I-a Parque, à ta sourdine , a diablement filé
En conséquence de quels événements le commencement de ce discours est-il séparé du précédent par un silence de deux ans? . C’est une question d’un intérêt tout personnel, et dont la solution en offrirait fort peu à mes lecteurs. Je me borne , tans la leur donner, à faire remarquer cette différence de dates pour qu’ils ne s’étonnent pas de rencontrer à l’avenir des observations qui n’auraient pu être faites à une époque antérieure, et qu’ils ne soient pas tentés de m'attribuer une faculté de prévision à laquelle je suis loin de prétendre, pour avoir décrit en 1824 c e qui n’a existé qu’en 1826.
Il ne faut que quelques heures pour aller de Falaise, où j’ai laissé mes lecteurs, il ÿ a deux ans, au Haras du Pin, où je les transporte aujourd’hui, et où je me retrouve avec Léon , mon inséparable guide en Normandie. Ceux qui voudront continuer leur voyage , sans la même interruption que nous ,
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pourront suivre une grande route qui les conduira directement de Falaise au Haras dont elle loDge la façade. Je m’abstiendrai de tous détails sur un chemin que je n’ai point suivi , mais je trouve parmi les notes que mon fidèle acolyte me fournit à l'avance sur chacune des villes que je dois parcourir ou citer, que celle A'Arqenlan , située entre Falaise et le Haras du Fin , ne mérite guère l’attention du voyageur. C’est une de ces villes stationnaires, sans industrie, où les hommes inactifs se contentent de manger le revenu produit par l'héritage de leurs pères. Elle est bâtie sur une éminence qui s’élève au milieu d’une plaine fertile arrosée par l’Orne.
Un pèlerinage à faire pour un homme de lettres, dans le voisinage d’Argentan , est celui du village de Ri, ou plutôt du hameau de Mèvtray qui en dépend. C’est là qu’est né, d’un pauvre chirurgien, le meilleur et le plus indépendant des historiens dont la France s’honore, François Eudes de Mézeray, que Colbert priva de la moitié de sa pension pour avoir indiqué dans son histoire l’origine des divers impôts, et de l'autre moitié pour avoir eu la hardiesse de murmurer de cette suppression. Et puis que l’on vienne nous dire encore, a ajouté Léon à la citation de cet acte ministériel, que nous n’avons plus de dignes émules de Colbert en France!
Le Haras du Pin est peut-être le dernier établisse-
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ment d’utilité publique dû à Louis XIV, qui n'eut pas même le temps de. l’achever. Si l’on m’a bien informé, ce ne fut que pendant la minorité de Lonis XV qu'on le termina. L’architecture du Haras du Pin étale cet appareil de magnificence monarchique que le grand roi aimait à imprimer à ses travaux. Un joli château ,‘ séjour des administrateurs , occupe le centre de l’établissement. Les écuries sont distribuées â droite et à gauche sur un plan parallèle et symétrique. Trois larges avenues, percées dans l’épaisseur d'un bois voisin , en marquent majestueusement l’entrée. Du côté opposé, on domine une vaste étendue de pays au milieu de laquelle on distingue les clochers de la cathédrale de Séez ; plus près , l’œil se repose sur de gras pâturages, souvent peuplés par les élèves du haras.
L’approche des courses qui ont lieu à la fin de juillet et dans les premiers jours d’août commençait déjà à répandre au Pin un air de fête et une nouvellb activité. Tous les étalons, rappelés des remontes , rentrent pour cette époque , afin d’exciter, par leur réunion , la curiosité ou l’admiration des nombreux amateurs que les courses attirent. « C’est un bien petit diminutif de NcuyMarket, nous dit un cultivateur du pays, qui déjeunait à côté de nous dans l'auberge du Toumerliride , et qui venait de faire inscrire un de ses chevaux au nombre des concurrents. Oo ne vient pas encore ici des .quatre
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coins du royaume , mais enfin on s’y rend de quinze à vingt lieues â la ronde, et chaque année nous amène quelques -étrangers de plus. Vous êtes arrivés ici, messieurs, continua-t-il, quinze jours trop tôt, car c’est dans les trois derniers jours de juillet qu’ont Heu les courses ; cependant vous pourrez en avoir uneimage; il est d’usage d’exercer un mois à l’avance, au moins, les chevaux qui doivent se disputer le prix. »
M. *** nous conduisit en effet sur la Bruyère de la Bergerie , théâtre ordinaire des courses. Plusieurs chevaux occupaient déjà les bâtiments appelés le Parquet des grandes écuries. L’administration loue des places pour ceux que l’on veut exercer sur le terrain même de la lutte. Nous vîmes bientôt après les concurrents préluder à leurs prochains triomphes. Un des plus jeunes et des plus rapides coursiers était confié aux soins du Nestor des jockeis, de ce vieux Augustin qui ne connaît de rival en France que Charles Montreuil, son élève, et auquel l’Angleterre même n’a point encore montré son maître.
De la Bergerie , nous revînmes au haras que M. *** nous fit visiter dans ses moindres parties. Nous parcourûmes successivement l 'Ecurie des grands étalons , celle des petits étalons, de la chaîne, du pavillon, et enfiu [Infirmerie et fe Manège. Je m’informai des noms des propriétaires qui s’occupaient
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plus particulièrement de perfectionner la race des chevaux français et dont les élèves se distinguaient le plus souvent dans cette lice fjui n'esf pas sans quelque gloire. Notre interlocuteur, auquel la modestie défendait de se mettre lui-même sur les rangs, nous a cité MM. Bauptey, Lecomte,' Laroque, Galliet, Neveu, Suchel , Chambay , et Lambert. • D’après notre cicerone, c’est à l’administration de M. de Champagny qu’il faut faire honneur de la restauration des haras en France. Depuis cet habile ministre on a voulu restaurer encore, et, s’H faut en croire le concert de plaintes que nous avons entendu s’élever autour de nous de toutes les bouches, à l'indépendance desquelles on pouvait croire, il est à craindre qü’en voulant améliérer on n'ait fait que détériorer. M. Sirieyj de Mayrinhac , si inopinément passé à la tête de cette administration ; intitulée dans un ordre hiérarchique assez bizarre Administration des Haras, de C Agriculture , et du Commerce, est un de ceux que cette clameur publique désignait comme un des restaurateurs les plus destructeurs- de l'époque actuelle. . • •
Nous avons été rejoindre à Noriùnt la grande route qui conduit de Séez à Alençon. Celle que l’on suit dp haras à Nonant est d’une diversité charmante ; de jolies chaumières , d’agréables maisons de plaisance, une verrerie, de beaux arbres, et de vastes prairies, offrent aux regards une succession
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non interrompue -d’agréâbles tableaux. On expie ce plaisir de Nouant à Séez par la monotonie de la grande route et la plane uniformité d’un sol médiocrement fertile. Le peintre Landon est originaire de Nonaat; le bourg de Merleraull , à une lieue de Nonarit , a vu naître M. Charles Hugues Laurent de Pouqueville , qui a déployé en Créce un si beau caractère comme consul, et un si beau talent comme auteur dans l’ouvrage qui a répandu tant de clarté et d Intérêt sur la situation dés Hellènes. Madame de Manne, née Bonjour, connue par tant de jolis tableaux, est aussi du Merlerault.' Les habitants montrent avec orgueil l’obscur berceau quelle a illustré, .
Il faut que les habitants de la ville de Séez ne. soient pas .adonnés à des occupations bien sérieuses, car je crois qu’il n’est pas une fenêtre ou une pdrte qui ne Adit garnie de quelques curieux pour voir passer, notre modeste équipage.
On peut décrire Séez en deux mots : Une-cathédrale et un évêché, ou bien un évêché et une cathédrale. En effet, si on contemple cette ville, de quelque 'côté Jfhe l’on se place, l’œil ne rencontre que sa cathédrale et son évêché. Si on consulte ses annales, c’est encore de son évêché et de sa cathédrale quelles vous entretiennent. Ce siège fut un des premiers qui aiènt été établis en France après la conversion de Clovis : il remonte à l’an 44°- X®
MOX ANS D'ENTRACTE, fondation de la ville est antérieure d uo demi-siècle environ. On en fait honneur à ces mêmes Saxons qui avaient détruit Vieux et Lisieux. Ils donnèrent, dit-ôu, à leur viHe le nom de Saxia, bien qu’il ait la physionomie un peu latine, dont on a fait Saia, et finalement Sécz. Le siège de 6éez a été occupé par soixante-dix-sept -évêques.' I>es' noms, des huit premiers enrichissent la légende. Un critique a fait Observer cependant qu'il ne faut pas toujours prendre pour des saints ceux qui en ont porté le titre dans ces premiers siècles de l'Église, et que cette épithète de sanctus, réservée ’de nos jours exclusivement pour le Saint-Père, était alors commune à tous les évêqnes et ne s'entendait que dans le sens de consacré. ** •' *
Le dernier de ces huit évêques, saint Adetin ou Adclin le consacré, a été de plus historien. Il a écrit la vie et les miracles de sainte Opportune , sœur d’un dçs prélats auquel il succédait. On peut y voir que ce n’est pas au dix-neuvième siècle que l’Église a commencé à ouvrir les portes du paradis aux prorecteurs et aux vengeurs des mauviettes ou autres espèces de fa gent emplumée. Le fiSn évêque raconte en effet avec la naïveté de son temps que le jardinier d'Ahnenèches, dont sainte Opportune était abbesse, las de voir ses pois mangés par les oiseaux, en tua quçlques uns qu'il mit en fricassée, fl n’en restait plus que les os quand sainte Opportune vint,
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par hasard à passer dans te. tour. Elle s’informe d’où proviennent ces os, et sur l'explication dn jardinier la sensible abbesse le tancevertement, et réunissant les débris de son diner, rend la vie et donne la volée aux- victimes' de son cruel ressentiment. Malheureusement, ajoute Je biographe, il manquait un os è uùe.des jambes, en sorte què les ressuscités furent boiteux et que leurs descendants l’ont été à perpétuité. Il parait que cette espèce miraculée s’e6t perdue, car on n’a pu me l’indiquer dans le pays.
Il n’y a pas un- saint dans la lkte des soixanteneuf autres évêques-dé Séez* quoiqu’il y eq ait eu plusieurs de très recommandables par leurs talents et leurs vertus. L 'éloquent Serbn, comme ses contemporains l’appelaient, a fait passer son nom à la postérité par sa haine contre les longues barbés et les longs cheveux, qui étaient fort à la mode de son temps. Prêchant un jolir à Carantan devant Henri I er , fils de GoiUaume-le-Conquérant, et tonte sa cour, il s‘éleva avec tant force et de pathétique contre cet usage efféminé et mondain, que le duc, touché des arguments de 1 évêque, consentit à se faire tondre ettfaser sur-le-champ ainsi que les principaux seigneurs de sa cour; ce qui eut heu dans l’église même par les mains du prélat, qui, comptant sans doute snr la puissance de ses paroles, avait eu la précaution de cacher une paire de ciseaux dans sa manche.* L’histoire a consacré quelques pas-
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sages de ce singulier sermon , dans lequel l'évêque s’écriait : barbas ràderë dcvitanl , ne pili suai in àsctilis arnicas prœcisi pnngant, ce qui veut dire- à-peuprès : « savez-vous , mes frèrçs , par quel motif secret on ne veut pas se faire la barbe? 'C’est qu’avec des barbes rases, ou craint d'atténuer par de douloureuses piqûres la douceur des baisers -que l’on donne à son amie. » Û’où l'on 'peut conclure que l’art des sir Henri et des Pradier n avait pas encore fait de grands progrès 'en l’an de grâce t io4-
Quelques jolis vers défendent de l’oubli la mémoire d’un autre évêque de Séezj. celle du Jean Bertaud, poète Contemporain de Ronsard et 'de Desportes, qui transporta dans des sentiments de piété l’expression de sentiments plus tendres et plus mondains. .. ■ •
Une filature ’de coton, fondée par M. Richardfs-noir, et appartenant aujourd’hui à MM. Cattrtiade e t Desjardins, est le seul établissement industriel qui répande' quelque aisance et quelque activité dans Séez. On y a établi depuis i8t5 des couvents qui ne l’augmenteront pas.
-En parcourant les rues de Séez, j’ai été -frappé d’up trait'de bon sens que ses habitants ônt donné en faisant- assurer leur ville en massp. Une inscription fait foi de cette transaction.
Il faut noter parmi les noms Contemporains,