C.OH lt K, S l‘ON DASC K
Sully, et qui porte encore sou nom, ils ne manquent pasd’iuvoquer la sagesse de leurs ancêtres, dont ils voient les tombeaux autour de leur assemblée. Il m’est arrivé quelquefois, en prêchant dans la chaire évangélique, d évoquer les morts qui dorment dans l'enceinte sacrée : alors toutes les générations du hameau semblent se réveiller et se réunir devant moi pour rappeler l’exemple des moeurs antiques, et confirmer l’autorité de mes paroles:
Ce souvenir dés morts u’est point accompagné d'images sinistres, et tourne au profit de la vertu: il empêche les hommes de redouter le trépas, et donne souvent au plus simple des .villageois l’héroïque résignation de Socrate; il inspire d'ailleurs les sentiiucuts d’un véritable patriotisme. Il n’est point de patrie chez un peuple qui n’a point d'aïeux et pour qui les morts ne sont rien : dans tous les lieux où la vue d'un tableau pareil inspire des sentiments doux et pieux , je crois qu’on a plus de respect pour les lois, que les traditions sont plus religieusement conservées. Si les ancêtres du hameau revenaient à la vie, ils reconnaîtraient leurs mœufs, lenrs coutumes et leur langage : rien n’est changé dans leurs familles depuis qu’ils ont cessé de vivre. C’est à vous, M. l’Ermite, à nous dire s’il en est de même dans les grandes villes. ■
. * ÜOR.-.,
Curé de. . . . t 'i lép. des Hautes- Alpes.
UE L’eBMITE.
M. le curé de... a cru devoir codsoler le genre Jbumain d’une vçrité dure; nous craignons qu’il n’ait cousitlô-personne : il n’est pas impossible qu’à Paris même on trouve plus de poésie que de vérité dans la lettre qu'il no’us adresse ; pour toute réponse, nous lui promettons d’aller nous faire enterrer dans sa paraisse,' s’il veut bien nous recevoir.
U nous reste à faire connaître la lettre d’im autre de nos. correspondants , retiré dans une province éloignée de la capitale.
» . • * . Du château de iS novembre.
Il est une grande ville dont les journaux de Paris ne parlent presque point, et j’en suis fâché; cette, grande ville est Paris. Grâce à l’exemple que- vous leur donnez, M. l’Ermite, ils en parleront davantage, je vous en remercie au nom des gens de Lt province;' car nous fie sommes plus au temps où Paris n’inspirait point de curiosité aux bons proVipciaux ; où cette capitale, dans laquelle il? venaient fort rarement, leur paraissait .comme une ville située audelà dés déserts ; les choses ont .bien changé, j’ai entendu dire dans ma famille que mon grand-père était venu à Paris au commencement du siècle dernier: ayant de partir pour ce grand voyage, il Ht son testament; ma graud’mère l’embrassa les larmes aux yeux, et fit dire des messes 'pour son retour. Lorsqu’il revint, les cloches delà paroisse de... son-
CORRESPONDANCE
nèrent en carillon , et tout le village alla en procession au-devant de lui, comme s’il fût revenu de la croisade contre les Sarrasins. .
Aujourd’hui, un pareil voyage a beaucoup perdu de ce qu’il avait autrefois d’extraordinaire et de merveilleux ; toutes les distances sont rapprochées, et nos villes de province semblent notre plus que des faubourgs de .Paris, tant les communications sont faciles et fréquentes. Tous nos gens, du bel air se croient obligés de faire le" voyage de Paris au moins une fois chaque année. Toutes nos jeunes filles, qui sont fort curieuses, brûlent de voir la capitale ; et j’ai vu des contrats de mariage dans lesquels un mari signait l'engagement de montrer Paris à sa femme. Vous voyez donc, M. l’Ermite, combien il est important de parler de Paris dans les journaux de la capitale.
Dans nos provinces, on se moquerait de quelqu’un qui n’aurait point vu là Chaussée-d’Antin et le Palais-Royal; qui n’aurait point dîné au moins une fois chez Véry, ou bien au Rocher de Cancale; qui n’aurait point vu jouer Talma ou mademoiselle Duchesnois : Un jeune homme ne passerait pas pour être bien élevé s’il n’avait achevé son éducation à l’école de Brunet ; et celui qui n’aurait pas vu YEnlèvement d'Hélène , par les chevaux de Franconi, serait regardé presque comme un sauvage. Nous avons, dans notre province, plusieurs jeunes gens
DE L’ERMITE
qui partent pour Paris lorsqu’on annonce un début ou une pièce nouvelle. Un de nos voisins nous a quittés dernièrement pour voir la rentrée de Fleury, que les journaux avaient annoncée quelques jours d’avance. Vous voyez, M. l’Ermite, quel est l’esprit des provinces ; j’espère que vous viendrez à notre secours , et que vous ne nous laisserez rien ignorer de ce qu’il faut savoir pour être reçu dans la bonne compagnie.