LES GENS EN BONNET DE NUIT
vingt mois qu’il avait fait à Jédo, capitale du Japon, il setait lié avec un bonze dont il avait reçu, disaitil, un présent inestimable. Dès le premier jour de notre voyage, il exigea que je partageasse sa table et sa tente, et ne cessa pendant la route de me donner les témoignages de la plus vive affection. A peine arrivé à Suez, il y fut atteint de la peste, et quatre jours après, on désespéra de sa vie. La contagion ne m’effraya pas; je lui donnai, jusqu’au dernier moment , des soins auxquels ce bon musulman se montrait on ne peut plus sensible. « Mou ami, me dit-il le jour même de sa mort, je veux vous laisser un faible gage de ma reconnaissance ; j'ai envoyé chez vous quatre esclaves, deux bons chevaux arabes, et trois chameaux chargés de tous les objets dont vous pouvez avoir besoin pendant le reste de votre voyage; maintenant je vous prie d’accepter, en mémoire de moi, cet instrument magique dont m’a fait présent le bonze japonais. Cette lunette, qu’il a composée lui-même par des procédés dont il a emporté le secret, a la propriété merveilleuse de faire pénétrer la vue à travers les corps opaques qu’on lui oppose, et de rapprocher en même temps les objets et les sons de manière à permettre de voir et d’entendre ce qui se passe derrière la plus épaisse muraille. Je dois ajouter, pour votre instnmtion, que cet instrument n’a son effet que la nuit et pendant les deux mois où le soleil parcourt les signes Ermite, t. ni. a5
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«lu capricorne et du versean, et qu'il existe telle circonstance dont le résultat immédiat est de ternir les verres et d'effacer tout-à-coup les objets. » A ces mots, proférés avec peine, Aly-Mongoul s’interrompit, me présenta la lorgnette, et mourut en me serrant la main. Plus occupé de son état que de scs discours , où je ne voyais que les progrès du mal auquel il était près de succomber, j’avais accepté son présent, sans" y attacber d’autre prix que celui que devait y mettre mon amitié.
.l’étais depuis long-temps possesseur de ce singulier bijou, sans qu’il me fût venu dans l’idée d’en faire usage, lorsqu’un soir, à la campagne (en quittant une femme dont j’étais éperdument épris, et qui demeurait dans un pavillon à quelque distance de celui où j’étais logé), je m’avisai de braquer sur sa fenêtre la lunette du bonze, qui me tomba sous la main : il me sembla d’abord que je distinguais clairement ce qui se passait dans l’intérieur de sa chambre; mais tout-à-coup je ne vis plus rien; j’en conclus que je m’étais fait illusion : je remis la lorgnette dans son étui, et quarante ans s’écoulèrent sans que je songeasse à l’en tirer.
11 y a quelquesjours qu’en fouillant dans un vieux secrétaire pour y chercher des papiers dont j’avais besoin , je retrouvai ce talisman , sur lequel mes yeux s’arrêtèrent avec attendrissement : tout en songeant à mon voyage de Suez, à ce bon Alv-