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Je fui» également Épictrtc et Petroue Voltaire.
Auguste N'** m’a rejoint à Milbatid, et, pendaut la moitié de la journée que nous avons passée ensemble dans cette ville, il n’a été question entre nous que de Paris, dont la physionomie morale et politique a bien changé depuis mon départ, si je dois m’en rapporter à la peinture qu’il m’eu a faite. J’ai pu conclure, de tout ce qu’il m’a dit, de tout ce qu’il m’a fait lire, que la raison et l’esprit public avaient fait de grands progrès dans la capitale; que beaucoup de masques y avaient été levés; que beaucoup d’intrigants y avaient été reconnus; que les bandes de délateurs, de révélateurs, d’observateurs, de. fourbes de toute espèce, s'affaiblissaient chaque jour par la défection des dupes qui marchaient à leur suite, et qu’on pouvait déjà (au risque seul de l’interprétation) prononcer les noms de patrie, de liberté, de charte, et même de gloire natio-
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nale. En province, nous n’en sommes pas encore là ; mais insensiblement l’horizon sc nettoie, le brouillard se dissipe, l’on commence à se reconnaître, à sentir le besoin de se pardonner des torts réciproques, de s’entendre sur des intérêts mutuels, et de repousser des ennemis communs.
C’est une ville fort ancienne que Milhaud; son nom est évidemment une corruption de celui d ’Æmilianum, que lui donnaient les Romains. Elle se montra jadis très ardente à adopter et à défendre la réforme. L’esprit de secte se nourrit de persécutions; cet aliment ne lui fut pas épargné; aussi le choc des actions et des réactions s'y est-il fait sentir à toutes les époques avec beaucoup de violence. Le parti victorieux s’est quelquefois montré plus cruel, mais jamais plus absurde que dans son dernier triomphe : sous prétexte que les sectateurs de Calvin, désarmés, avaient formé le complot d’assassiner la garde nationale en armes, dans les rangs de laquelle aucun d’eux n’avait été admis, huit protestants furent traînés devant une cour prevôtale, laquelle prononça une sentence de bannissement contre deux des accusés: le cri de l’opinion publique parvint cette foi? jusqu’au trAnc, et le roi rendit ces infortunés à leurs familles.
Pourquoi cette ville n’a-t-elle pas, de nos jours, suivi dans un autre sens l’exemple quelle s était une fois donné à elle-même en i 5G2, à l’époque des
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guerres de religion? L’histoire n’offre rien de plus mémorable que la décision unanime que prirent alors scs habitants. Pour étouffer jusqu’au germe des guerres intestines, après une délibération solennelle, tous convinrent, une seule famille exceptée, que le même culte serait adopté : pour sceller cet acte d’union religieuse, le prieur des bénédictins, Louis de Montcalm, épousa l’abbesse du couvent de Y Arftajonie , dans lequel fut élevée cette dame de Saint-Vincent si connue par son procès avec le maréchal de Richelieu.
Les alliances et les abjurations ont changé la face des choses; la religion réformée, après avoir été exclusive, ne compte plus qu'un quart des habitants au nombre de ses sectateurs; il est vrai que ce sont, en général, les plus riches et les plus industrieux.
Du balcon de V/Iùtel du Commerce, qui donne sur la place Mandaroux, je lis l’enseigne de six cafés; Auguste m’assure qu’on eu compte douze autres dans Milhaud; c’est beaucoup pour une petite ville de six mille âmes, et je crois pouvoir en conclure que les habitants ne sont pas d’humeur casanière.
La chamoiscrie est la branche la plus considérable du commerce de Milhaud, renommée principalement pour la fabrication des gants.
Je n’ai pas lu les Œuvres de Claude Peyrot, prieur de Prailinas, bien quelles aient été supé-
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rieuremcnt imprimées par V edeilltè à Villefranchc ; c’est donc sur la foi de scs concitoyens milliaunais que je le cite comme rival de Goudouli pour les poésies patoises.
Dans les gorges de la Dourbie, à l’est et environ à une lieue de la ville, au pied d’un roc inaccessible, au sommet duquel les aigles de la grande espèce vont placer leur aire, se trouve le donjon paternel de l’auteur de ta Législation primitive.
Milhaud compte encore avec orgueil, au nombre de ses enfants, le lieutenant-général Rey, commandant aujourd’hui la vingt-unième division militaire. Long-temps consul aux États-Unis, il n’est rentré que depuis trois ans dans la carrière des armes.
Le lieutenant-général Solignac, qui réside à deux lieues de Milhaud, et chez lequel je compte m’arrêter en allant à Lodève;
Et l’adjudant-général Gransaigne, officier d’un grand mérite, que la mort a frappé en Espagne, sur un champ de bataille où il s’était acquis beaucoup de gloire.
Mon jeune guide ne m’a pas permis de séjourner plus long-temps à Milhaud ; et nous en sommes partis le lendemain de son arrivée pour nous rendre à la Haunie, chez le général Solignac: nous avons traversé le Tarn sur un bac, en attendant qu’on répare le pont, emporté par une crue d’eau. Une compagnie s’est présentée pour le rétablir moyen-
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liant un droit de péage. Pourquoi n’en obtient-elle pas l'autorisation? Pourquoi le gouvernement ne favoriserait-il pas ces entreprises particulières, dont l’agriculture cl le commerce peuvent tirer de si grands avantages? C’est à Auguste que j’adressais cette question; notre batelier, qui m’a paru un homme de sens, s’est dépêché d’y répondre: «Si chacun se met à bâtir des ponts, à ouvrir des chemins, à réparer des routes, à quoi serviront messieurs des ponts-et-chaussées? »
Nous avons grimpé la fameuse côte de liomive, et nous nous trouvons comme suspendus à douze cents pieds au-dessus de Milhaud; le chemin qui conduit au haut de cette montagne est un chefd’œuvre de hardiesse et de patience: une route de traverse, d’une heure environ de trajet, nous a conduits à la Baume. — Paysage aride et monotone : un immense plateau sur la chaîne des montagnes secondaires qui joignent les Pyrénées aux Cévennes (ou l'appelle le Larzac ); pas un arbre; nulle autre végétation que la mousse qui couvre les rochers et sert de pâture à de nombreux troupeaux de brebis, seule richesse de la contrée: leur laine s’emploie â la fabrication des draps fins, et leur lait, préparé, fait cet excellent fromage de Roquefort dont l’exportation est devenue une branche de commerce très importante.
Quel tableau plus noble et plus touchant que ce-
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lui qui vient de m’être offert ! lin de nos généraux les plus distingués, dans une vaste grange, la bêche à la main, et entouré de pauvres paysans auxquels il distribuait des pommes de terre pour les aider à attendre la récolte : c’est dans cette occupation, source d’une autre gloire, que j’ai surpris le général Solignac. Pendant qu'il achevait sa distribution, il a chargé mon compagnon de voyage, avec lequel il est étroitement lié, de me conduire à la ferme, et de me présenter à sa ménagère; c’est ainsi qu’il appelle, en riant, sa jeune, belle, et vertueuse compagne. Pour apprécier tout ce qu’il peut y avoir de charmes, de grâces, de bonté dans une jolie femme, ce n’est pas dans le grand monde qu’il faut la voir; c’est dans une habitation sauvage du Roucrgue, au milieu d’une famille charmante dont elle fait sa parure, comme une autre Oornclie.
Le général Solignac est le bienfaiteur du pays qui l’a vu naître; il y a introduit la culture des pommes de terre et le premier troupeau de mérinos que l’on ait vu dans ces contrées; il est triste d’ajouter que le bien qu’il a fait, que la gloire dont il est couvert, que les services qu’il a rendus, ne l’ont pas toujours mis à l’abri des persécutions.
Nous avons quitté la Baume après dîner, et nous avons été coucher au Caylnr, limite du Languedoc et du llouergue. De là , pour nous rendre à Lodève, nous avons pris la route de YEscalette (petite échelle),
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qu'a suivie César avec son année en entrant dans la Oaule narbonnaise, s'il faut en croire une tradition du pays, que j’adopte de confiance. On n’ôterail |>as de la tête des braves habitants de Pégariolles , village situé au bas de l'Escalette, où nous avons bu d’excellent vin , que César parle de ce vin dans ses Commentaires : c’est probablement au chapitre où il fait mention des grives de Camarès
A une lieue de Lodève , on quitte l’affreux chemin de l'Escalette, et on arrive à ccttc belle route qui doit un jour, eu se prolongeant par Saint-Flour et Perpignan, abréger de quarante lieues le chemin de Paris en Espagne.
Une belle avenue de platanes nous conduit à Lodève; les environs en sont charmants. On ne passe jamais devant la Fontaine de Santé sans boire un verre de son eau ; cela porterait malheur. J’en ai bu deux pour être plus sûr de mon fait. En arrivant, j’ai remarqué sur la rivière un graud nombre de beaux établissements de mécaniques : la plupart ont beaucoup souffert des dernières inondations; tout est maintenant réparé.
iAidève est située au confluent des deux petites rivières, la Lerguc et la Solandres, qui en font la richesse par le graud nombre des manufactures qu elles alimentent, et parmi lesquelles on distingue
1 Voyez le premier volume de ïlirmitc en province.