‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 10 (volume 3)Chapitre 23 sur 40 · LE DIPLOMATE · texte numérisé non relu

LE DIPLOMATE

In PtdUmkni ut jurara.

Tac

PattuMt va pailler m» poste.

L'homme de police avait à peine achevé sa honteuse confession, qu*un autre personnag^e prit la parole. « Si Torgueil, hôte habituel des palais que j*ai frécpieDtés, pouTait smtroduire dans les retraites sauvages où vons et moi venons cônrber notre front sous le niveau de la pénitence, quelle pitié ne m'inspirerait pas, dit-il, la hante importance que vous attachez à des déhts d'un ordre si peu relevé! Vous avez versé des poisons dans Toreille de quelques ministres; vous vous êtes joué de la crédulité de qudques grands seigneurs, de la confiance de quelques miséraMesî Qnont produit tous vos efforts? ravilissement de (juclques ames pusillanimes, le mullieur de quelques individus ohscurs, des haines stériles, des terreurs honteuses. Mais moi,

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jadis iT|)ré>pntaut des ruis, et dépositaire de leiii' puissance, j'ai pris pari à ces eoaseilâ mystérieux daos lesquels <e décident ia destinée des monarques et le sort des natious. Disciple de Uobbes et de Machiavel, jm répété, après eux, que le juste et I niju^te, le vice et la vertu, n*oot rien de réel; que la ré[|le des droits et des devoirs était la volonté des princes, (jiii pouvaient à leur [jré vu ('UMidnï on resserrer les limites. .1 ai cnseigué que la morale et la justice n avaient rien à faire avec ia politique, dont les décisions doivent avoir pour base ce qui est utile, et non ce qui est équitable. J ai ensei{;né aux ^ands de la terre à promettre tout dans le danger, et à tout refuser (piand le p<''ril n'existe pî«is. Le premier, j'ai fait comprendre aux ajjcutsde la puissance qu eux aussi oot des intérêts (pii ne sont ni ceux des trônes ni ceux des peuples. J ai jeté les fondements de cette ligue des familles ministérielles qui, dnn bout de l'Europe à Vautre, s'appuie, se proté[jc, et forme une nation parmi les nations , une piii>sance aii-de>sus de toutes les jniissauees. De I nnion des rois et des peu]>les étaient ués leur sûreté; réciproque et notre long abaissement; mais, habiles à tourner à notre profit, et les malheurs publics, et les terreurs que la révolution française a jetées dans 1 ame des princes, et les projets insensés de quelques lionnnes ai{;iis par les niallicurs des temps, tout a servi uotre ambition : nous voilà

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tout à riiciire r( {)l;i('t'> cwiic l(\s peuples v\ les nù<. A la vérité, cette situation, qui fait uolre force et leur faiblesse, compromet toutes les existences et la Détre même; mais la nature a rarement donné aux chefs des nations ce regard pénétrant qui ne s'arrête pas à la superficie : il en est peu qu'il ne soit facile de séduire par de flatteuses aj)parences, et d endonnir au bruit lé^er des louau[jes. Les monarques qui régnent sont toujours les meilleurs des rois, les meilleurs des pères, les meilleurs des fils, les meilleurs des éponx. A laide des respects extérieurs, de certaines doctrines de légitimité, dn droit divin, et de! obéissance passive < on peut parvenir à leur faii(î cnvisa^yer coiniue des jjaraulies persoiuielles les alliances qui n'ont pour but réel (|ue le maintien des classes priviicd^iées. Mais les peuples sont moins crédules, ctj ai reconnu trop tard que, pour les persuader, il faut joindre à lautorité des paroles Fautorité de lexemple. Nous avons tant loué le bon vienx temps, la foi de nos pères, les quatorze siècles dejjloire et de bonheur, <|ue les peuples ont recberelié quels étaient ce bonheur, cette gloire, cette . foi si vantée, et n'y ont vu que d'horribles perHdics, d'iofames trahisons, un fanatisme féroce, des misères sans terme , ime oppression sans limites. Nous avons remis en vigueur la politique des Pisistrate: des agents secrets ont été ebai'{jés de ranimer des ressentiments mal éteints, de réveiller des Laines as-

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sonpies, des mécontcMUcmeiits légitimes, et d'ea extraire des complots; mais, et les fils de nos intri(>ues , et les mains qui les dirigeaient, rieu u a échappé aux re^^ards perçants des peuples, et ce ressort s'est brisé dans les mains imprudentes qni lavaient mal retrempé. Tour-à<4onr les masques de rhypocrisie religieuse et de riiypocrisie politique ont été arrachés; ravai icc n a pas été plus liciireiise: vainenient, prenant le laujjajji; de riiumanité, elle proscrit à haute voix 1 odieux commerce des esclaves; vainement, sur lavis que des trafiquants de denrée humaine continuaient à transporter de la côte d*Angole aux Iles américaines quelques milliers de noirs vendus par les rois d'Afrique aux marchands européens, toutes les entrailles des hommes delat ont paru s'émouvoir: les peuples nont point été dupes de cet attendi'isscmeut diplomatique; ils ont demandé aux hommes qui déplorent la destinée des sujets du roi de Congo slls n*ont point de larmes pour les chrétiens dOrient, et si le massacre entier des Grecs n'a rien qui répugne à leur sensil)ili(é. Tous les voiles sont déchirés, tous les cœux's sout à nu; il n'est plus possible de tromper personne. Digne fruit des travaux de tant dliommes habilesl voilà les gouvernements réduits à cette alternative , ou de marcher avec les idées du siècle, c'est-à-dire dans la route tracée par les in* tcréts des peuples, ou de régucr par la violence en

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opposant la force physique des baïonnettes à la force morale de 1 opinion. Jai rccnlr (rtîlïroi en voyant la question réduite à cette terrible simplicité, et je sois venu chercher à la Chartreuse un asile contre Tépouvantable orage dont le souffle de mes conaeik n*a €fae trop conconm à charger Thorizon de l'Europe. »

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■* Lsux. [aSooTOMiE 1819.]

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