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On a beaucoup écrit, dans le dernier siècle, siula mendicité, et sur les moyens de guérir cette affligeante maladie du corps social: ce qu’on a proposé dans un autre temps , on l’a exécuté dans celiii-ci, c'est-à-dire qu^ pour extirper la mendicité, on s’est servi du seul moyen qu’on pût efficacement employer : on a ouvert des ateliers poulies mendiants valides, et des refuges pour ceux à qui lage et lés infirmités ôtent la ressource du travail. Cette grande et salutaire mesure ne pouvait trouver son application que souS uu gouvernement fort de son intention , de sa volonté , et de ceux auxquels il en confie l’exécution : l’honneur d’avoir attaqué et détruit le premier la mendicité dans uue partie de la Frarfce appartient au sénateur comte de Pontécoulant, alors préfet deBruxelles, et placé, pour ainsi dire, au foyer de la contagion. En moins de deux ans-, le département de la Dyle, où les mendiants, en nombre prodigieux, formaient mie sorte de corporation qui avait ses lois, ses chefs,
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ses privilèges, et contre laquelle avaient échoué tous les efforts de l’ancieu gouvernement ; eq moins de deux ans, dis-je, le département de la Dylc u’offrit plus la moindre trace d'un fléau dégoûtant auquel il était en proie depuis des siècles.
Dans tous lcsdépartcmentsde l’empire, on a ouvert des dépôts et des ateliers de travail, où l’indigence laborieuse trouve une existence assurée au prix d’un travail honnête ; où l'oisiyeté se trouve forcée d’employer pour vivre une industrie dont elle dédaignait de faire usage. O race à ces mesures, qu’une police infatigable seconde avec tant de persévérance, les rues de Paris sont nettoyas de cette foule de vagabonds qui, sur les traces de Gusrium d A Ifaraclie , spéculaient joyeusement sur la pitié publique. Les provocations d’aumônes, interdites aux mendiants «pii ont échappé aux dépôts, obligeut ces derniers à mettre en jeu une industrie nouvelle pour attirer sur eux l’attention des passants. Ici , c’est un homme , jeune encore et proprement vêtu , qui se promène de long en large, dans un espace donné, comme une sentinelle, et se contente d’ôter gravement son chapeau à tous ceux qu’il juge en état d’apprécier sa politesse; plus loin y c’est un enfant couché sur un trottoir et qui grelotte ou gémit par ordre de ses parents cachés à quelque distance, jusqu’à ce qu’on ait jeté quelques pièces de monnaie dans un vieux chapeau placé à côté de lui ; dans un autre
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endroit, une femme voilée, et qui tient uu enfant dans ses bras, chante d’une voix fausse et lamentable une romance où l'on dit :
La vie est un voyage,
Tâchons de l'embellir;
Jetons sur son passage Les roses du plaisir.
Ces moyens <lélournés de demander l’aumône ne mettent pas long-temps ceux qui les emploient à l’abri de la surveillance qu’ils redouteut; mais le mauvais succès des uns ne décourage pas les autres; la fainéantise et les honteuses habitudes lutteront longtemps encore contre les institutions qui finiront par les détruire. .
— L’inconstance des Parisiens, leurs bizarreries, leur goût exclusif, sont toujours pour moi uu objet d’étonnement. Après avoir successivement délaissé les jolis bosquets du pavillon d’Hanovre, les belles allées et les magnifiques salons de Frascati, la pelouse du Ranelagb, etc., ils concentrent aujourd'hui leur promenade dans quelques toises du boulevart Italien. C’est là que, depuis six heures du soir jusqu’à minûU, quatre mille personnes se heurtent, se coudoient, se talonnent , s’étouffent de chaleur et de poussière, en croyant se promener, dans un espace de dix pieds de large, rétréci par quatre rangs de chaises. A quoi tient la préférence accor-
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déc à ce lieu? Les parures y brillent-elles davantage? Non, car c’est tout au plus si l’on se voit assez pour se reconnaître. Les rendez-vous y sont-ils plus commodes? Nou, car l'on ne peut parler si bas r qu’on ne risque, tant on est pressé par ses voisins, de les mettre dans sa confidence. La société du moins est-elle mieux choisie? Non, car toutes les beautés des rues d’Amboise et de Marivaux y affluent au déclin du jour. Quels charmes ou du moins quels avantages trouve-t-on dans cette promenade? Aucun ; mais elle est d la mode !
— Les cafés sont, à Paris, les salons des oisifs de différéntçs classes. Ces sortes de gens prélèvent de force, sur les propriétaires de ces établissements, une taxe journalière qu’on leur paie en feu, en lumière et en gazettes. Ce sont, le plus ordinairement, des rentiers célibataires, dont la jeunesse remonte à peu près à la régence , et dont la conversation roule encore sur les billets de banque de Law, la compagnie du Mississipi et les miracles du diacre Paris; de vieux militaires qui croient avoir dîné avec le inaréchal^de Saxe, et sont convaincus qu’il ne s’est rien passé de remarquable en Europe depuis'le siège de Prague et la bataille de Fontenoy; enfin des vétérans des aides, qui s’obstinent à régler les finances de l’empire sur les données de l’impôt dg vingtième de la gabelle , ou des règlements de Y équivalent. Ces. trois classes principales de parasites de
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café se subdivisent eu diverses espèces, lesquelles se partagent les différents cafés de Paris. Le café de Foi est le centre des vieux politiques ; chez Corazza se réunissent quelques survivants de la secte des économistes; le café de la Régence est encore le rendez-vous des descendants de Philidor, qui font la grande, ou plutôt la seule affaire de leur vie, d’un pal, d’un mal ou d’un gambit. C’est au café de Chartres que se fixe le prix des denrées coloniales, des vins et du banco. Vous trouvez à la tabagie du Perron , au prix d'nne demi-tasse de café et d’im petit verre de liqueur, des gens qui vous apprennent l’art de neutraliser le refait du trente-etr-un , qui vous donnent une marche sûre pour suivre la couleur, ou. vous garantissent la martingale fies intermittentes. Le café Zoppi, par respect pour son ancien nom de Procopc , continue à s’occuper de littérature, et c'est là qu’on apprqnd que le beau temps des lettres et des arts en France était celui où Dorât et Marivaux écrivaient, où Boucher et Vanloo tenaient le sceptre de la peinture , où l'on bâtissait à Lucienne*, à Belle-vue, à Meudon , ce^colifichets d'architecture, monuments de prodigalité et de mauvais goût. Nous aurons crqpasiop, une autre fois, de jeter un coup d’œil sur un grand nombre de cafés subalternes, d’autant plus amusants à passer en revue qu’ils ne sont pas éonnus des personnes pour lesquelles nous écrivons.
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— Croira-t-on qu il existe dans cette grande capitale une classe assez nombreuse de gens qui ne possèdent pas un sou , qui n'exercent aucune, profession , qui n'ontni parents, ni amis, dont la conduite n’a rien de légalement répréhensible, et qui trouvent cependant le moyen de mener une assez douce vie? Voici la solution de ce singulier problème.
L’bomme que nous prendrons pour type de l'espèce dont il est question , sort de chez lui de fort bonne heure : une pièce d estomac de batiste, bien blanche et bien plissce, supplée à la chemise qui lui manque; une cravate noire lui donne un air militaire dont il peut tirer parti au besoin ; le drap de son habit, vu de près, laisse un peu trop à découvert le travail du tisserand ; mais, à tout prendre, il est proprement vêtu; il peut, sans être désagréablement remarqué, se présenter par-tout: c'est le point important. On l’a pris à témoin la veille flans un pari dont la pcrte’entraîne un déjeuner au Rocher de Cancale , à la porte Maillot, ou sous la rotonde du Palais-Royal ; il s’y trouve tout naturellement invité, et ne manque jamais d’arriver le premier au rendez-vous.
Vers quatre heures, il entredans unemaison de jeu, examine attentivement lit figure, la contenance des joueurs , et s’attache de préférence à l’étranger que la fortune favorise. Un joueur qui gagne, -dine bien, et n’aime pas « dîner seul. Notre homme accompagne le ponte heureux chez le restaurateur, s’assied
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à table avec lui , et dîne à ses dépens. Le dîner fini , il court au café Minerve, rendez-vous général des claqueurs dramatiques; il y a toujours quelque pièce nouvelle, quelque reprise, ou quelque rentrée d’actrice; notre homme est particulièrement connu du chef de fie à qui les billets sont prodigués dans ces jours solennels : il en obtient deux , court sous les galeries du théâtre, et propose à quelque provincial une entrée gratis, que celui-ci accepte avec reconnaissance. Placés, l'un auprès de l'autre, l’habitué raconte à son voisin toutes les anecdotes de coulisses, lui dit le nom de chaque acteur, lui apprend quel est l'amant de chaque actrice , et lui fait l’histoire des chutes et des succès de l'auteur qu’on joue. L’offre d’un bol de punch ou d’un riz au lait, après le spectacle, ne saurait payer tant de complaisance : on se sépare très satisfait l’un et l’autre , avec promesse de se revoir le lendemain ; et la connaissance intime commenéc, de la part de l’officieux desœuvré, par l’emprunt d’uu ou deux écus de cinq francs, qui 'servent à payer une quinzaine de la mansarde qu’il occupe rue Saint-.lean-de-Beauvais.
— Dès que les hommes sont rassemblés, fût-ce même aux spectacles des boulevarts, ils se doivent mutuellement, et chacun doit sur-tout â la réunion dont il fait partie, de se conduire avec décence et d eviter toute espèce de scandale. Ce respect des bienséances publiques a de tout temps distingué les Fran-
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çais entre tous les peuples de l’Europe ; et sans doute il importe de signaler à sa naissance un abus qui tend à effacer ce trait marquant du caractère national.
On assistait autrefois ( dans lès spectacles où elles étaient admises) une place particulière à ces femmes qui n’en ont. aucune dans la société ; on a cru plus conforme aux bonnes moeurs de ne point attirer les yeux sur elles en les réunissant, et il en est résulté des inconvénients beaucoup plus graves. Une mère de famille ne peut, aujourd’hui, conduire sa fille à tel et tel spectacle (que nous finirons par nommer) sans courir le risque de partager sa loge avec une courtisane effrontée, dont le langage et la conduite trahissent bientôt la profession, et forcent la femme honnête à se retirer, pour ne pas laisser pendant deux heures, sous les yeux de sa fille, un exemple de la plus impudente dépravation. Ce fait que je cite, j’en ai été témoin; et je ne doute pas qu’il ne finisse par éloiguer4a lionne société d’un théâtre où il se renouvelle presque tous les jours. .
— Il y a beaucoup de gens à Paris qui n’y connaissent d’autres spectacles que les F tançais, l’Opéra, les Bouffons et l'Opéra-Comique ; ils savent qu’il. y a un théâtre du Vaudeville , un théâtre pittoresque , d’autres où l'on joue le mélodrame et la pantomime ; mais ils n’ont aucune idée de cette multitude de spectacles populaire^ que l’on trouve à chaque pas sur les boulevorts , ou sôus les galeries du Palais-
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Royal , et dont je viens d’achever la tournée. Le premier, par rang d’ancienneté du moins, est celui des Ombres Chinoises du sieur Séraphin , véritable théâtre qui a ses acteurs, ses auteurs, et, qui plus est, ses pièces imprimées, dont la principale est ce fameux Pont Cassé, en possession, depuis trente ans , d’amuser tous les soirs à la même heure , la foule des bonnes et des enfants dont il fait les délices.
A quelques pas de là, sous la même galerie du Palais-Royal , vient de s'établir un ' éléphant- automate, lequel, au son d’une musique guerrière, exécute , avec assez de 'précision , divers mouvements . du corps et de la trompe; mais pourquoi tromper le public en annonçant un éléphant de grandeur naturelle , quand il est de fait que cet automate n'a pas la moitié de la taille ordinaire du quadrupède qu’il représente?
Dans le passage de Lorme (jolie galerie vitrée qui établit une communication élégante et commode entre la rue Saint-IIonoré et celle de Rivoli), on montre les serins hollandais-, et l’on ne sait ce qu’on doit admirer le plus de l’ohcissance de ces petits animaux , ou de la patience de leur instituteur. U est douteux que le Déserteur de Sedaine, ou mém^ celui de M. Mercier, ait jamais inspiré autant d’intérêt qu’un de tes pauvres petits serins condamné à être fusillé pour le même crime, et subissant son sort avec un courage bien plus héroïque.
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Ces acteurs emplumés m'ont beaucoup plus amusé que les puppi napolilani «pii baragouinent uue langue étrangère , et n'ont pas , même pour des spectateurs français , l'espèce d'intérêt des marionnettes qui courent les rues..
Me voici maintenant sur le boulevart, dans la grotlc de Y homme incompréhensible : après avoir avalé des cailloux pendant quelques années, il se nourrit maintenant de baguettes de vingt-huit pouces de long , qu’il trouve le moyen , sans aucun escamotage, de faire descendre tout entières dans son estomac. Cette expérience m'aurait surpris davantage, si j’avais oublié celle que j’ai eu l’occasion de voir faire à quelques jongleurs dans les Indes Orientales : ceux-ci , beaucoup plus incompréhensibles que l’homme des boulevarts, avalent une lame de sabre longue de deux pieds , et large d'un pouce et demi \
Tout à côté’de ce rabdopliatje est une ménagerie • où l’on fait voir, sous le nom d 'orang-outang femelle, une guenon hideuse , dont on a peint l’extrémité des mamelles en rose, pour l’instruction des connaisseurs. On est dédommagé de cette supercherie jjpr la vue du singe voltigeur. Rien de plus étonnant que ce petit animal, qui surpasse en adresse
• On a vu l’année suivaute à Paris, des jongleurs indiens, qui m’ont justifié, auprès de mes lecteurs, du reproche^qui m’avait élé fait d’abuserdu privilège des voyageurs
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et en agilité , sur la corde , tous les Ravel et les Forioso du moude.
Une des choses que j’ai vues avec le plus de plaisir dans nia promenade (•malgré l’emphase de l’annonce qui m’avait un peu indisposé), c’est le Panorama de C Univers, do M. Prévost. Les tableaux sont variés et bien choisis, la lumière distribuée avec beaucoup d’art; et, en général , ces effets d’optique et de perspective m’ont paru dignes d’attirer quelques moments l’attention des connaisseurs euxmêmes. J’ai sur-tout admiré un effet de neige sur une des places de Moscdu, dont l'illusion ne laisse rien à desirer. En moins d’une heure, au moyen d’une vingtaine de tableaux qui passent sous vos yeux, vous parcoure! les quatre parties du monde d’une manière plus économique, moins fatigante et presque aussi fructueuse que les trois quarts et demi des voyageurs qui se donnent la peine de se transporter sur, les lieux.
Après avoir parcouru la terre chez Prévost , on peut voir chez Curtius les grands hommes qui l’ont illustrée , et qui se sont donné rendez-vous dans les salons de cet habile modeleur en cire. La plupart des bustes sont parfaits, les costumes sont riches, et même assez exacts ; mais tout est visiblement sacrifié à la tête. Le mannequin , dénué de mouvement et de forme, n’indique que la place du corps, des membres èt de la figure. Nous ferons un re-
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proche plus grave encore à cet artiste, d’ailleurs très estimable , c’est de prostituer son talent à modeler des sujets qui ne doivent point trouver place dans une exposition publique, et qui pourraient tout au plus figurer dans le boudoir d'une courtisane, ou dans un cabinet d’anatomie.
Nous avons terminé nos courses au café de la Victoire , où, pour une modique rétribution de huit sous , sur laquelle on vous fournit encore une bouteille de bière , on peut assister à la représentation d’une pièce en vaudevilles, jouée par des acteurs, dignes successeurs de Cadet-Roussel.
CORRESPONDANCE