LE TESTAMENT DE L’EHMITE
notes, et ne sont ni assez rares, ni assez curieux pour tenter les amateurs : si mon légataire se décide à les vendre, il sera obligé d’en traiter avec les bouquinistes; ce qui m’évitera du moins le désagrément de cette espèce de célébrité bibliographique qui consiste à voir votre nom figurer dans la collection des catalogues, à côté de ceux des Filheul, des La leu, des Bellanger, et autres illustres inconnus qui n’ont d’autre réputation que celle de leur bibliothèque.
« Je donne à ma femme de ménage, madame Choquet, ma batterie de cuisine, telle quelle se comporte; et attendu que je lui dois un petit dédommagement de la liberté que j’ai prise de parler d’elle un peu légèrement dans un Discours intitulé: les Caquets je donne à ladite dame Choquet un portrait delà Vierge, d’après Raphaël, quelle convoitait depuis long-temps , et qui figurera très bien au pied de son lit (comme elle me l’a fait observer cent fois ) , entre son crucifix et son bénitier de cristal.
« Item. Je lui donne une année de ses gages.
« Je ne veux point qu'on envoie de billets de faire //art après ma mort; ceux qu’elle intéresse l’apprendront assez tôt; ceux quelle n’intéresse pas n’ont pas besoin de l’apprendre.
« Je desire que la cérémonie de nies funérailles
1 Voir le numéro LXXXIX, tome III, pape 87-
LE TESTAMENT DE L’ERMITE. 4$9 se fasse avec une grande simplicité; qu'on me conduise directement de chez moi à l’église, et de l’église à mon dernier gîte, sans arrêter mon convoi en face du théâtre du Vaudeville, où je me souviens d’avoir donné une pièce il y a vingt ans, ni même devant le bureau du journal, où j’avais élu mon domicile littéraire, dùt-on y commander quelqu’un d’office pour y prononcer mon oraison funèbre.
« Vu l’instabilité de nos cimetières modernes, et attendu qu’un autre a pris, au cimetière Montmartre, la seule place que je voulusse y occuper, je charge le docteur N*” de trouver dans son art le moyen de réduire, le plus promptement possible, mon corps à l’état de squelette, afin que je puisse être admis, dès à présent, et sans passer par la longue filière du tombeau, aux honneurs des Catacombes ', où j’ai retenu ma place dans la promenade que j’y ai faite, il y a deux ans, avec madame de Sezanne : une fois là, je suis certain qu’on ne me délogera plus ; je n’ai jamais aimé les déménagements.
» Je désiré que Paul reste au service de mon neveu, à moins qu’il ne se retire dans ma ferme de Normandie ; dans l’un ou l’autre cas, je lui donne et lègue une pension de 3 oo fr. ; plus, 200 fr. pour le deuil, qu’il pourra porter en couleur, si bon lui semble.
» hem. Je donne à ce bon et fidèle domestique la
' Voyez le n” LXXX, loraell, |U(;e 3a8.
4 < io LE TESTAMENT UE L ERMITE, pendule à carillon qui se trouve dans mon alcôve, et qu’il a montée pendant trente ans.
« Item. Je donne à mon excellent ami Charles de L***, en mémoire de notre vieille amitié, qui a commencé dans les Indes, un rubis gravé dont m'a fait présent Hyder-Aly, après l’invasion du Carnate ; je l’ai porté jusqu’à ce jour. On trouvera cet anneau à la chaîne de ma montre.
« Item. Je donne à madame de L*** un petit coffre noir à pointes d’acier, dont la clef est perdue depuis long-temps, et je la prie de ne l’ouvrir qu’un an, jour pour jour, après ma mort.
u Item. Je donne aux pauvres habitants du petit bourg de N***, où je suis né, une somme de 1 , 5 oo fr., dont M. le curé fera la distributiqn.
« Mes dettes acquittées, et les dispositions du présent testament remplies, je lègue le reste de mes biens, meubles et immeubles, à mon petit-neveu Ernest de Lallé, que je nomme en même temps mon exécuteur testamentaire.
« Écrit en entier de ma main, moi, soussigné, jouissant du libre exercice de mes facultés intellectuelles, à Paris, dans mon ermitage de la Chaussée-d’Antin , le 28 mars 1 8 1 4- »
L ERMITE DE LA CHÀCS$ÉE-DA>Tiri.
RETROSPECT.
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