UNE VISITE U HOPITAL
couches, elle avait reçu la nouvelle de la mort de son futur : la révolution qu elle éprouva fut la cause
de la maladie qui la conduisit à l’Hôtel-Dièu, et qui
i y retenait encore.
En traversant la salle dite de la Clinique, je fus , frappé de la beauté des traits d’un homme, dont la barbe noire couvrait la poitrine. Il s’aperçut que je le regardais avec attention : « Passez votre chepiin, ou payez, me dit-il; on ne me regarde pas gratis. » .le crus d’abord , qu’il avait le délire ; mais son bulletin inc mit au fait en m’apprenant que par état il servait de modèle aux peintres. Après avoir acquis le droit d’arrêter les yeux sur lui, j'adressai à cet homme quelques questions auxquelles il s’empressa de répondre. « Comment se fait-il, lui dis-je, que le prix où yous mettez vos séances, et l’empressement des artistes à se les procurer, ne vous laissent d’autres ressources, dans vos maladies, que de venir chercher un asile à l’hôpital? — C’est que j’ai un défaut qui dépense encore plus que je ne gagne: j’aime le vin, j’en bois beaucoup; et les médecins prétendent qu’il est la cause de la maladie cruelle qui me ramène ici tous les deux ou trois ans : j’y resterai quelqu’un de ces jours , je le sens bien ; mais la volonté de Dieu soit faite. En attendant, je refais ici ma bourse et ma santé. Vous allez entendre cela : les peintres ont découvert que je n’étais jamais plus beau que lorsque j’étais bien souf-
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frant; en conséquence, je fais payer double les séances que je donne dans mon lit; et, comme ou ne me laisse boire ici que de la tisane, j’économise par force, et je sors toujours de l’Hôtel-Dieu plus riche que je n’y suis entré. » Cet bon me 'est peutêtre le premier pour qui le chemin de l'hôpital ait "été celui de la fortune.
Paris reriierme un grand nombre d’hospices; j’aurai probablement l’occasion d’en visiter quelques autres, et de revenir sur cet intéressant sujet; mais je ne terminerai pas ce Discours sans payer un juste tribut de vénération à ces sœurs hospitalières, aux vertus desquelles je ne connais rien de comparable, et dont l’institution seule suffirait pour prouver l’excellence d’une religion qui prescrit et qui récompense de pareils sacrifices.