perpendiculairement au théâtre, composaient un parterre où les spectateurs étaieut à califourchon. Jamais spec-
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taclc plus grotesque n’a excité des ris plus immodérés.
.J’ai eu l'occasion de m’assurer que les poètes des eaux ne sont ni moins nombreux aujourd’hui, ni moins fêtés qu’au temps de l’abbé de la Roquette: l’un d’eux cependant s’y est fait, l’année dernière, une réputation de malignité qui pourrait nuire à ses confrères: dans une pièce de vers intitulée tes Eaux de B ***, il a prétendu que la fontaine de Ch... avait la même vertu que celle de Sa linacis; et il a cité plusieurs exemples des unions androgynes quelle avait opérées.
Le doyen des eaux, le baron de F , est mort
à Barége, l’année dernière, à l’âge de quatre-vingtquinze ans. Cet ennuyeux mortel, qu’on fuyait avec autant de soin qu’on recherchait l’abbé de la Roquette, avait trouvé le secret de rendre insipides les détails de la vie du maréchal de Saxe, à l’étatmajor duquel il avait fait ses premières armes. A l’entendre, c’est à lui qu’on avait été redevable des succès de Lawfelt et de Bocaux. Parvenu au grade de brigadier, il avait quitté le service après la défaite de Minden, et, depuis ce temps-là, il se croyait obligé, pour motiver sa retraite, de venir aux eaux tous les ans. raconter, à qui voulait l’entendre, pour la vingtième fois, “ que le maréchal de Contades avait été battu pour n’avoir pas adopté son plan de campagne; que le duc de Fitz-James, en refusant
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d’attaquer sur un point qu'il avait indiqué, avait été cause de la perte de la bataille, et que sans lui la retraite eût été impossible. « Toutes les guerres que la France a soutenues depuis un demi-siècle ; tant de batailles , de faits mémorables , de victoires inouïes, entassés, pour ainsi dire, sur les dernières pages de nos annales, étaient à ses yeux comme non avenus. Il en était resté à la guerre de Sept-Ans, et n’avait pas l’air de croire qu’il se fût tiré un coup de canon en Europe depuis ce temps-là.
Le pendant de cet éternel baron était un M. d’Ar. .., admirateur exclusif et ridicule du grand Frédéric, depuis un voyage de quinze jours qu’il avait fait en 1 776 à Berlin, d’où il n’avait rapporté, pour tout avantage, qu’une longue queue à la prussienne, une canne en forme de béquille, et la manie de prendre à tout moment du tabac dans la poebe de sa veste.
J’aurais pu faire entrer dans cette galerie de portraits, celui de cette belle vaporeuse à qui les maux de nerfs siéent si bien , et dont les crises varient suivant l’âge et le sexe des témoins; celui de cette jeune malade qui vient, sous la garde de sa mère , se guérir aux eaux , d’un mal dont elle aimait trouvé le remède par-tout ailleurs avec quelques mois de patience; celui de telle coquette habile qui fait entrer pour beaucoup , dans le plaisir de faire des connaissances nouvelles , l’espoir de ne les re-
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voir jamais; mais il y a des secrets qu’il faut savoir garder, et des vérités qu’il faut laisser vieillir.
Des gens qui veulent toujours que l’on conclue, me demanderont ce que je pense d'un usage devenu général en Europe : je réponds qu’il a, comme beaucoup d’autres , son utilité et ses inconvénients , ses motifs et ses prétextes ; que c’est un moyen de santé, par cela même que c’en*est un de distraction et de plaisir; et que s’il est plus gai d’en signaler les abus, il est tout aussi facile d’en montrer les avantages.
J’ai l’intention de faire quelque jour une visite dans tous les bains de la capitale. J’y trouverai l’occasion de parler avec quelque détail des bains de Tivoli , établissement qui n’a point de modèle eu Europe , et qui , à plusieurs égards , mérite d’en servir.
LA PARTIE DF. CHASSE
«* c. [il SEPTEMBRE I 8 I 3.]
UNE PARTIE DE CHASSE
Tu <ede potentis amie i
Lcnibus imper iis ; quolcsque cducel in agros Ætolis onern ta plngis jumrnta canesque,
Surge , et inhumante senium depone Camerntr , Carnes ut portier pulmenta laboribus empta.
IIor. , cp. xvill.lib. I.
Cédex aux sollicitai ions de votre ami ; et, quand il fait sortir ses chiens, ses chevaux, ses piqueurs, quittes , pour le suivre , vos e’tudes sérieuses , et donnes-vous, connue les autres, le plaisir de souper avec votre gibier.
Hunting , il st ems , was his delight ,
His jey by day, his dream hy night.