‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essai sur les moeurs. Tome 1Chapitre 7 sur 47 · D’UN BOURGEOIS DU MARAIS · texte numérisé non relu

D’UN BOURGEOIS DU MARAIS

A LÏCRMITE 1)E LA CIIAUSSÉE-D'ANTIN

Nicole dit quelque part que dans le monde, civilisé comme il l’est aujourd’hui, il n’y a rien de plus heureux qu'un bourgeois qui a dix mille livres de rente. Tout le monde travaille pour ses besoins et ' pour ses plaisirs: c’est pour lui que les villageois quittent chaque jour leur demeure pour apportée à la Halle les plus beaux fruits de la saison; c’est pour liii qu’il se forme tous les jours des cuisiniers changés d’apprêter les mets les plus délicats; c’est pour lui qu’on bâtit les hôtels les plus CQmmodes : lorsqu’il voyage, il est par-tout attepdu, et trouve partout des gens empressés de le recevoir et de le servir; lorsqu’il est malade, on court au-delà des mers chercher des remèdes pour le guérir.

1 Cette lettre n’ett point de l'Ermite.

A l’eIIMITE.

Voilà sans doute, M. l’Ermite , un bourgeois bien beurcux : eh bien! je suis ce bourgeois-là, et je bénis le ciel tous les jours. Habitant de Paris , né dans un siècle de merveilles, Ja vie n’est pour moi qu'un magnifique spectacle; je jouis de tout ce que je vois, de tout ce que j entends , et, ma canne à la main, je descends doucement le fleuve de la vie, comme disait dernièrement un poète de notre quartier. C’est pour ma commodité qu’on perce «les rues de toutes parts, et qu’on agrandit les places publiques; c’est pour moi «pie deux cents fontaines versent lenrs eaux, qu’on élève par-tout des monuments; c’est pour moi que le génie- des arts enfaute ces prodiges, et que cin«|uante mille ouvriers travaillent jour et nuit à orner la capitale. Convenez donc, M. l’Ermite, qu’il n’y a point d’être plus heureux qu’un bourgeois de Paris qui a dix mille livres de rente, et qui a le loisir de tout voir.

Nous autres bourgeois; nous sommes naturellement curieux, et lcs t journaux ne .sont pas une de nos moindres jouissances: nous n’avons pas besoin d’envoyer des courriers vers le .Danube, vers le Dnieper, à Londres, à Vienne, à Pétersbourg, pour savoir ce qui s’y passe. Quoique lesaiouvellcs des journaux ne soient pas. toujours regardées comme authentiques, je les crois cependant comme mot d’É vangile, et je ferais volontiers comme ce bour- ■geois th: la rue Saint-Denis, qui alla se mettre au lit

Page 1