‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 7 (volume 2)Chapitre 27 sur 60 · LE B0CAGE · texte numérisé non relu

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.« jamais lobjet qu’on- admire. Les moeurs anciennes «rappellent la vie patriarcale; ,1e vieux langage 1 1 paraît si énergique dans sa touchante simplicité «quion n’en voudrait rien perdre; une inscription à « demi effacéo, une vieille chanson , un fragment « de oolonne, on vase mutilé, une médaille rougie « par la rouille paraissent plus précieux que les ■f plus beaux' ouvrage* modernes , par cela seul qu’ils faOnt aortiques. Eu promenant scs regards sur un « vaste horizon, on aime à se représenter ce qué- ' a. tait ce pays il y a deux mille ans; combien de ré- « vohitions oùt changé la face de Ces contrées! Ces « Campagnes si fertiles; étaient alors couvertes- de «ronces; ees vergers si -fructueux étaient stériles •ii et déserts ; le fieu où est située cette ville si « florissante n’était qu'un rocher aride; oes villages « si vivants , ces maisons si riantes n’étaient alors «que de pauvres huttes ; ces habits si élégants ont y succédé è des casaques de-peaux de mouton. » «•Peste soit de la chute» s'écria Léon , qui avait écouté cette tirade avec lé même intérêt que moi. H n’eùt pas le temps d’aj&uter le second hémistiche, que nous vîmes paraîtra un homme qui se promenait un livre à la' main. Son costume et sur-tout sa coiffure poudrée annonçaient la fidélité à des habitudes contractées dans un autre âge ; et sa physionomie douce -et prévenante semblait inviter h mie

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communication que Lëonr -s'empressa d'établir.- La lira de que nous venions d’entendre en frit 'le premier sujet * et bientôt nous eûmes Engagé une conversation réglée sur' les ^antiquités dp Bocage et de Fire. ' ' " . . • ■ •

.* ■■ Tout ce qui tient à mou pays, nous dit l’étranger i a dés attraits particuliers à mes yeux; I!ocain de cœur et darne, je concentre nuis études et • • mes affections aux fieux qui m’ont vu-naître. J’aime à percer la nuit des temps pour deviner ce qu’elle nous cache, et je ne me rébute d’aucune démarche ni d'aucun soin pour parvenir à connaitre* jusque dans les plus minutieux détails, l*étt»t actuel des bo’mmes et des choses. Histoire archéologique des Bocains, Histoire indristrielle-des Bocaini, Histoire militaire des Bocains , voilà les 'trois divisions principales dans les limites desquelles j'ai circonscrit les recherches’ de ma vie entière. »

Notre nouvel interlocuteur nous proüva-qûe, si on- pouvait desirer qu'elleS eussent été' dirigée^ par une érudition plus éclairée et par une critique plus saine, il était impossible qu’elles fussent plus consciencieuses -et’ plus détaillées.- -La- religion et- les mœurs du temps passé nous parurent avoir étç l’objet’ de prédilection de ses- études , de même qu'elles. L'étaient de ses éloges. Malgré sbn entbôu- ’ siasme'à cet égard, sa bonne foi ne lui permit ce-

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pendant pas de nous dissimuler les détails dun'e certaine visite-pastorale faite en iï5r,i'j53,‘et ia63 par l’archevêque de Rouen Odon-Rkjaul. U en résulte clairement que, pendant ces années de grâce et de religion , sur seize chanoines , dont -se composait le chapitre de jlïortaiu , le prélat nen-trousra que quatre résidants, eueore étaient-ils notés pour leur inconduite; que lç désordre régnait dans le monastère du Rocher; que les religieBx .de Saiirt- Hilaire de Harcourt faisaient gras; que ceux de i abbaye de Monlmorel soignaient mal les lépreux ; que les religieuses de Basliôre voulaient avoir chacune- «n confesseur particulier, malgré, la régie qui ordonnait deai'en avoir qp’nn pour toute lu communauté; que. lç doyen dt Avwfickrs» était si négligent, qu'il ne savait pas même te nota des- clercs attacjhé» à son église ; que les moitiés de ffambie ne jeûnaient pas et couchaient eti commun;, que J es chanoines de ■ Coulances manquaient à l’office, se parlaient haut d’un oôté du chœur à l’autre ; que celui-ci était ivrogùe , eelni-là marchand , et cet antre ki- ’ continent; quele'pain de l’aumône, dans! abbaye Saint-Sauveur, était-grossier ; qne sur vingt-deux religieux, deHX seulement résidaient dans l’abbaye de Cherbourg -, qu’ils admettaient les séculiers dans le cjoitre, et les femmes jusqu'à l’autel; que l’abbé était adonné au vin et fréquentait de mauvaises

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compagnies; qu’au prieuré de SaiiU-M ivhel , à&tuy setmse, deux moitiés vivaient sans aucune réf^e , mangeant de la chair avec des. femmes, et. 11e télébrant point d’office; -qu'un moine de Stiiuteily vivait avec une femme mariée; ,qu 'enfin les religieux de l’abbaye de CerUi mangeaient chacun dans leurs chambres, qu’ils y traitaient les femmes les plus distinguées des.cnvirons, et que notamment le Chanoine-cuisinier buvait souvent avec elles. ‘ . . j 'L’inconnu s’étendit encore avec beaucoup de détails et de complaisance sur l'industrie des anciens Bocains pour conserver les bpnnes mœurs. Il nous' cita les principales dispositions des lois àïabri desquelles on avait cru devoir placer la vertu des femmes, tout en regrettant qu'elles ne fussent plus en vigueur dans ce siècle « ù fon vomit l'ordure sans pudeur et où f on commet le crime sans honte. « Si un homme, nous dit-il, serrait le doiigt ou la main d’une femme libre, il était condamné envers elle à une amende de quinze sous d or ou deux cents vingtcinq livres tourtiois; si c’était le bras, la somme étatt double; si c’était le coude’, il payait trentecinq sous d'or, et ainsi graduellement des autres parties du corps, jusqu à •ce que enfin, les choses étant poussées trop loin, , on le mettait hors d'état de recommencer. ......

« On revim cependant sur cette dernière dispo-

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