DISTRIBUTION DE PRIX
QratuUa sæpi quibus tnartdavimus hordea sulcis tnfelix loLum , et stériles dommantur avenir.
• VlfC. , ecU V.
L’ivraie domine qù noot.avoni «roc le bon Grain.
Si jamais je fais un traité d éducation (envie qui peut me prendre comme à un autre), je poserai enprincipe que les garçons doivent recevoir une éducation publique, et les filles une éducation privée; et j’cu déduirai cette conséquence immédiate, que le ressort de l’émulation, d’un effet sûr, d’une utilité si incontestable pour les Uns , a nécessairement de grands inconvénients pour les autres. Ainsi, je blâmerai et j’approuverai tour-à-tour ces exercices publics, ces distributions de pryc solennelles, qui terminent avec tant d’éclat l’année scolastique, suivant jjue j’envisagerai cet usage dans l’application qu’on en fait aux écoles de l'itn et de l’autre sexe.
Quand je me reporte aux premières années de
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ma jeunesse, ce n’est pas sans une bien vive émotion que je mcrappelle toutes les circonstances dont ces fêtes de collège étaient jadis accompagnées : l’appareil (le ces quatre facultés en robe, la gravité des échevins, la joie bruyante des élèves lauréats, Ta satisfaction plus douce, mais non moiuS vive, de leurs parents, cette proclamation, des' vainqueurs au bruit des applaudissements et t^s fanfares; ces larmes des mères, en pressant contrSeur cœur l’enfant couronné qui venait se jeter dans leurs bras. Ce tableau touchant, que je retrouve dans-mes souvenirs,- à quelques changements .près,' est encore sous mes yeux ; et si les objets se retracent un peu moins agréablement à -ma vue qu’à ma mémoire,c’est que j’ai quinze ans dans un cas , et soixante-dix dans l’tfutre; c’est que je me souviens d’avoir été jeune acteur dans ces fêtes, dont je ne suis plus aujourd’hui qu’un vieux témoin. ,
Un souvenir en réveillg un autre : je ne me retrouve pas plus tôt au cpllège du Plessis, que je revois ma sœur au couvent de l’Assomption, d’où elle ne sortit que trois mois avant son mariage. Peut-être l’éducation des filles, daus ces maisons religieuses, était-elle par trop somptuaire ; elle se bornait à quelques principes de grammaire et d’arithmétique, .à la connaissance de l histoire-sacrée, et pux éléments de l’histoire profane : les talents agréables étaient plus négligés encore que les études sérieuses; mais,
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en revanche, les jeunes personnes, au sortir du couvent, auraient pu , comme Arachné , défier Minerve elle-même dans tous les ouvrages à l’aiguille.. C’est dans l’intérieur dir cloître, sans faste et sans éclat, que l’on distribuait aux pensionnaires, à la fin dè l’année, des prix aussi modestes que les travaux dont ils étaient la récompense. Les choses se passent bien différemment^jpjoprd'hui : je viens de recueillir, à ce sujet , quelques observations dont je veux fairepart à mes lecteurs.
J’étais, il y a quelques jours, en visite chez ma- • dame la comtesse de V***, où je vaisassez souvent depuis la naissance dé ce fils dont j’ai l’honneur ’d etre parrain., « Vous arrivez à propos , me dit-elle , et vous m’accompagnerez : je vais à une distribution de prix chez la jnaîtresse de pension de ma fille. — r De votre fille, madame?.'... Je ne croyais pas.... — Comment ! je ne vous ai pas encore parlé de ma fille, de ma petite Lauré? Elle a près de douze ans; c’est un petit prodige : elle aura je ne sais combien . de prix; je Veux que vous l’interrogiez. « Tout en parlant , madame de V*** nie conduisait à sa voiture : noiis y montons, et. nous arrivons, dans un des faubourgs de Paris, à Y Institution.de mademoiselle L~*. '
he péristyle intérieur d’un très bel hétel avait été transformé en théâtre, et la cour était couverte de gradins sur lesquels étaient- rangées deux ou trois
maison d’kdijcation.
cents personnes: on eût dit une première représentation d’Opéra. Une des institutrices , faisant fonction de maîtresse des cérémonies , vint audevant de nous, et nous conduisit à la place qui nous était réservée. Bientôt après, cinquante ou soixante jeunes filles se montrèrent en public sur un théâtre, dont la plupart d’entre elles semblaient avoir l’habitude. Madame de V“* crut devoir me faire remarquer que toutes les élèves 'portaient l'habit de la maison, c’est-à-dire udc robe de couleur bleu tendre, garni» de rubans blancs. Cet usage, ajouta-t-elle, a pour but de faire disparaître l'inégalité des fortunés. Je ne pus m’empêcher de sourire en remarquant que la fille de cette dame portait une robe de lévaoline bleu tendre, d’une forme très élégante; qu’un peigne en cornaline relevait ses cheveux; qu’un rang de perles ornait son qou, et qu’un schall de cachemire était jeté sur le dossier de sa chaise, tandis que celle de ses compagnes qui se trouvait assise auprès d’elle était vêtue d’une simple robe de toile, de la couleur uniforme, avec un ruban bleu dans les cheveux. Je demandai le nom de celte jeune personne, dont la grâce et la figure paraicn t délicieusement la toilette ; j’appris que! le se nommait Amélie TT**; quelle était fille d’un brave, militaire tué à léna; quelle devait entrera Écouen, et qu’en attendant elle était reçue à detni-peusion dans la maison de mademoiselle L***.
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Les exercices tardaient à commencer, et, pour mettre le temps à profit , je m’amusai du manège des maîtres , qui passaient et repassaient entre les rangs des spectateurs pour recevoir quelqu'à-compte sur le tribut d’éloges qu’ils croyaient mériter. Je suivis des yeux la maîtresse de la pension ; je la voyais accabler de révérences et de compliments les mères dont les équipages étaient à la porte ; mêler quelques mots de reproches aux éloges des enfants dont les parents étaient venus en remise ; saluer à peine ceux quelle avait vu descendue de fiacre ; ce qui me fit conjecturer que ceux à qui elle ne disait rien devaient être arrivés a pied.
Une symphonie annonça l’ouverture de la séance. Des harpes, des pianos, des solfèges, des cartons de dessins, étaient rangés sur les côtés du théâtre : la planche noire destinée aux démonstrations mathématiques occupait le fond; le milieu était réservé pour la danse. L’honneur detre venu avec madame de V” me valut , de la part de la maîtresse, celui de commencer les examens. Je fus invité à interroger les élèves : la fille du militaire fut la première sur qui je jetai les yeux; et j’ouvrais la bouche pour lui adresser la parole, lorsqu’une maîtresse de quartier me fit observer que cette jeune personne, n'étant pas destinée à continuer ses études dans le pensionnat, se trouvait par cela même exclue du concours : je fus obligé de me contenter de cette
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raison , qui n’était probablement pas la véritable. Madame de V*" m’avait prié d’examiner sa fille; et l’un des professeurs, en s’avançant sur la scène, avait eu soin de prévenir l’auditoire que cés demoiselles répondraient sur la grammaire , les mathématiques, la physiquç, la botannique , et Y histoire : en conséquence, et croyant mettre la jeune élève bien à son aise , je l’interrogeai sur les parties du discours; malheureusement ce n’était pas, comme Petit-Jean, son commencement qu elle savait le mieux ; elle balbutia quelques mots inintelligibles, et pour mettre fin à son embarras, je passai à l’histoire de France : je la priai de me’dire quels étaient les événements principaux du régne dé Henri IV ; elle me parla de la balailk de Pavie et du siège de La Rochelle. Bien convaincu que je ne l’avais pas encore placée sur son terrain, je hasardai quelques questions sur la physique et la botanique; et cette fois, grâce à certains mots techniques de calice, de pistil, de corolle , de fluide, de gaz , et d'électricité, quelle entremêla 'dans ses réponses de manière à me prouver quelle n’en avait pas une idée bien nette, elle excita dans l’assemblée. un murmure d’admiration, un concert d’applaudissements, qui l’accompagnèrent jusqu’à sa place.
Les arts d’agrémént eurent enfin leur tour, et l’amour-propre des élèves et des maîtres y trouva un ample dédommagement: les dessins furent ju-
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gés charmants; ils l’étaient en effet: il ne s’agissait plus que de savoir la part qui devait en rester à l’écolière. Le pas du scliall, le bollero, la gavotte, furent dansés avec une perfection qu’on croirait ne devoir trouver qu’à l'Opéra. La petite Laure enleva tous les suffrages dans l’air Voi che sapete, de Mozart; et tout le monde convint qu’elle y mettait une expression dont la comparaison n'était pas à l’avantage de madame Barilli. La maîtresse de pension ne manqua pas de profiter de ces moments d enthousiasme pour procéder à la distribution des prix. On apporta sur l’avant-scène deux coffres pleins de livres, et trois grandes corbeilles remplies de couronnes. Personne ne pleura , il y en eut pour tout le monde, et Laure eut, pour sa part, trois grands prix, deux seconds, et cinq accessit. La seule Amélie avait été oubliée dans pette distribution générale. Ou se rappela cependant qu’elle avait obtenu le prix de sagesse: elle s’avança, les yeux baissés : on lui remit un simple noeud de rubans, et l’air de décence et de satisfaction avec lequel cette aimable enfant reçut un prix si modestç, Tne confirma dans l’idée que ce prix-là, du moins, n’avait pas été donné à la faveur.