MOEURS DE L’ ANTICHAMBRE
Qu id dominé f trient, audent cum tu lu i Jurés ?
Vi*C. , egl. 3.
Que feront le* maîtres , si les valets »c conduisent ainsi ? * . •
J'ai lu bien des traités d’éducation à l’usage de tous les âges, de toutes les classes, de toutes les professions; je n’eu connais pas à l’usage des domestiques : les défenseurs de l’ignorance conviendront qu’ils p’en sont pas mieux élevés pour cela. Il est à remarquer que de tous les dictons, de toutes les façons de parler proverbiales auxquelles ont donné lieu les mœurs et les habitudes de ces gens-là, il n’en est pas une seule qui soit à leur avantage ; on dit : Insolent, bas, menteur, fainéant comme un laquais; ivrogne comme un cocher, brutal comme un suisse (de porte), et cént autres comparaisons, toutes aussi justes et toutes aussi peu obligeantes.
Les auteurs comiques anciens et modernes semblent setre donné le mot pour introduire sur la scène une espèce de valets de convention qui n’a
MOEURS DE LANTICHAMBRE. 2 ^-]
point, et probablement n'a jamais eu de modèles dans les antichambres. Tous les valets de Molière et de Regnard sont de petits prodiges d’esprit, d’intrigue et d'invention; ccûx de Destouches et de La Chaussée sont , pour la plupart , d’uni désintéressement, d’une fidélité, d’une délicatesse à toute épreuve: rien de tout cela n’est vrai. Peut-être, à force d’en changer, un jeune homme parviendraitil à se procurer un Fronlin, un iMbranche , assez habile pour éconduire un créancier et remettre adroitement un billet; peut-être n’est-il pas sans exemple que l’on ait trouvé un domestique fidèle, dévoué, reconnaissant; mais ce sont là des variétés très rares, et nôn des produits naturels de l’espèce. Quoi qu’il en soit, ce n’est ni de leurs vices, ni de leurs qualités que je m’occupe aujourd’hui, mais seulement de leurs défauts. Je ne les examine pas dans leurs rapports immédiats avec leurs maîtres , mais dans l’exercice de leurs devoirs et dans la manière dont ils les remplissent.
Disons d’abord un mot de la circonstance qui ih'a donné l’idée de cet article.
Un de mes concitoyens et de mes plus anciens amis est aujourd'hui un homme très puissant; tous les genres de mérite l’appelaient à la place éminente . qu’il occupe, et dans laquelle il a le bonheur inconcevable de n’avoir ni rivaux, ni envieux. Il est devenu riche et puissant, je suis resté pauvre et obs