PANORAMA D'ALENÇON. I
route (le Rouen ni sur celle de Paris, que vous connaissez déjà. La place triangulaire qui les sépare deviendra célèbre parmi les amateurs de beaux chevaux : c’est le nouveau champ de foire où se vend , le jour de la Chandeleur, l’élite des élèves du département. Si je pouvais entrouvrir le rideau de collines dont on aperçoit le sommet sur le plan le plus reculé, je vous ferais pénétrer jusqu’au monastère de la Trappe, dont je ne vous dirai rien pour ne vous en pas dire trop. A trois lieues en avant de ces collines sont les hauteurs qui dominent la commune de la Mesnière , où est né ce comte de Puisaye , que les gens de son parti ont accusé d’incapacité et de trahison, et qui a cruellement rétorqué l’accusation contre eux, dans les me'moires qu’il a publiés à Londres en i8o3. En vous plaçant exactement à l’est, vous apercevrez la tour de Mortagnc et le plateau couronné par cette ancienne capitale du Perche. La forêt de Perseigne, dont l’extrémité cache celle de Belesme, unit l’horizon oriental à l’horizon méridional, et s’étend depuis les environs de Mamers, à cinq lieues d’Alençon, jusqu’au château de Courlilloles , qui en est à un peu moins de deux lieues, line ligne non interrompue de collines fait suite à la forêt, et régne jusqu a Hélaup, que voici à votre droite , et ne laisse à l’œil qu une étendue assez bornée à parcourir.
« lin seul souvenir vient répandre quelque gaieté
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sur ce tableau d'une uniformité un peu monotone, c’est celui de la marche grotesque des héros du Roman comique. Voilà cette route du Mans, parcourue par le Destin, la Rancune, et mesdemoiselles X Etoile et la Caverne. Ragolin y éprouverait peutêtre moins de mésaventures aujourd'hui. Une belle route en gravier, qui date du régne de Louis XVI, conduit du Mans à Alençon ; ce n’est plus comme dans le bon temps où la route par Arsonnai était impraticable, même aux jours de la canicule, et où celle de Saint-Paterne n’était guère moins détestable. Mais j’abandonne le département de la Sartbe pour revenir à la description du sud de notre ville, où nous rentrons par le faubourg Monlsorl , en prenant Ragotin pour guide.
u Ce serait inutilement, je crois, que l’on chercherait aujourd’hui la salle où le petit avocat manseau voulait, par économie, installer sa troupe. Si quelque nouvel Epiménide se réveillait à Alençon , il aurait aussi quelque peine à reconnaître un ancien couvent de visitandines dans l'hôtel et les jolis jardins de la Sénalorerie , situés près le Pont-Neuf. Ces lieux furent long-temps embellis par les fêtes charmantes auxquelles M. Rœderer ne dédaignait pas alors d’inviter une noblesse empressée qui, depuis 1 8 1 4 , ne lui a pas encore rendu ses avances ; cette noblesse, si ce n’est par reconnaissance , devrait du moins, par politique, avoir plus d’égards pour un
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homme dont elle ne saurait braver impunément la mémoire. Il est difficile, par exemple, que l’exsénateur ait perdu tout souvenir de ce prince qui brigua, en 1809, le commandement de la garde d’bonneur à cheval , et qui reçut en récompense une petite bague ornée de diamants , à laquelle il ne pouvait certainement pas attacher, à cause de sa très modeste valeur, le grand prix qu’il semblait y mettre. 11 n’est pas possible non plus que M. Rœderer ait oublié les noms de tous les nobles officiers et sous- officiers qui étaient sous les ordres du prince ; et il est à parier qu’il a encore présents à la pensée et les protestations et les serments de fidélité faits au régime d'alors par tous les fidèles du régime d’aujourd’hui. La confiance que ces messieurs ont de sa haute philosophie les rassure probablement contre l’indiscrétion de sa mémoire.
« Non loin d’un clocher, en forme d’entonnoir renversé, qui est celui de l’église du faubourg Montsort ou Monlsor, vous devez découvrir le faîte de la manufacture de MM. Clérambault et Lecoq. Ces deux estimables négociants ont prêté l’appui de leurs richesses et de leur crédit à un jeune Alençonnais, nommé Beaumé, qui est parvenu à dérober aux manufactures de Tarare le secret de la fabrication de leurs belles mousselines.
«Une cheminée, élevée en obélisque au-dessus de vastes toitures qui servaient jadis d’abri à de