U BOCAGE
« Pour Jes suivantes. .. . 31 us.
•o Pour un coup de poing sur fe’nee, 3 t a •
Tel fut, sfiivant l’inconnu ; l’état de in législation dans les cinquième et .sixième siècles, jusqu'aux capitulaires et aux coutumes des Normands, quin'appottèrent pas encore une très grande amélioration dans les mœurs de cet âge d'or,’ si' l’on en-juge dû moins paf le décret de ta Trêve de Dieu, que le* évêques rendirent à Caen en io43- Ce -décret défendait de tuer, voler, piller, brider château , bourg, ou village, depuis le mercredi après te 'coucher du soleil, jusqu’au lundi- suivant à son lever- 'Et l’on prétendra encore offrir â notre admiratiOn>ce code du guerrier : « balance pointue et menépée tr&n- >< chante sont ma fortune et mes richesses ; c.èst « avec elles que- je, laboure et que je moissonne ,
• « que je cueille du vin et que je'me procure un boni-, « mage et une soumission universels. Que tout êtfe « qui n.’ose pas résister à ma lance pointue , à jmon « épée tranchante, et'à mon brillant bouclier, tombe
• à mes genoux, se prosterne devant moi, et m'a-
« dore comme son seigneur . et.son roi. » ■-
Échauffés par la vivacité de nos discussions archéologiques , industrielles, et militaires, nous ne nous étions pas aperçus que le soleil avait -disparu derrière les collines. L'inconnu nous donna le signal de la retraite, en nous offrant de nous guider
l« Bbc^Ofi. ■>. 169.
vers la ville par des sentiers peu fréquentés, niais qui lui paraissaient familiers. Nous acceptâmes sa proposition, et nous le quittâmes à l’entrée de Vire, charmés de la politesse de ses formes ét de la naïveté de'son caraetète , mais en même temps étonnés du bizarre'assemblage de pensées élevées et d’idées .communes, de réflexions philosophiques et de préjugés aveugles, de tirâdes éloquentes et d’expressions triviales que safeopversatioa nous avait offert.
LES VAtJX-I>E-VrRE.
' • i» #< ct*ii. [ao 40PT 1846.] '• '
LES VAUX-DE-VIRE
Usâige» c»l en Normandie Qtie qui bebergië est , qu'il die • ' Fable ou chanson lie à son hoste.
Li dit du Soucreiain , M, S. n° 76a S .
Je ne m’étonne pas quVn'ce val enchanté *
Bastcliu lur son luth ait autrefois'chanté.
Là , ce vitfux troubadour créa le. vaudeville t • Là , dans l’essor heureui.dVoe verve faci^: ,
‘Sans modelé et sans art il trouva ces chanson*
Qui d’uoe langue informe, a douaire nt tessons.
' Voilà son toit modeste et son humble héritage,
• 'fait simple et dédaigné des hommes de notre âge , Mai* que l’ami des vers se plaft à Visiter !
CafacooLLÉ , Etudes fxxkûjites.
« Ün éçrivain qui a doqné l’histoire de la poésie française, me disait Léon en dirigeant notre première sortie dans Vire vers les vallons qui forment ses faubourgs , a prétendu que la Provence avait été la porte par oh la rime était entrée en France. 11 a été à c et égard l’écho d’un préjugé qui , pour être généralement répandu, n’en est pas moins dénué de tout fondement. 11 est vrai que parmi cette foule d’hom-'
si
LES VA U*X-*DÊ«-V IRE
mes qui, par négligence ou par nécessité, reçoivent des idées toute* faites, H n’est personne peut-être qui ne regardé la Provence comme fe berceau de la poésie française. Ses anciens troubadours jouissent d une réputation populaire qui a passé jusqu'à nos jours, et quand on n’a, pas voyagé dans cette province, on se la représente volontiers comme une espèce d’Arfcadie où les bergers, le galoubet à la bouche elle tambourin au côté 5 animent encore les danses vives et gracieuses de. leurs bergères. Quant à là Normandie, c’esfsou» un aspect plus sérieux et plus grave quelle se présente à l'imagination. Je doute qu’il y ait quelqu'un chez qui elle réveille la, moindre idée de poésie; il semble que la gloire de ses guerriers ait prévalu Sur celle de ses trouvères, et que la terreur et l'effroi que lès premiers opt long-temps inspirés aient efîacé-les somvenirs agréables et les émotions donnes que les chants des seconds étaient propres à f*ii*e naître.
u Notre renommée littéraire . ne commence en quelque sorte qu’avec Malherbe et Corneille. On ne songe pas que ces deux puissants .génies n’ont pas dû surgir tout-à-cou jî des deux extrémités d’une province où le culte de la poésie aurait été négligé jusque-là . ■ On oublie que les- champs féconds où ils ont si largement moissonné, ont dû être défrichés avant enx. Le vulgaire, qui s embarrasse peu- des travaux quo n’environne pas un grand éclat, dé-f
l'ya- LES VAfcX-DE-tIRE.
daigne de suivre à 4a trace les efforts de ceux qui ont ouvert la carrière ou qui l’ont suivie en silence.
( Jette 'étude est loin pourtant"detre dénuée d’intérêt, Ou ÿ acquiert la preuve que c’est aussi bien dû nord pu midi que du midi au nord que- la poésie s’est répandue en France, et que les trouvères normands firent résonner la lyre avec non moins de succès que les troubadûürs provençaux. •
«• Les cbansous , soit sacrées-, soit profanes , sont les premiers poèmes chez tons les peuple». C’est par de» chansons tendres ou épigrammatiqnes que la poésie se manifesta d'abord en France, Le» premières que I on connaisse remontent jusqu’à Phi-. lippe-Auguste r époque à laquelle un tronvère normand plaçait déjà dans la bouche d’une -jeune fiUe çes vers dune si gracieuse uaiveté :
Enfant jetait et jeunette \ . ...
• Lorsqu’à l’école on me mit ; . . .
Mais je u’y ai rien appris
Fors lin seul mot -d’amourette.
Nuit et jour jè Te répète * ‘ ‘ ' ;
• • •' ‘ Depuis qu’ai on bel. ami. • • . - • ■ .
• "u G’est encore iln Normand, Alèxfmckttde Berruii, que j’ai omis de vous «teren parlant de'la viHe dont cé poète a retenu le nom , qui le pretaier a détahniné lè rhythme du plus majestueux de nos vers, du vers alexandqiu..Siu»i* abdiquer notre qualrté de
Français, nous pouvons également; prétendre au droit de faire une légère variante, à un des vers les< plus cités du législateur de notre s Panufsse,. et dire:
l.e Kermand aé malin créa le vaudeville.
Car nous s'ojnmes ici Sur le sol qui l a vu naître.
« Voici, poursuivit Léon, en me montrant une petite .usine, -située tout auprès du perd des Faux, sous' le coteau des Cordeliers, voici • l’humble, demeure du> véritable père du vaudeville français, -de ce joyeux Olivier Bafselln % que ]a. nécessité avait fait fbulonùier et que son astre avait fait poète.. Je sais que l’eifvie, qui conteste tout. aux Normands, pour les punir peut-être, d’avoir été jadis un peu 1 trop enclins à contester ee qui appartenait aux autres , a voulu élçéer des doutes suç lit légitimité de cette origine -, mais nous ne craignons pas. l’examen et nous pouvons soutenir- nos prétentions titres en main.
•>< Vainement La Monuoyè et quelques antres auteûrs-, guidés par àmour pour leuphonie où par le désir de trouve? des, allusions étymologique», ont dénaturé le faiot primitif de Faux-de*Fire', et pré-, tendu que c'étaient des chants allant à vau-la-ville ou des voix de ville ; c’est aux li^x où les refrairts bachiques de Basselin ont retentitpouf la première fois, et d’où ils se sont répandus en Norrbapdie et
174 L«S VAÜX-DK-V 1 RE.
de là dans toute la France, qu’il faut venir' étudier leur véritable dénomination. jEIIese conserva lonjftemps intacte chez les compatriotes du;vieux chansonnier, chez les écrivains les plus rapprochés de son époque. «C’est de Vire... d’où sont procédées « les chansons que l'on appelle VmtXrde- Vire , dit « Bourçoeville de Bras, dans ses Antiquités de fîeusu trie. — Lficelui ( de Vire), dit encore André Du- « chcsne , dans ses Antiquités des utiles de'Frtmee, « -ont pris leur origine ces anciennes chansons qti’on « appelle communément vdudeviltes, pour Vaux- « de- Vire, desquelles fut auteur un- Olivier Basseiin , « ainsi que l’a remarqué Belle-Forest. » •
« Du peut encore citer ces deu* vers de La Fresnaye r dont vous avez inscrit Je nom parmi’ les illustres de Falaise , domine auteur d’un AA poétique.
filial» tant en nos festins ’aimi les t'-aux-de-Vire, ’ .
. Qui sentent le bon temps, novl font,«nco»e rire, ■
. Si, après quatre siècles, -vousé tés. jaloux défaire reteoflr les échos de cos vallons des mêmes chants qui les égayèrent jadis , voiei le recueil- des poésies de Basseiin , publie avec tout le * zple de' l'amourpropre patriotiqife, et tout le soin dont M. .Louis Dubois est -capable comme bibliophile. » .
Je pris Jo li vre «es mains- de Léon et je me plus A parcourir les plusafprcahles chansons du joyeux fou-
L6S VàUX-DE-VIRE.
lomùprxjue je me rappelais avoir lues quelques années auparavant dans uneâatre édition, en 1 8 1 1 , par M. A. Asselin, ancien sous-préfeï de Vire. Je laisse à d’autres le soin, de prononcer entre te mérite de ces deux éditions. M. A. Asselip a donné une grande valeur, à la sienne en la rendant fort rare \ M. Dubois a peut-être plus de droits à la reconnaissance publique pour avoir suivi une route tout opposÆ. Je ne sais s'il mérite autant d’éloges aux yeux des véritables gens de lettres pour avoir .rajeuni l’orthographe <}u vieux chansonnier, quoique, ce fût le meilleur moyen pour populariser ses ofuvres.
Je ne pus parcourir ce preniièr recueil d’un genre de poésie dans lequel les. Français se sont si souvent et si heureusement exercés depuis , sans m’arrêter à cette chanson que l’on peut citer encore Comme uji modèle
En un jardin d’ombrage tout couvert,
Mi chaud du jour, ai trouvé Madetaine,
Çiui, près le pied d’un -sycomore vert, ■* •>-, Dormait au bord d’une claire fontaine.
Son lit était de thym et marjolaine. ; '. .
Son tétiit frais n’était pas bieo caché.
D'amour touché, •
Pour contempler sa beauté souveraine , '
Incontinent je m’en suis approché. ’
Sus, sus, qu’on «e réveille, * .- Voici vin excellent
LES VAUX-DK-VIRE
• Qui fai» lever l’oreille .
11 fait mol qui »’«* prend. > .
Je n’eus pouvoir, si belle la voyant, '■ ( .
De tu’abstsnir de-baisotter sa bouche;
Si bien qu-’enfin la belle s’irveiHan t ,
Me regardant avec un oeil farouche, tiédit ces mots : «Biberon, ne me touche, it’fu n’es pas digne avec moi d’esprouvcr . « Le jeu d’aimer,
u Belle fillette à son aise ne couche s Avec eelui qui ne fait qu’iyrogner. »
• • bus, SU», qu’qn «e réveillé,
Voici vin cicvOdit . . ...
Qui fait lever Koreille ;
Il fait mol qui n’en prend.
Je lui res ponds : u Ce n’est pas déshonneur, . « D’aimer le vin, une chose si bonne. * •
« Vostre bel œil entretient en 1 chaleur, a Et le bon vin en satrté ma personne, u Pour voue aimer, faut-il quc j abandonne u Le soin qu’on doit avoir.de sa santé?
« Fi de beauté ,
« Qui son amant tle desplaisir guerdonne « Au lieu de bien quîil Avait mérité.
Sus, sus, qu’on se réveille.
Voici vin e scellent . • ■. • ’
Qui fait lever l’oreille ; • ■ ... •
Il fait mol qui n’en prend. * •.. .
BÜfcfe Æ&œÊÊt.
'LES- VAlTjC-DE-VUlf. 177
' a J’aiuie hien mieu» l’ombrtrd’uYi cabaret ,
« • « Et du bourltop de taverne vineuse , f ., . .*.
• . .*■ Çue cil tpù.est en u» iieau jardinet. » , la belle afora lne répoüfd despiteuse :• , #
» Tn ne m’es bon , cherche une 1 autre amoureuse. n Puisque par toi j’ai perdu me» amours ,
TWjoors, toujours , ’ ‘ ' , '
Contre l’àmour et la soif •neoureUsc Qne sois, bon vin, armé de ion'secOurs. "" *
Sus, sus,- qu’on se réveille,
Voici vin excellent ..."
Qui faitlever l’ofeiHe ; '' * '
' 11 fait mol qui n'en prend. ' * *' ■
H est peu de rhytfcmes et de refrains dont :on he trouve te type- dans tes Faux-de-Vire de BasceLin. ÎVesque tous lés recueils sçsoot enrichis de sa jobechanson : , , ; i ^ v .»• Xv*
- .• ' ,iiii,» , ...e . '■ ■■■.
Eh ! qu’avons-nous affaire
Su VuK ni du sôphy ^
. Don, don? - " • •
Pourvu que j’ayè à boire,
Des grandeur» je, dy: . . :
Fi!e*<:.
.On n’a pas eité. moins souvent, celle qui commence par ces vers: * '
- * - r ÿ.VîL •* *i . * • - ^ f •
* Qoe Noè fut un patriarche digne!
Car ce fu^iui qui pous planta la vigne, etc.
JKrmitf. *j» pravixgk, t. fii.