‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 3 (volume 3)Chapitre 49 sur 56 · LES GENS EN BONNET DE NUIT · texte numérisé non relu

LES GENS EN BONNET DE NUIT

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Pkjise, sat. 111.

Je pcnétrr jusque «Uns l'intérieur.

Le Diable Boiteux offre un tableau de la société si piquant et si vrai , qu’on n’a jamais songé à reprocher à son autenr la bizarrerie du cadre dont il a fait choix. Cette prison d’Asmodée dans une bouteille ; cette aventure si romanesque de don Cléoplias qui se sauve chez le magicien ; ce moyen d’enlever le toit des maisons de Madrid pour voir ce qui s’y passe, sont, à bien prendre, des inventions plus folles qu’ingénieuses ; mais le voyageur, arrivé dans un pays délicieux, ne chicane point son guide sur le chemin qu’il lui a fait prendre. Après Le Sage, plusieurs auteurs ont eu recours au merveilleux pour accréditer des rêveries qu’ils ont données pour des observations ; ils ont mérité le même reproche , et n’avaient malheureusement pas à faire valoir les mêmes excuses ; j'en excepte pourtant Crébiilon

384 LES gens EN DONNET DÉ NUIT, fils, dont le Soplia pouvait être plus moral, mais non plus spirituel et plus divertissant. Jusqu’ici je me suis tenu , pour le fond comme pour la forme de mes Discours, dans les limites les plus étroites du vrai, ou du moins du vraisemblable; cependant il peut se présenter telle occasion qui ne permette pas de mettre le public dans la confidence entière des circonstances qui m’ont rendu témoin des faits que je rapporte : c’est le cas où je me trouve aujourd’hui. Les scènes que j'ai à décrire se sont passées sous mes yeux; je les ai vues, ce qui s’appelle vues; mais comme je ne Suis, après tout, comptable à mes lecteurs que de l’exactitude de mes observations, et non des particularités qui m’ont mis en mesure de les faire, ils voudront bien se conteutcr aujourd’hui d’une explication plus près de la vérité, quoique tout aussi incroyable que beaucoup d’autres.

Vers la fin de 1769, j’étais parti du Caire pour me rendre à Suez, et j’avais profité d’une caravane qui se composait, en grande partie, de la suite et des bagages d’un riche négociant turc, lequel se rendait en pèlerinage à la Mecque. C’était un vieillard de soixante-douze ans, d’une humeur douce, égale, et qui (fort différent en cela de ses compatriotes) joignait à beaucoup d’esprit naturel une instruction acquise par de longs et fréquents voyages. Il s’appelait Aly-Mongoul : pendant un séjour de

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