‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 7 (volume 2)Chapitre 45 sur 60 · LA DHULDKSJMO , D£ TOM UL AIN E · texte numérisé non relu

LA DHULDKSJMO , D£ TOM UL AIN E

du cœur, d.c Cléovir, Il ne tarda ,pas à y lire .à découvert, car. le jeune prince avait tput appris du' druide, ^excepté l’art* de feindre. Cetui*ù se fut ’ fjieutôt aperçu qu'entouré , depuis sa captivité , par les séductions de la politique romaine, .‘Cléovir .' avait embrassé avec, l’enihousiasme de son âge toutes les idées généréuses et nobles que lui avaient offertes la sage législation, la riante mythologie, et les mœurs Civilisée» des vainqueurs; que l’esprit dinuovàtiou.s’était emparé du jeune prince, et que les Humains en avaient -encore plus triomphé par leurs discours qpp par leurs. artnes. M<ei*éa avait jugé l’état du coeur de sou amant avec» un oeil, plus, rapide at uon moins âûr. Son père acquit en effet la triste certitude que Cléovir avait oublié, auprès de Claudia les impressions fugitives de spn adolescence. La jeune Romaine néUçt pas oioips belle que sa rivale; mais sa beauté avait précisément les charmes que Cléovir avait plus d’une fois regrettés chez fa bile du druide. Son regard, d’une douceur enchanteresse, commandait en paraissant supplier ; sa démarche aurait paru, voluptueuse comparée à Celle de Mœréa, et ses grâces, perfectionnées par letude des beaux-arts, respiraient une 'mollesse et un ahaqdou inconnus aux Gauloises. • . „

« Le druide se garda bien de laisser paraître son otturroux aux y eux dp jeuuç pripee’; il Tçxhorta ifiêpe a, rester fidèle aux Romains , ses, protecteurs ,

•?44 LA DJJUlDESSt t>»TOMBLAI.\Ê.

et à saisir {"occasion qui str présentait dé sunir à eux par les liens dit sang comme il- l'était déjà par ceux île la politique; mais en même temps il méditait sa pjsrte. . - . • V

*• ' <* DocHe aux conseils d’unç voijfqni âvait dirigé son enfance, et entraîné par les propres inspirations de son cteur, Cléovir s'engagea chaque jour davantage-dans le parti des Romains, et gagna leur confiance au point .qu’ils jugèrent bientôt inutile 'd’entretenir un corps de troupes nombreux dans s os états. Lé père de Claudia fut chargé de rester seid , avec quelques soldats choisi», auprès d’un prinée qu’if regardait déjà cotrime soh gendre : tel était le moment que pressaient de tons leurs Vieux le druide et sa fille. Jusque là ils avaient couconrii par des avis secrets à maintenir les Gaulois' dans uné soumission parfaite ; mais, dés'qu’ils virent les troupes romaines éloignées de cette contrée et occupées à soumettre une antre partie de la Gaulé, ih'raUumërent de tous côtés les feu A de la rébellion et de la vengeance. Cléovir fut présenté à leurs yenx comme un Gaulois traître à sa patrie et à "ses dieux , comnïe Vin lâche allié des Romains; et dans un mêmejonr là vaste cônspiratton.quel’ônavak tramée sourdement à l’avance , éclata à-la-fois Mt plusieurs points opposés.* ' ; '• v

• >< Lé jaune prtnee n’hésita pas à se diriger sur.les lieux’ où la révolte s’annoncait avec le [iliis d’effer-

LÀ DH U 1 DE SSE Dfc TOMBLA1ÎWE. 345 vesccnêe et d’audace. U espérait tple sa. présence et la mémoire de son, , père suffiraient pour 'faire rentrer dans le devoir Un peuplé égafé ; mais' son aspect ne servit, qu’à soulever davantage les pas-* si tins , et il fut obligé de céder devant un torrent dont il rte pouvait plus se flatter d’arrêter les ravagés. Moins inquiet de son propre sort qHe de -celur de Claudia , qu’il avait laissée' presque sans défense auprès de ,soh père , il réunit à' là bâte quelques vaisseaux pour toi ménager par nier une retraite qu’il pressentait bien: qu’il ne pourrait plus lj*f ouvrir â travers un paÿs révolté. Quelques Gaulois qui lui étaient demeurés fidèles ‘secondèrent beiireoseraant ses efforts; mais on était alors dauS la saison dos orages , et , qnaqd il fallut lever l’ancre, lés matelots déclarèrent qu’ils ne partiraient que • quand-an aurait fait briller à leurs yeux les flèche* sacrées que les drMdesses étaient dans l’usage de distribuer pour coojurer les tempêtes, r " * • . "

' «iDécbncefté par cet dbstacle.irtiprévn, et craignant qü’un messager maladÇoit ne trahît son préjet et sa marche-, Cléovir résolut d’aller chercher 1 lui— même lès fllcbes désirées. Caché sous les habits d’nu simpla.matelot, il arrive auteùipje vers le déclin du jour, et éxpose la faveur qn’il réclame. Tout étak dans une agitation extrême autour 'des deux moûts. Un grand concours , dé peuple s’y pressait etr demandant le signal du départ pour une expédition

446 LA DRlJlDESSE PE , ÏO-M itLA'INÉ.

il ont ou n'indiquaU pas le but. Çléoyir est introduit dans le sanctuaire , et une prêtresse dont il.' ne- reconnaît que trop bien la voix,. Mieréa, remettant * entre ses malys les flèches sacrées « Jeune honufie , « dit-elle , puissent ces traits calmer' les tempêtes « sou* la proue des vaisseaux armés pour poursuivre » et exterminer les Romains ! » Au même iustaut elle sortit du temple, et alla se perdreau nii|ieu des flots tumultueux des guerriers et du peuple., .

, « L'âme tristement préoccupée <et de œ qu’il a vu, et de ce qu’il pressçnt, lç jeune prince se. bâte de revenir à ses vaisseaux, Il montre aux rameurs rassurés le gage. que leur superstition réclamait, et iéveTancre au milieu 4c leurs cWs de joie. Mais , au gré de l’impatience de Gléovir, on a’ avançait que lentement au tiàlieu d’une mer houleuse et agitée par des veut» contraires. Il aVait espéré .parvenir, le jpur même au pied du promontoire que dominait son palais ; U en était loin encore, quand la nuit le surprit, bufin il détermine ses matelots à lutter contre le double danger des écueils et des ténèbres. Mats l’obscurité ne tarda pa§ à lui réyéler d’autres sujets de crainte. Eu portantses regards vers la terre , il .aperçoit, depuis le^Ommet des monts druidiques jusqu aü pied do son palais, ces feux dont les Gaulois avaient coutume d’éclairer leur marche dans leurs attaques nocturnes, et il ne douta plçs que 1 expédition dont il avait entendu la. fople s’entre-

Lk n ut; itiks.sk l>e -tombes in e. .34 7

terni autotu- du temple ne fût dirigée contre les ttoraains. Kientôt ces fin tt se rapprochent, st réunissent e( se croisent, et la forteresse- est entourée d’un cercle effrayant de ‘lumières, que quelques instants ont suffi ponr convertir en un immense infccudie. Cependant la* tempêté croissait- sur la mer, et la fureur des flots devenait de plus en plus indomptable. • * . ‘ • 1

Loin de se 'laisser abattre dans ce moment dj-

désespoir et d’angoisse, Cléovir redouble de courage; il se rappelle que, dans des jonrs pins heureu*, il avait plus d’une finis conduit Clandia dans une grotte solitaire, crensée par la main du temps sur les bords de la mer, et qu’il lui avait fait connaître le chemin, secret qui communiquait dn palais a ce mystérieux asile. Il ne doute pas quelle n’y ait cherché un refuge dans le danger qui la presse. Plein de cet espoir, il tourne lui-même le-gouvernail de oe c6té; mais au moment de toucher' au rivage 1 , il en est -repoussé par les vagues que brisent en sens divers les rescifs qui hérissent la grève, lies matelots, dont une -lotte aussi longue et aussi terrible a épuisé le courage et les forges, demandent qne Cléoyir ait recours aux flèches des druidesses. Le jeune prince cède à leurs vœux ; d’un bras animé par le désespoir, il saisit un des dards sacrés, «t le' lance an milieu des ténébfcsv mais dans le même

instant il a cru entendre à travers lè bruit' des flots

348 LA DUÜinpSÉK UE tomBlaiîvé.

«t le sifflement des vents tin cri plaintif suivi, de sourds gémissements qui portent dans son- cœur plus de trouble que I» -désordre de ki nature «lle- - même. S<Jn vaisseau touche àù rescif-, s’eotr’ouvre, et se brise; néanmoins il gagne le rivage, court, à la ^grotte, dans laquelle il espérait rencontrer Claudia; ou dn moins trouver' le ,mdy en de pénétrer. jusqu’à elle. Les gémissements, qui l’avaient déjà frappé parviennent à son oreille (dus déchirant* et plus distincts. Éperdu, il ne 6ait que penser de cette «cène de ténébreset d’borreur r quand tout, à coup une fefnme, les yeux égarés, le» cJiçyeux éparS, et* une torche ’à la main, pénétre dans la,g«ottè au milien d’une foule de soldais furieux; c’était Mofréa ! Ctéovir, croyant, qu’elle -veut. enlever à .sa rivale l’unique voie de salut qurltû restait , s’élance vers la secréte issue qui conduisait au, palais; «nais il s’aperçoit bientôt .qu’il p’a plus, qwe les restes de .son amante à défendre. Qlaùdia expirait au fond de U grotte; dans les bras de sou père. Errante avec lai «ur le bord du levage,, au moment ou Cléovir avait lancé la flèche Sacrée , le trait fatal , emporté par les vents, avait percé son sein.

.«Mteréa reconnaît sà rivale, et -la /joie éclate dans ses. regards.', s Tu le vois ; s’écrie -t- elle eti ' s s’adressant à son amant', c’est la main clés dieU-x •u qui frappe cette indigne Humaine;. son sang a

•LA tfnurfiESSË'DB TOMH^AINE.

u purifié Ces lieux : c’est mon bras qui l'affranchit «du joug do l’étranger, lies Romains ont égare ta « jeunesse ; mais je consens à oublier tes erreurs et «jusqu’à tes, mépris. Reviens à ta patrie et à tes « dieux ; oest pour toi, pour toi seul que jai tout « entrepris; sans*>i, ma victoire n'«K rien. Songe « à ton pays et à tés premiers serineuts.— O source « de tous mes maux, répond Clédvir, jC Reconnais « tes coups j mais si les dieitx 'peuvent disposer de ‘«••la vie' daeeux qui nous sont chers, nous sommes « toujours maîtres ''de Uotrc^ceeur. Si je me suis « allié aux Romains, c’était pour affranchir mon « pays du "joug sanglant sous leqùcf tbn père ét « toi-uiéme le teniez opprimé. t>i, te' méprenant «aux preuiières illusions de ma jannesse, Ut a» «cru que je t’aimai jamais, détrompe r toi ; ma « haine égala toujours ton amour. ‘Voici, dit- il en « saisissant l«j* corps, inanimé dctJlaùdia^votci 1 imi- « que objet de ma tondresse, ' et ne. crains plus

« désormais que . tu uous sépares. » Aussitôt se faisant jour au milieu des soldats qu’un aucicu respect empêchait, de s opposer aux volonté» de leur chef, il sort de la grotte, gagne le point b> plus élevé du promontoire contre lequel sou vaisseau sciait brisé, et sp précipite au sein des flots, qui en tourmentaient encore les débris.. , •

■„ Mœréa vole sur ses trace»; mais au moment où

3S0 LA DULIPESSE DE TOMIÎLAI Nfi.t

®He atteint le sommet du recher, un bruit parti de l’abyrae l’avècti| que son sein vjeat d’engloutir l'être adoré qui . seul l'attachait à là vie. «Juste» dieux! «s’écrie-t-elle, voifà donc vos .arrêts! C’est 'ainsi «rp*e von» couropnez les vœux de ceux qui se « vouent à votre- culte. Non, vous uete» point de ■ vrais dieux; votre prêtresse vous renonce; malheui rouse Mceréa, voilà le triste fntit <ife tant d : ajnour! « Perfidfcs , ajoute-t-elle en regardant b tuer écu-

• « mante et en se livrant à un nouveau degré, de « désespoir, non, voty ne jouirez, point au «en» des «-entiers du bonheur, que vous .-vous ,y promettiez. « Ingrat Clcovir , tu m’y trouveras encore ; trop

• heureuse Roniaine, j’irai troubler la paix de ees « champs fortunés que la religion promet à ton «amour. Mon ombre s’élever» saiis cesse entre « Cléovir et toi. » .* •• i .

«A ces #iots , elle, jette aveé dépit le gui sacré qui était entre ses màms , attache le voile et la coureuue de verveine 'attachés sur son front, et, mesurant d’un œil calme-la hauteur dix rocher, elle se précipite dans les. flots avec ce sdnrire affreux que fait naître 1 espoir d une prochaine vengeance.

«L’aurore, qui commençait à poindre, éclaira la dernière scène de cette nuit fatale, Romains et Gaulois, confond us. ensemble et frappés d’une même stupeur, restent immobiles et-oubfient de reprendre

LA* DREITtESSE DE TQMBLAlNp. 35 1 Içnrs rangs. Le père de Mperéa sprvifeqtp.il ne pont d’abord ajouter foi au cruel récit qui lui est fiait; mais, n'en pouvant p1qs douter, une sombre dou T( leur perce à travers le calme dont scs traits ont pris l’habitude. 11 sent qü’il vient de perdre en quelques instants le fririt de plusieurs années d’artifices et d'intrigues. 'Néanmoins, renfermant ses sentiment» secrets dads son ccetir, il parait aiix yeux du peuple se résigner à la volonté des dieux. Ü-ordonne les cé- ’ rémoues funèbres et envoie les plus habiles mate-' lots et les plus hardis nageurs pour, arracher A la nier les restes, de ses victimés; mais toutes les recherches furenC inutiles, les flots les avaient déjà * entraînés dans l’abyms, et ou pria sur de vains :cénotaphes.

“Cependant, quelques jours plus tard, la mer . rejeta sa proie. On rfètroqva les victimes sur lé rivage le plus voisin du temple des druidesses. Cléovirtenait encore Claudia dans'ses bras, et, par un ha-; sard qui fut alors attribué à uue cause surnaturelle, Mœréa, poussée par les flots entre les dèux amants, semblait encore vouloir les désunir.

u Le grand-prêtre ordonna qu'on les enfermât

Lou,s trois dans une même tombe. Lorsque les ; S * , .

Romains revinrent, quelque temps apres, .eu vainqueurs, le temple des druidesses fut renversé; niais ils respectèrent ce tombeau. Le mot tombuluna,

352 LA PBLMDEgSE DF. TOMHLA1NF.

dont ils seservaient pour désignerla petite éminence, qu’il formait r fut employé ({ans le pays pour indé cwer le mont lui-même, et c’est aiusi que le nom. do. TomWaine est passé jusqu’à nous. >; , -

Le jour était déjà snr son déclin lorsque Léon acheva ce récit. Nous jetâmes un dernier coup d'it'd sur Tomhluine et sur ses environs, et.lç Soir même j’avais abandonne, pour toujours les frdqùères. de, l’ancienne -Normandie.

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