‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 7 (volume 2)Chapitre 30 sur 60 · LES VAUX-J>E-V1RE · texte numérisé non relu

LES VAUX-J>E-V1RE

Le refrain, dô F Aveugle de' Bagnoles «lfe notre Bçranger ne rappelle-t-il pas, sauf la différence qui . caractérise la littérature des deux époques, celui, du Naufrage de Basseün? ' *. ■

- f kt, . • •

Donnée par charité à boire »

A cé'jiovre homme marinier, ^

*,Vui par tourmente, et fortune *

A tout .perd u sur la mer •'

Mais la chanson oq l’on retrouve le plus d'analogie entre le talent du créateur du vaudeville et son plus illustre successeur eu France, est celle qu’il a intitulée le Siège de Vire ; car Basseliu n’avUit pas moins de patriotisme que le .oh a litre de nos Amis les Ennemis. Il paraît même hors de doute qu’il périt victime des Anglais, qui, eh 1417 comme en » 8 j 4 >’ étaient les plus cruels fléaux de nôÿre patrie. Je ne puis résister au plaisir de terminer par cette chanson ce que je citerai du vaudevilliste virois : •

Tout à l’entour de no* remparts " *

. Les ennemis sont en furie : ■

Sauvez nos ton neaux , je vous prie !

Prenez (dus tos< de nous, soudards ,

, Tout ce <|«e vous aurez envie: . ’ . ,

• Sauvez nos tonneaux, je vous prie!

ÿfous pourrons après, «n beavant, ■ , • Chasser nostre mélancholîe.

LES VAUX-DE- VIRE

.Sauvez nos tonneaux , je vous prie !

L’ennemi qui est ci-devant, . .

Ne nous, veut faire courtoisie:

Sauvez nos tonneaux, je vous prie! .

Au. moins, s’il prend uostre cité, Qu’il n’y trouve plus que fa lie; Vuidons nos. tonneaux, je. vpus prie!

Ueussions-nous marcher de costé, ,.Ce bon cidre n'épargjaons mie; Vuidons nos tonneaux , j<* vous prie!

Après la mort de Basse] in, on souffrit et on ne chanta plus; son nom même tomba dans pu entier oubli. Un de ses compatriotes, poète lui-même , et de plus avocat et peintre , Jeqti Lehoux, eut l’idée, vtrs la fin du seizième siècle, de recueillir et de publier les chants de Basselin : action généreuse et patriotique qui ne valut à son auteur que la persécution des prêtres de son pays. Le malheureux éditeur fut excomjnunié et obligé de faire le voyage de Rome pour y aller demander T absolution. C'est avec le plus, vif regret que j’ai inutilement cherché dans Vire Je moindre monument tjpi rappelât la mémoire de. Basselin. Un tel oubli accuse une ville' entière; oar, en .pareil cas, si l'administration est négligente , è'est aux citoyeqs à; répartir son ingratitude. Le voyageur aimerait à rencontrer, au fond des Vaux .qu’a illustrés Basselin , un monument

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.s i h 1 1 » I c et naïf comme sa nuise, et-à lire le nom de^ LShoiix sur son piédestal. •

u Si tous les poètes vit'ois ne sont pas parvenus au même degré de gloiré que Basselin, me dit I/éon pendant que nous remontions vers la ville, plusieurs ont au moins le mérite d’avoir essayé de marcher' les premiers dans des voiçs encqre peu connues, f /historien de tous les genres d’industrie des Bocains , M. Séguin ■, • a tâché d’illustrer * les premières tentatives, d industrie de ses compatriotes dans les scieuces et les belles-lettres. C’est en parcourant ses ouvrages que j’ai appris qu’un certain Jean de Cdkâgues donna à Vire, en 1 5yo , une traduction de l'Avare dé Plaute, et, en i58o, une tragédie de Josejth. Dans le dix - huitième siècle , la représentation d’nne autre tragédie , dont le sujet était le Martyr» de saint iMurent, devint aux yeux du peuple ^occasion d'un miracle qui s accrédita si bien* que le lieu de la-sCènc, qui avait été établie en plein vent près de l’éclltse Champagne, |)orte encore lo nom de Butte du Miracle. « Comme le feu formé de gaz, dit l’historien, ne brûlait point le martyr, le pcflpfe, séparé du lieu de la scèhc.par la rivière, cri* Miracle ! « H y a quelques mille ans, un pareil prodige aurait sans doute valu à l’acteur les honneurs de la légende.

•« Les poète virois ont, àce qu’il paraît, un goût prononcé pour les Sujets sacrés : car, en !8o3, on

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a joué le Martyi* de saint Etienne ; mais cette re>paésçntation n ? a'ricti offert de. miraculeux.

« Ciest d’après la liste trèsmioutieuse que le même M. Séguin a formée des hommes (fui se sont illustrés par leur industrie ou leurs talents , soit* dans les sciences, sôit dans Jes arts, au pays du Bocage, poursuivit mon jeûné - ami, que j’ai dressé pourvois celle des hommes célèbres de Vire. Si vous ne craignez pâs de vous abandonner à la fidélité de rfia mémoire, que je ne garantis cependant pas, je voul dterai, sans' aucun ordre de genre de talent ni* de •date, le jésuite Tettier, confesseur de fiodis ‘XIVJ plus connu par sa funeste influence sur la oonsciencé de ce prince que par lés nombreux écrits théolegi* ques et polémiques qu’il a publiés; Étienne Le Ta A quil, auteur d’un ouvrage contre les protestants.^ dont on peut juger l’esprit par le titre; il porte: fie la- difformité de [Eglise réformée'; Desmatifs, bratorien ; janséniste x et- prédicateur célèbre', dont Boileau a dit , dans sa dix-neuvième Satire : f * • v . . ."•••• V ■ • t

Desmares, dans Saint-ftoch, réauraît pas mieux prêché.

Jean- Gosselin, bibliothécaire dé Charles IX , et de Henri UI, qui a écrit stir la réforme du calendrier et Silr la musique; -Sonnet' de Courval, poète satirique , qui dédia ses ouvrages à* la reine-mère , en 1630; Jean-Baptiste Duhaitiel, premier sec ré*-

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taire de l’académie des sciences ; Ro berger de Voussenville, mathématicien, qui usa sa vie sur la^ quadrature du cercle; Adam, sculpteur de quelque talent , et enfin le docteur de Sorbonne de La Ligue , qui chemine péniblement vers la postérité, s6ns le faix des neuf volumes in-folio de sa Bibliothèque des • Pères. Je'm’abstiens d ajouter les npms de quelques autres auteurs qui n’y sont pas parvenus' avec des wuVnqjçs théologiques sans intérêt et sans utiUté pour cette science. . . * .

, « Quant. à la génération actuelle, mieux, partagée .peut-être que celle qui' l’a précédée, elles’euor- . gueillit de compter dans ses rangs M. Castel, qui a consacré sa lyre à chanter ces mêmes Piaules , dont le pinceau de son compatriote, M. Turpin, reproduit avec tant de fraîcheur et d'éclat les formes et les nuances fugitives. M- Chénedollé a fixé aussi, avec non moins de talent et de succès , la muse didactique sur le pâmasse, virois; il est du nombre de ces poètes, envers lesquels la gloire contemporaine semble cependant un peu injuste ; mais il peut porter avec espérance ses regards vers la postérité. Son poème du Génie de l’homme sera toujours un beau témoignage en faveur du sien. Ses Etudes poétiques, qui oftt été se placer sans bruit dans laubibliothéque des homnjes dé goût , offraient assez de beautés pour faire la réputation d’un poète qui au-

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rail été le Itéras d’uue coterie ou dun parti. M. de . C/u'iicdullé nous promet un poème en douze chants de Titus ou Jérusalem détmile , qui ne peut manquer d’ajouter, encore à Ses titres poétiques.

« Parmi les hommes qui cultivent la poésie exclusivement pour elle et pour eux , vous devez recueillir les noms de M, Jmiiou de la Renandiêiv , auteur d’un poème de la Fête-Dieu , inséré' dans les notes du. Génie du christianisme, et de M. Richard Uubùury d’Jsiyny, dont je connais une Charmante imitation de la céjébre ballade de Goethe intitulée : le Roi des Aulnes: .. * -

« Si le hasard n amenait pas au-devant de nous M. R. L*‘* et son bcau-p.ère, M. LT**,, continua Lé'on, en abordant l'un et l’antre sur la place: du château de Vue, je vous aurais engage à citer le • premier comme l'honneur du barrèau, de cette . aille, et lé second comme uu de ces braves, qui, après avoir acqui$ dés droits ii la reconnaissance du pays, pour lequel ils ont prodigué leur sauf; , ont su redescendre avec la philosophie du. sage

dans le calme et lobscurité de la retraite. « r \

La rencontre inattendue.de ces deux interlocuteurs donna une nouvelle étendue à la conversation , • * sans en changer l’objet. * Un étranger, nous dit M. L”*, après quelques phrasés préliminaires, iu: saurait faire choix d’un point plus favorable que le

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Heu où nous nous trouvons pour prendre une première idée de l’ensemble et des environs de la ville de Vire. Cette place, élévée sur' un rocher taillé* presque à pic, domine tout ce tptfi i’entoure-cOmnie un promontoire escarpé.; On a observé a vee j usfesse que les deux principales vallées-ipti forment tes Vaux-de-Vire présentent la forme d’un T, dont . le jambage s’appuie sur Ja place du château. Vous venez de passer entre lbôteWo ville. et la bibliothèque publique que nous avons maintenant efi foeç. L’hospice des Enfants^Tnouvés est le morceau capital que présente à nofrç droite ce polftt de Vue digne du Diorama. Il-est assis du sommet du coteau , tandis qu’ait pied ôn remarque 1’hôpital-géuéral. Le •coteau de gauche est couronné par des maisons particulières qui. ne le cèdent en rien ponrJ’importance et l 'étendue à l’hôtel de la sous-préfecture-, qui s’y trouve aussi. Ses flancs sont couverts détentes à draps ,. signe ostensible de l’industrie de notfe ville.' Cependant d’épais toucbflkm» de- futeée qui s’éxhalent'de nos ateliers de teinture, et le bruit des foulons ou des papeteries dont les marteaux retombent en oadence, s’élèvent du fond <fe6 Vaux : telle est aujourd’hui l’image que présente notre Ville. Quant aux restes majestueux du vieux donjon, qui donnent à-cetlç agréable promenade Un aspect tout particôliety .ils- semblent Oubliés là par le- temps pmir re-

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porter Vers le passé Jes pensées de la génération présente. * * ’ • \

‘ « On. croit l’origine de notre ville plus ancienne encore que ces ruines. Je ne vais pourtant pas si loin que ceux qui prétendent attribuer la fondation de Vire à Viridorix, en alléguant pour toute preuve l'analogie que la première syllabe du nom de eé général présente avec celui de notre ville. Je me rangerais plys volontiers de l'avis des annalistes' qui, snr la foi. d’un papier terriçr dressé par ofdre de François P, en FS4©, en font Honneur à Charlemagne, et de celui des éfymologistes qui crofent tout naturellement que -cette ville a reçu soiftnom de la rivière sinueuse qui vire, c’est-à-dire qui tourne autour de son enceinte. ;

« Le- continuateur dé la chronique de Sigebert place notre berceau sous Henri I", roi d’Angleterre; mais il parait plus vraisemblable que ce prince ne fit que réparer et augmenter la forteresse qui exis* tait déjà, car il est constant que, vers la fin du douzième siècle, Vire était un gros bourg ayant vicomté, tabellion, foire, marché et tout ce qui composait alors une organisation sociale complète; on prétend aussi que les invasions des Normands ont été pônr elle l’occasion èl’un accroissement considérable. Dans le neuvième siècle, les habitants dfJÊ m touvi , qne l’on suppose avoir été une ville assez im-

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portante, vinredt, (kt-on, chercher tous les remparts de Vire un abri qu’ils ne trouvaient pas chez eux. Quand la conquête fut consommée, ils s'attachèrent aux murs où ds avaient trouvé sûreté et protection au hioment du danger. Ils fixèrent leur industrie sur les bords de la rivière qui arrosait ses fqrmidables remparts. I^a tradition désigne le f 'allierai et le faubourg Acharel, aujourd’hui la nie du font, comme les lieux où ils formèrent leurs premiers établissements de tannerie et de pelleterie.

« C’est Je désastre d’uoè autre ville, qui, dans le quatorzième siècle, 6t succéder à ce premier gepre d indtistric la fabrication des étoffes de laine. C'était à Coûtâm es qu'étaient alors établies les manufactures de draps de la contrée; mais Charles V, fatigué des intrigueà que les habitants de cette .ville ne cessaient d’ourdir en faveur des. Anglais, les ayant contraints d'abandonner leurs foyers , ils vinrent se réfugier k Vire, où ils implantèrent cette nouvelle , branche de commerce, qui u a -cessé d'y porter des fruits. abondants, > , y • *. ».

e Avant la révolution, . la fabrique de-.Vire, res- • treinte dans son essor par les règlements, faisait cependant un commerce d’exportation assez étendu dans nos colonies et sur-tout au Canada. Pendant la révolution , les produits de ses ateliers servirent à habiller .les vainqueurs de l&alie. I^es draps que

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l’on fit pour cet usage on prirent même le nom de Cisafyma: M. Tiret fut un da ceux qui se distingua le pftis par ses généreux efforts, car vêtir les défenseurs dp la pàtvic, c’était alors concourir puissamment à vaincre ses ennemis. Les manufacturiers de • *

Vire ont fait clxanger depuis leur industrie avec les circonstances. Après l’avoir rendue utile à leur pays dans les besoins de la guerre , ils ont su l’approprier aux douceurs de la paix ; ils cherchent à rapprochar ' leurs produits de la perfection de ceux d’Elbouf et de Louvicrs. Ou fait des draps à Vire depuis dix francs jusqu’à trente francs l’aune.

« La fabrication du papier n’occupe que secondairement l’activité laborieuse de notre population. D’autres noms ont pris rang avant celui de notre ville dans cette carrière industrielle ; cependant nos fabricants ny marchent pas sans quelque gloire: je n’en voudrais pour garant que le nom de M. DiLsétables. Le chantre du Val-de~Vire a cité ce fabricant avec éloge, après avoir décrit ses ateliers 'dans ces vers: • ... • .

Suivons celle onde errante, où, 4e long des rivages, Les' flots blanchis d’écume agitent cent rouages ; .Pavante à pat pressés, j’entends ces lourds marteaux Dont le bruit monotone Assourdit les échos,- ' Broyer, mêler, pétrir la pâte préparée, ‘ . ,

' Qui, par i’opde et le feu a son tour épurée;

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