ÉLOQUENCE
Le» plh» grand» clerc* ne 10m pa* les plus fins.
* * Recxier, sat. 111.
Quelques extraits de letlres de mes correspondants, insérés dans les journaux, beaucoup d'autres lettres qui m ont été adressées directement , me prouvent qu’il n’y a point dans ce monde, principalement dans cette ville, de vérités indifférentes, et que ce n’est pas sans querelles, peut-étfe même sans combats, qu’il me sera permis de remplir ma cbarg*e de vieux chroniqueur. Il y a tout au plus trois mois que je suis entré en fonctions, et j’ai déjà tout lin quartier de Paris sur les bras. Les esprits du Marais sont tellement prévenus contre moi , que je ne me hasarderais pointa y voyager sans escorte. Mon correspondant de la rue Boucherat m’insinue , il est vrai, dans un fort joli petit apologue oriental, que je puis détourner l’orage en m’expliquant sur la Chaussée-d Antin avec la même franchise dont j’ai
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fait preuve en parlant du Marais: c’est un engagement que j’ai pris, et je n’attends, pour le remplir, que la rentrée des fonds que j’ai placés sur une maison de mon voisinage. Peut-être ne voit-on pas très clairement, au premier coup-d’œil, le rapport qu’il y a entre une lettre-de-change et un feuilleton; c’est une énigme que j'abandonne à la sagacité de mes lecteurs.
Eu attendant , et au risque de ine faire des querelles d’une autre nature, je vais publier la lettre que ni adresse un jeune avocat, et quelques mots de la réponse que j’ai cru devoir lui faire.
A l'Ermite de ta Chaussée-d' Antin.
«La différence entre vous, M. l'Ermite, et les ermites vos prédécesseurs, -est tout a votre avantage et au nôtre. Au fond de leurs déserts, sur le haut ie leurs rochers, ces vertueux cénobites n’étaient, après tout , bons à rien et à personne. S’il arrivait que, jugeant de leurs vertus, de leur réputation, et de leur sagesse par leur longue barbe, pn vînt leur demander des secours ou des conseils, ils vous répondaient comme le rat.de la fable :
Les choses d’ici bas ne nie regardent pli^.
Par un esprit de religion beaucoup mieux entendu, au lieu de fuir les hommes comme des pestiférés,
Diqiti/e
vous êtes venu vous placer au centre de la contagion ; au lieu de prier pour les malades, vous cherchez à les guérir, et vous ne refusez à personne les secours de vos lumières et de votre expérience. J’en ai besoin aujourd’hui pour diriger les premiers pas que je fais dans une carrière où je vois plusieurs routes ouvertes. Bien qu’avocat , je termine mon préambule , et je vais au fait.
Je suis avocat stagiaire au barreau de Paris , où je m’exerce depuis deux ans au grand art de la parole : malheureusement les premières observations que j’ai eu occasion de faire sont de nature à me décourager. Je m’aperçois que j’ai, dans l'état que j’embrasse , trois espèces de persontÿîs à contenter : mes clients d’abord, qui veulent, avant tout, que je leur fasse gagner leur cause ; mes confrères, qui ne permettent pas qu’ôn s’écarte des formes; et le public éclairé , qui n’admet point de plaidoyer sans éloquence. Comment remplir cette triple tâche?
Je ne dois pas vous dissimuler que Déinosthènes et Cicéron ont eu beaucoup de part à ma vocation pour le barreau, et que c’est en quelque sorte sous leurs auspices que je suis entré au Palais. Leurs exemples fameux enflammaient mon imagination; je ne rêvais que PhUippiques, que Catilinaires ; et, sans me croire appelé à défendre d'aussi grands intérêts, je me promettais d’employer d’aussi grands