‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 10 (volume 3)Chapitre 17 sur 40 · RfiJIOBLK · texte numérisé non relu

RfiJIOBLK

que se disait doDC tiiODsei{;neur de Bonteville ?

« Vous avez assez vu notre cathédrale, et vos regards me rannoncent; je veux , avant de nous rendre sur la terrasse des Marronniers, tous conduire nn palais de justice. Je ne quitterai pourtant pas cette place sans tous' en révéler les mysi^res. Le soir, beaucoup de jeunes tonsurés Tiennent y respirer le frais : Honni soit qui mol y pense! Ces promenades ont sans doute un but très pieux ; c'est ici que nos séminaristes sexercent aux combats des passions, et c*est pour se livrer aux mêmes exercices que d'autres lutteurs y accourent à la chute du jour, et quittent la me du Boeuf, leur résidence ordinaire... Vous n*écoutez plus. Passons dans la rue PerroUrie, Si M. l'Ermite prend , pour nous quitter, les voitures pul)li<(nes, voilà le bureau des diligences. La rue JHivcherie, ou nous sommes, conduit au palais de justice; c est une des plus vivantes et des mieux percées de Grenoble. Enfin nous voici sur la place Saînt-André. Cet édiEce, où k justice rend maintiH utant ses arrêts, est randen palais des dauphins qui Tavaient fait construire sur les bords de llsère: il est assez bien conservé, et la façade est belle; mais rcnsemblc de ce monument est peu digne de fixer lattention des voyaj^eurs. » Fatigné de ma lon(;uc course, je me suis bÂté de suivre le quai du Jardin, et d*aller prendre un siège «dus les marronniers do Lesdiçuièrcs. .

LES MARnORNIERS DE I.E8D1CUIÉRE8. HiJ

h" LXXII. [iSsCPTEMBAK iSit} ]

L£S MARRONNIËRS

DE LESOIGUIEBES.

h miki demtim vivrre et fini anima iw^tur, qui ali'jiio nrgotio intenUtt prmchri Jàdnorii «Ml artii bontt Jamam quarit.

Sai . , lirl. Cal.

A mon ceiiii-lù kuI vit et jouit ik* >ol)

tliaiMcc i|M ttavaille i ae faif» «ne rqpMtotiwi par rcxerdce d'oa «rt utile.

Noos sommes arrivés sur la terrasse du jardin de . la préfecture un peu avant llieure oà les prome» neurs s y rendent; mon fçmée m'en a fait loliservat tion. «Tant mieux, a-t-il ajouté, cela me donnera

la facilite de vous faire connaître, à mesure qu ils se présenteront, les bonimes les plus distingues de notre ville. Tenez! il semble que le hasard veuille noiia mettre en bçUe bumenr : voici venir un per* •onnege propre à nous égayer. Il ne tiendrait qtt*à ce M. N***^ doocuper nn nmç bonorable parmi la bourjjeoiûe de Orciiublc^ mais, attendu quil â

90 LES IHARBORKIEàS

éponsé la fille d'im très petit gentilliommc, il se croit obligé d'rlic le très linnible serviteur de la noblesse; et, comme le bon M. Jourdain, il ue veut fréquenter que des gens qui peuvent avoir Chùnneur ie parler au roi. Nôs TÎeux nobles se moquent assez oovertement des prétentions de M. N**^; maU il . supporte en tonte humilité leurs railleries et leurs sarcasmes, heureux qu'ils lui permettent à ce prix d'entrer dans leurs salons et de marcher à leur suite. Quelques uns de ses anciens amis voulaient lui faire sentir combien ce travers le rend ridicule par le temps qui court; mais les rienrs s'y sont opposés: «on aspect seul les divertit, et ib ne veulent pas étK privés de la joie qu'il leur procure. On dit qu'il s'en venfifc en secret; mais ces sortes de vcufjeanccs sortent du cercle de mes obscnations : je ue vous en parlerai pas.

« L'homtne que tous voyez plus loin , dont lextérieur est si Siaiple, et que la naturè semble àvoir si peu favoriflé, est line nouvelle' pfenve de la vérité

de cet axiome; * - •

u Gardc-tot tant que tu vivras « De juger les geçs sur la mine, f

• «M. Duport fiavillette est un des plus modestes et dei fdusiiBbiles juiisoonsultès de Greuoble ; Il ezerœ, pu* sa* probité 'et ses. principes conktitntionnelsf une (;raade influence snr notre population

PE LESDICaiÈRES. 91

libérale, et par eonséqiient sur le elioix tics clcpuîcs du dcj);u temcut de l Uère : les électeurs donueut en toute coaûauce leiii' voix aux candidats préseatcs par .on <i. honnête et si bon citoyen.

. « Le jcsmie homme que Tons vayes à, se» o6tés e9t M. Rom«inrM|din, avocat de hante espérance, mû» â\me faible santé : il a perdu depuis peu la place fju'il oceupait dans notre njajjistrature.

« Aux airs que se donne le monsieur à ehcveux blancs qui pa^sc si Hèrcnicnt devant nous, an titi!c qu il prend et qu ii se fait donner avec tant dWentétion , à son ultracisme intolérant et ptresque brutal , aurîesç-yous. reconnn Je petit*>fik d*OQ .simple commis de la cour des aides? — Mon cher libraire, est maintenant marquis, comte, baron, elievaliei-, qui veut , et il n y a ({ue la UQbies^ nouvelle qui soit tenue d exhiber ses titres.

tt — Jetez les yeux sur .ce groupe qui s'avance: M. Duci^quy aîné .eit an mUieui c*est.un des principaux fabncants de gants .de Grenoble : il a nue jrrande et honorable inflnence sur la classe ouvrière, à laquelle il fourni L du ti avail et des secours abondants. A sa droite marche M. Chanrion, dont les procédés pour le ])ei(]na(;e du chanvre ont obtenu dutU^ résultat». Cet •excellent citoyen est aaioina ^ecommandfd>le encore par lea services qu*il rend comme fabricant, i^ue par son coura^i^e et Féoei^e de. son coract.ère. Au temps de la terreur, environ

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cinq cents penonne* w trouYalcDt arrêtées 4 Gre*

noble comme suspectes} M. Chanrion se rendit à Paris, ne cr.iijjuit pas d'aborder liobcspierre luimême, et se porta pour caution des persouocs iojostsmetttaniléeft: il obtint Uur liberté, et parvint, en exposant «a tète, à détonmer le iflaive gntpenda sar telles de ses compatriotes. Son ëœi^ se réveilla à Taspeet de rétraoffer : en i8i4i il arma «ne grande partie de la popuiatiou ouvrière pour combattre les ennemis de la France ; aussi a-t-il été destitué en 18 1 5 des fonctions de juge de paix qu'il exerçait depttâsuBçruidnombred'aanccs. Cette destitBtîoo n*empéoiie pas les condtoiyeBs de M. Ghai»' rioa de le prendre souvent pour arbitre de leurs différents.

« Le vieillard qui chemine lentement de l'autre côté de la promenade est un ])rofesseur dont Napoléon reçut des leçoos de mathématiques; il s'appuie sur le bras d*un autre savant, M. Gliabert, professeur de mathématiques traDSoendantes. Un peu plus tard vous ne Tensaiei pas trouvé à Grenoble ; il nous quitte pendant les vacanoes et va cliacpie année les passer à Paris.

«On dirait que tous les hommes de mérite de Grenoble se sont donné rendez- vous ce soir sur cette terrasse. Voici deux agriculteurs renommés, MtL Bertrand et Meyrand; M. Gaillard et AL Durand, banquiers; enfin M.. Berton, profeiseur de

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chimie, et son fière, pharmacien hahilc: tous deux ajoutent à leur mérite d'hommes très iostruits les seotimenU et les principes da plus pur palriotisme. Lft médecine a fait de 9raDde8 perles,^ parmi aou», dans la personne de M* Langier, qm passait, à juste titre, pour le premier médecin du Dauphtné/et de M. Tillars, professeur de botanique, à qui nous de* vous l'ffistoil'e des piaules de i hère, l'eudaut tout le temps où notre jardin des Plantes a été sous sa direction, ce jardin était un des nieox tenus et des pins carîeox de Fnnœ; mais ce prafcseenr ayant été envoyé k Strasbouri^, où il est moft^yen de la faeulté de médecine , le jardin botanlqjne de Gre» noble aétéDé{];Ii(|é, et se trouve aujourd'hui dans un état si déplorable que je u'oser^is pas vou& y conduire.

«Màis ocoopoos-nons doi^jets pins aimables; je voîl arriver nn de ces escadrons que Henri IV considérait comme périlleux , et aaqnél il eût poortant aimé à fmte tète ; parmi cette foule de jeunes personnes charmantes , la jolie blonde aux yeux baissés, au maintien modeste, que vous voyez rêveuse et préoccupée, va se marier; la pensée de rhymen Toccope : elle prélude aux devoirs d*épouse et de mèni de funiftie par les soins et les seeoum qoosm pudiques naiiis portent ed secret dans Tasile de llndigence. Que de feu , que d'éspnt , dans le» regards de cette brune vive , piquante, qui la précède !

94 LIES MAIinOMHIfittS

l'aimable madame ïi..., parlant avec une qjalo facilite de la toilette , qu elle aime , et des beaux-arts , ({u elle cultive, passe avec grâce des frivoles discussions sur la mode aux graves discussions sur la politique; • car il est boo que vous sachiez que nos daines ne se piquent point d^étre in££fôrentes aux intérêts de leur pays: le mot dé patrie, que Ton në{;li{;e un pou trojj ailleurs, et même à la tribune nationale, levieut souvent sur les lèvres de nos jolies coucitoyeoues, et leur organe animé , ilexible, le rcud plus sonore et plus doux au cœur de nos patriotes. • Les Grenobloises savent rendre la politique ai-

roable, et la foule qui suit ces charmantes personnes prouve assez par son empressement tout le cas

quelle fait deleni^eçous. Au bon goût des parures, à la tournure élégante des promeneuses, M. l'Ermite, n'êtes-vous pas tenté de vous croire au milieu des femmes les plus séduisantes de la Gbausséed'Antin? Si les aïeules valaient leurs petke^fiUes, on conçoit que Gentil-Bernard, leur contemporain et leur compatriote, n ait pas eu besoin de sortir de Grenoble pour cbercher des inspirations (juaud il a voulu composer son poème de l\ïrt tf aimer.

u Avant de quitter ce jardin, descendons sur la petite terrasse où les bonnes d enfants et les personnes âgées viennent pendant Fhiver s*abriter' contre le vent glacé des montagnes. Les cris et la folâtre joie de Tenfance plaisent au cœilr des vieil-

DE LËSDlGUi^RES. 9S

krds. D*i€^ .nous dominons sur la .partie dn jardin dont on a fait un parterre jonché de fleurs et g^arni

d'orangers, j)oiir ra(j'n''iiiciit des pcisonnes qui fréquentent les salons de la préfecture, i'erez-vous une visite à M. le préfet? — Mpa cher libraire, oo jouit si bien d'où nous sommes de la. vue. et du parfum des fleurs! — J*entcinds; mais i) çst nei\f,hçurcs : c'est le moment où chacun se, retire. à Grenoble pour manger le gratin en famille, et la mienne m^at-

tend. y*

LE CBATIR.

K* umi. [94 wamnm 1819.]

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