ON L’AIMA POUR SES VERTUS
je me préparais à quitter ie cimetière Mpntmartre. popr me rendre à celui de Mout-Loujs ,• lorsque je vis sortir de l’enceinte dtt treillage où je m étais reposé en arrivant; un jeûne homme dont la figure portait le caractère de la' plus profonde dBuleur; il avait déposé sur'' un petit monument eu forme d’autçl antique , une couronne à laquelle étaient at- • tachés ces vers :
Son fils, en la perdant, perd sa félicité*
Il rie lui reste plus que son exemple à suivre.
Ce modèle accompli de vertus, d'équité, ' '
’ Madame Adèle Sanvan LegouW. *
l6o . LES SÉPULTURES.
A> paya quen cessant de vivre Son tribut a t humanité.
Cet acte de piété filiale me rappela ces vérs aimables du poème de la Maisdn dés Champs; je crus voir, avec M. Campenon, i
.• ... . . Ces murs, te cimetière,
. Où vers Te soir, délivré de tout soinj .
Quelque orphelin, sur une froide pierre.
Apporte encor sa douleur sans témoin.
Pourquoi aorrie-t-on pas davantage la demeure des morts? Pourquoi ne cheréhe-t-on pas à vaincre, en partie, la répugnance qui éloigne les vivants de ces lieux oit chaque pas leur offre de si touchantes leçons de morale? Que celui que sa douleur ne conduit pas dans cette triste enceiqte, examine avec quelque attention les tombes qui l’entourent; elles luV découvriront les secrets des familles. Voyez ce simple mausolée : la pierre indique qu’il y a quarante àns qujune teiidre-nière y repose; jnaîs les fleurs y croissent' encore ; le mousseron, les ronces n’en dérobent pas la vue; au retour du printemps , une main pieuse vient y semer les premières vio- ’ , lettes : ne craignez pas de prononcer que cette tombe appartient à une famille de gens de bien. ..
Le trajet est longue Montmartre à Mont-Louis; j’en profitai pouf me rendre compte des sensations
diverses que j’avais éprouvées, à la vue de tant de tombeaux entassés sans ordre, dans un espacebeau- • coup trop étroit, malgré son étendue, tant les rangs sont pressés, tant la mort, est / trompte à remplir les plages!
. Je regrettai l’antique usage des sépultures particulières, do ces tombeaux de famille qui donnaient un si grand prix au manoir paternel, et je me souvins de l’impression que j'avais reçue quelques jouis auparavant, lorsque, me promenant un matin dans les jardins délicieux du Val r jef me "trouvai dans un réduit solitaire dont l’inscription suivante indique si philosophiquement la destination :
Inséparable même au sein de la poussière,
Dans ce paisible enclos t lue famillç (filière A choisi, son dernier séjour.
. Qui sait quand ce sera son toûr?
La plus jeune y vint la. première *.
Tout- occupé d’un projet de réforme des cimetières auxquels j’imaginais de substituer, au Mont- Valérien, une Ville des Morts-, où le riche aurait encore son palais, où le pauvre aurait encore sa cabane, j’arrivai, sans ni en apercevoir, sur fes hauteurs de Charonne, en face de la maison du P. La-
' Cette épitaphe est celle daine enfant de M. A.-V. Arnault ; la citer, c’.est en «oompier lau leur’
l6î LES SÉPULTURES. ' — *
chaise, et j’allai m’asseoir quelques moments sur la terrasse, dans une des plus belles situations de Paris. Comment ne pas réfléchit snr l'instabilité des • choses humaines , en' contemplant les changements qu'un siècle a produits daas la destination d'un même lieu? Cet édifice, dont les ruines s’élèvent maintenant au milieu des tombeaux, fut jadis la maison de plaisance du confesseur de Louis XIV, de ce jésuite si puissant près de cet orgueilleux monarque. Les disciples de Jansénius et ceux de Mo- / liria reposent en paix dans cette enceinte, où jamais ils ne se sont rencontrés vivants ; et les opinions pour lesquelles ils se sont livré une guerre si cruelle .sont tombées, conitae eux, dans le .plus profond . oubi. . .
En parcourant ces vastes jardins de la mort, le premier tombeau sur lequel s’arrêtèrent mes yeux était consacré à l’amour conjugal.
■Sponso, parentibus, proximit,
, • Et pauperibùs flebilis.
Tout auprès - de la place où gît l’épicier Nau, on remarque une petite croix en bois noir, au-dessous de laquelle une inscription, presque entièrement effacée ,• indique à peine aux passants attentifs que c’est là que repose une princesse de Lorraine , reine de F rance , épouse de Henri 111. Dans des temps plus heureux que ceux qui suivirent la Ligue, elle eût
trouvé sa place sous les voûtes de Saint-Denis; l’art des plus hqbilcs'sculpteurs eût décoré son mauso*- • lée; du moins un petrde terre couvre aujourd’hui ses cendres!... Quel est l’homme sensible, l’ami des lettres, du talent et de la vertu, qui pourrit so décider à quitter l’enceinte où repose hauteur de Claire if Albe"ct A' Amélie Mansfield , saasjiaycr 4 sa cendre un douloureux tribut de regrets? Mais o’est én . vain qu’il cherchera la place qrii la renferme; nulle épitaphe ne l’anuonce, nul monument ne l'indique. Celle dont la réputation fut le chagrin de sa vie; qui s'affligea de s’étré placée à* son insu au premier rang des écrivains de son sexe, n’a révélé qu'à ses amis le secret de sa tombe , et leur .-a recommandé dé la pleurer en silence. • ■ * .. .
Je terminerai cet article (que je devrais peutêtre chercher- à excuser aux yeux du plus gr;md nombre de mes lecteurs) par quelques remarques, moins tristes qui ne sont cependant pas étrangères ""à mon sujet.
De tous les ridicules, la vieillesse est' ici le plus grand; aussi n’est-il 'pas dejjioyens qu’on n’emploie pour y échapper. IWy a des gens à qui l’on ne peut dire pis que leur nom , mais il y cri a beaucoup d’autres" à qui l’ou ne peut-dire pis que leur âge; et ces genSlà ne sont pa<> toujours des femmes. On. sait trofj combieA de motifs ont celles-ci polir encourir) le reproche que leur a fait madame la marquise de
Choiscuil , do compter les années comme on compte les points au piquet , dans certains coups , c'est-àdire de passer subitement de 29 à 60; mais on aurai! de.la peine à excuser cette même faiblesse chez les' hommes, si l’on n’avait pas aussi soûvcnt l’occasion d’observer, à la honte des mœurs actuelles, le peu de respect qu’obtient aujourd’hui la vieillesse. On dira que je prêche dans mon intérêt; mais il est certaip que je me rappelle un temps où la société aurait fait une égale justice d’une insulte faite à une femme et à un vieillard; où nos jeunes gens. Athéniens- pour totit le reste, étaient de vrais Spartiates sur ce point. .Ce qu’il y a de plus déplorable , c’est qUc non seulement la vieillesse ne paraît plus avoir droif au respect , mais qu elle n’en aura bientôt phis à la pitié. Dans toutes les conditions’, l’obstacle le pltis grand que’ l’on puisse rencontrer pour vivre; c’est d’avoir vécu, et l’on a vu dernièrement,- entre mille exemples, une grande dame refuser pour concierge 4’un de ses châteaux ufa homme également ' reCoipmandablë par. sa probité, ses talents et scs vertuâ, sur le seql motif qu’il avait au moins cinquante ans. * .
Ce que- je vois de plus malheureux dans cette espèce de disefédit op' tombe la vieillesse, c’est l’atteinte portée au premier des liens , an plus saint des devoir^, au respect filial; aussi nous CmpVessonsuoqs.de rccuuillir un fait. que l’on peut regarder
»-• LES SÉPULTURES. • • i Ô5
comme une honorable exception : ce p’est pas ma faute si je vais le chercher à la Courtille.
Uelleville a été témoin, ily a quelques jours, d’une cérémonie d’un nouveau genre. Un des plus célèbres cabaretiers de Ja Courtille, dont la fortune n’a pas. gâté le cœur, s’est rappelé, au milieu de son opu-,‘ lence, que son père, mort depuis quelques années v avait été enterré d’uhe manière ,peu convenable à l’état actuel do sa fortune. En conséquence , après 'avoir obtenu les permissions exigées par les lois sur l'exhumation," -il a fait- élever, snr un terrain qu’il a acheté dans l’enceinte du cimetière de Bellevillë, un monument d’assez bon goût, ,où il a fait transporter les restes de son père. Ce n’est là qu’un exemple ■ assez rare’, mais très simple de piété filiale ; la fin e$t plus originale. Au retour -de la cérémonie funèbre, les quatre cents personnes qui s’y .trouvaient invitées ont été réunies, dans les salons de la guinguette j à un festin superbequ’avait fait préparer le cabaretier magnifique. Le repas s’est d’abord ressenti des dispositions mélancohques qu’on y avait apportées, mais le vin à dissipé peu à peu ce nuage de tristesse, et la fête a fini beaucoup plus 'gaiement quelle n’avait commencé. •
1 66 RECHERCHES SITR LALBUM.
»• xvi. [8 tiovnunB 1 8 1 1 . ]
RECHERCHES SUR.L’ALBEM
et. Sur •