‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 10 (volume 3)Chapitre 4 sur 40 · SAINT-MARCELIN · texte numérisé non relu

SAINT-MARCELIN

vait point de réponse, notre Lùte se tira d'affaire en observant que, pendant quil causait avec nous, notre déjeuner ne se faisait pas, et sortit en marmottant entre ses dents : <iOmbieD mon Saint-André compte-t4l de consuls?...

« — Cet homme est causeur, nie dit Charles quand l'historien des vignes de l'Isère lut sorti: notre déjeuner se fera attendre, mon oncle va lire son bréviaire; si monsieur veut faire une promenade en viilcj j^urai llionneur de lui servir de (piide.1» J^acceptai la proposition, et nous voilà courant les mes de Saint-Marcelin^

«Le bruit des métiers à toile, me dit-il en remarcjuaut que je prêtais l'oreille, vous annonce qne V0U3 êtes dans une ville manufacturière: environ deux cent cinquante ouvriers, hommes, femmes, et enfants, y sont employés à la filature coton. I^a maison qne vous voyez appartient à M. Christophe, dont les soins et Tactivité avaient enrichi Saint- - Marcelin de cette branche d'industrie; clic fournissait autrefois au commerce soixante mille livres de coton par année: les derniers événements l'ont beaucoup appauvrie. La fabrique de toile de chanvre est moins déchue: ses produits se sont perfectionnés ; mais le défiiut de débouchés en arrête les pro* grès et nuit à la principale' branche de 1 industrie agricole du département de l'Isère. Dix-huit mille arpents de terre , employé» à la culture du chan vrc^

34 SAIBT-MABGBLIN.

en produisent annuellenient environ quatre-vingt mille quintaux, dont la moitié sert à la fabhcatioa des toiles dites de Foiwn, de Mens, de Grenoble, de Fienne, de Crémieu, et de SaintrMarcelm, I^e prix du chanvre, année commune, est de dix tout la livre; on n'imagine pas combien Topératton du pei{;na{;e en augmente la valeur. Le chanvre braC le plus grossier^ dont le prix ne s't'-lêve pas au-dessus de vingt francs le quintal , produit un chanvre peÂ* qui se vend deux cent cinquante francs.

« La plus importante des fabriques de ce dépai^ tement, où le chanvre subit cette opération, est celle de M. GhaUoin, de Grenoble. Par un procédé, dont il s*est jusqulci réservé le secret, il obtient douze livres de chanvre fin de plus quou u en peut obtenir par les procédés ordinaires.

« Chaque année, chaque jour, pour ainsi dire, les sciences et les arts viennent parmi nous au se- 490urB du commeice et de ra^culture. C*eit ainsi que, par le mélange de la race des moutons d*Espagne avec ceux du pays, nos laines assez grossières, dont le prix ne s'élevait guère au-dessus de soixantequinze à quatre-vingts francs, valent et se vendent aujourd'lttii le double de cette somme. L'éducation des ▼ersàsoieest également ndeux soirée, et les soies bernes, dont Tappréciatioaeit si variable, ont poup' tant acquis, avec une qualité neilknce, un taux gérncralemcnt plus élevé. »

SAfNT-HARCELIN. 3$

Tout en causant nous étioos sortis de la ville, et sons côtoyions la rivière : mi peu fatigué de ma course, je iii*asab sur un tertre commode. Nous gar* dions le sileoce depuis quelques moments, lorsqu^arrêtant mes regards sur mon guide , je m aperçus qu'il passait sa main sur ses yeux remplis de larmes: je l'interrogeai avec intérêt, et je n'eus pas de peine à obtenir la confidence d'un secret dont il paraissait oppressé.

L'histoire de cette malheureuse famille est trop intimement liée aux mœurs de Tcpoque où j'écris, et aux sonyenirs du pays que je parcours, pour qu'il me soit permis d'en épargner à mes lecteurs le récit déplorable. Les faits sont connus: il appartenait à Tune des victimes d'en retracer les circonstances; mais, en écrivant sous la dictée d'un homme au désespoir, je n'oublierai pas que la douleur est quelquefois injuste , et j'adoucirai Tamertume de son récit autant qu'il est possible de le faire sans altérer la vérité.

a6 8ENTEHCE TÉLÉGRAPHIQUE.

K* unit. (19 AOOT 1819.}

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