‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 (volume 4)Chapitre 17 sur 39 · MOEURS N I MOI SES · texte numérisé non relu

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taille courte, et des bonnets dont les formes varient suivant l’âfje, la condition, et les prétentions de chacune.

Les grisetles, remarquables, comme dans tout le Midi, par leur gentillesse et leur tournure, forment une classe à part, qui se distingue par une grande recherche dans la parure. En voyant une femme des classes inférieures on devine aussitôt la religion qu elle professe : les catholiques portent une croix, et les protestantes un saint-esprit d’or suspendu à leur cou.

Dans les classes élevées, les femmes ont généralement assez de goût pour se préserver de toute exagération dans leur soumission aux lois de la mode; comme on l’a dit du sage, elles ne sont jamais les premières à les recevoir, ni les dernières à y renoncer.

L’industrie manufacturière a trois branches principales: les fabriques de laine, celles de soie, et îa distillation des vins, dont, la matière première est fournie par le pays même; d’où l’on peut se faire une idée de l’influence directe que le commerce exerce ici sur l’agriculture.

C’est dans les campagnes que se font les étoffes de laine, dont les villes de Sommières et de Saint- Hippolyte sont les deux grands marchés. Chaque paysan a son métier, où s'occupent lui, sa femme

IfalllTE ER WIOVIUCE, T. II. * 12

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et scs eufants dans les moments de loisir que leur

laissent les travaux rustiques.

C’est un ouvrier de Nîmes, nommé Cuvillier, dont la famille subsiste encore et se distingue par une extrême habileté dans la même profession, qui le premier introduisit dans son pays cette précieuse machine (le métier à bas), qu'un autre de ses concitoyens paraît avoir inventée en Angleterre. Cuvillier la vit au château de Madrid , dans le bois de Boulogne, et en saisit si parfaitement l'ensemble et les détails, qu’il fut en état de la faire exécuter de mémoire à son retour chez lui; on raconte que le serrurier à qui il commanda les pièces l’une après l'autre, sans lui en faire connaître l'assemblage et l'emploi, parvint cependant à les réunir et à leur imprimer le mouvement.

La fabrication des étoffes de soie et de celles de cette matière mélangée avec le coton, est concentrée tout entière dans la ville de Nîmes; chaque ouvrier travaille dans sa maison, au milieu de sa famille, et avec une liberté dont il ne peut guère abuser qu’à scs dépens.

L’activité des fabriques de Nîmes a commencé vers les premières années du dix-septième siècle. Dès 1 564 , un jardinier, nommé Traucat, avait couvert le Dauphiné, le Languedoc , et la Provence, d’immenses plantations de mûriers, et préconisé dans un petit livre, dont Henri IV avait agréé la

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dédicace, l’avantage de cette culture. Dans le même temps, Olivier de Serres, par ordre du même roi, s’efforçait d'introduire le mûrier sur les bords de la Loire, où ses efforts n’ont eu qu’un succès éphémère, tandis que ceux de Traucat sont devenus, pour le Midi de la France, une source de richesses inépuisable.

L’importance du commerce des- vins et des eauxde-vie n’est pas moindre; cette industrie des champs a transformé un grand nombre de chétifs villages en gros bourgs, où régne une aisance progressive. L’appareil pour la formation simultanée des esprits à différents degrés a été inventée à Nîmes; on l’a nommé l'appareil d'Édouard Adam. Le chimiste Soliraani en a revendiqué l’invention; mais personne ne conteste à un simple distillateur de Gallargue, nommé Berard, d’avoir perfectionné cette machine en la simplifiant, et de l’avoir ainsi rendue plus usuelle.

Sous les rapports de l’agriculture, le département du Gard peut être divisé en quatre zones très distinctes: la première, qu’on peut appeler la plage, se compose de vastes marais, traversés par un canal qui joint le Rhône à l’ancien canal royal ; de salines, dont la création remonte au treizième siècle , et qui sont l’un des plus singuliers et des plus lucratifs monuments de l'industrie humaine. Audessus de cette ligne , régne , depuis Pont-Saint-

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Esprit jusqu'au département de l'Hérault, une plaine riante et fertile, arrosée par le Rhône, le Gardon , et la petite rivière du Vistre. La troisième bande est formée d’une assez profonde épaisseur de collines, dont les rangs inférieurs et les vallées sont plantés en oliviers et en vignes; les plateaux sont couverts de bois, ou plutôt de landes appelées guarrigites, où paissent de nombreux troupeaux.

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H* UVII. [39 OCTOBRE l8l8.]

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Obsctfuwm nmtcat , venta i otiuim pmrtl.

Ttft. , Andrienne.

La complaisance fait des amis , la vérité . engendre des haines.

Depuis la fondation d’un collège à Nîmes par François I", les lettres y ont constamment eu d’ardents adorateurs. Le clergé refusa long-temps les secours que le roi lui demandait pour cet établissement, auquel la réformation, en s'introduisant dans la ville, fit bientôt prendre un très grand essor. La révocation de ledit de Nantes détruisit cette institution , et livra l’enseignement aux jésuites ; ils s’en arrogèrent si bien le privilège exclusif, que lorsque l’académie royale voulut instituer un cours gratuit de grec, pour lequel on avait appelé un bénédictin de Toulouse, les jésuites s’opposèrent à l’exécution de ce dessein , qu’on fut obligé d’abandonner.

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L’académie, fondée en 1682, et associée quelques années après à l’académie française , subsista avec éclat jusqu’à la révocation de ce même édit de Nantes; elle perdit à cette fatale époque ses membres les plus distingués, qu’elle ne parvint pas à remplacer.

Depuis sa renaissance en 1 752 , elle a dû son principal lustre à M. Seguier, l’ami , l’éléve de Maffei , à-la-fois antiquaire et botaniste , de l’académie des sciences et de celle des inscriptions, et qui le premier a découvert l’inscription de la Maison carrée, à l'aide des trous qui servaient à cramponner les lettres de bronze. M. Seguier avait rassemblé une collection très précieuse de livres, de médailles, et d’objets d’histoire naturelle : les états de la province et le roi voulurent en faire l’acquisition , et en offrirent un prix très considérable, avec la condition d’en laisser la jouissance au savant qui l’avait formée: celui-ci préféra la léguer à l’académie,. et ordonna, par la même clause de son testament, que la maison qui contenait scs trésors scientifiques fût vendue au profit des pauvres. Le prix en fut payé par M. Bec-de-Liévrc, évêque de Nîmes, au nom de l’académie. La bibliothèque du roi s’est enrichie un peu violemment d’un catalogue, ou plutôt d’un index critique de toutes les inscriptions grecques, latines, étrusques , connues jusqu’en 1 768 , et qui faisait partie du legs que Seguier avait laissé à l’académie.

Ce manuscrit, en deux volumes in-folio, est une des pins utiles entreprises que l’érudition ait jamais formées.

L’académie , rétablie en 1 8oo-, s’est signalée par des travaux assidus : la Notice quelle offrait au public, chaque année, fait infiniment d'honneur aux connaissances et au talent de M. Trélis, qui la rédigeait en qualité de secrétaire perpétuel , et qui l’a enrichie, comme auteur, de divers morceaux de littérature et de poésie, également estimables.

Les évènements de 1 8 1 5 ont porté un nouveau coup à l'académie , en la privant sans retour de quelques uns de ses membres les plus distingués ; de ce nombre se trouvent ce même M. Trélis et M. Fincens de SairU-Laurent, correspondant de l’académie des inscriptions, et l’un des hommes qui honorent le plus sa patrie par la réunion des talents qui font l’homme de lettres, des qualités qui distinguent le bon administrateur, et des vertus qui caractérisent le bon citoyen.

Peu de villes du même ordre , en Europe, peuvent se vanter ou se plaindre d’un aussi grand nombre d'hommes célèbres ou fameux : je citerai les principaux.

Les deux Aurélius Fulvius, l'aïeul et le père de l'empereur Antonin : ce prince et son successeur, de sainte et philosophique mémoire, se firent un devoir religieux de favoriser celte ville; c’est à leur

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régne, de trop courte durée, que remonte probablement la construction de l’amphithéâtre, connu sous le nom des J rênes.

Domilius A 'fer , orateur aussi distingué que délateur infâme; il était digne de vivre sous Tibère, Caligula, et Néron. Tacite en parle comme du modèle des délateurs de (innocence et des défenseurs du crime.

Saint Léonce, évêque de Fréjus, et son frère, saint Castor, évêque d’Apt. Ce dernier est le patron de la cathédrale de Nîmes.

Jean Nicot, qui apporta le premier en France le tabac, connu d’abord sous le nom de nicotiane.

Traucat, à qui l’on doit la plantation du mûrier: . ses pépinières, depuis i564 jusqu'en 1606 , fournirent au Languedoc et à la Provence plus de quatre raillions de pieds de cet arbre précieux.

Samuel Petit, l’un des hommes les plus érudits du seizième siècle, à la fin duquel il est né. Il était profondément versé dans les langues latine, grecque, et orientales : entrant un jour dans une synagogue d’Aviguon, où un rabbin déclamait en hébreu contre les chrétiens, il se mit à rétorquer l’orateur dans cette même langue.

Colelier fut employé par Colbert à la révision des manuscrits de la bibliothèque du roi.

Cassait) ne, beaucoup moins conuu comme successeur de Saint-Arnaud à 1 académie française, et

comme l'un des quatre académiciens dont l'académie des inscriptions fut d’abord composée, que par le ridicule ineffaçable dont Boileau l’affubla dans ses satires.

Saurin, le plus célèbre des prédicateurs protestants, dont on a dit mal-à-propos que, né dans la religion réformée , il se fit catholique et redevint protestant: il futsucccssivement ministre à Londres et à La Haye.

Court (le Gébelin, auteur du Monde primitif, également célèbre comme philosophe et comme érudit.

Imbert, auteur du joli poème du Jugement de Paris et de la comédie du Jaloux sans amour,

Rabaut Saint-Etienne , pasteur de leglise réformée de Nîmes, membre de l’assemblée constituante et ensuite delà convention nationale, auteur de plusieurs écrits , dont les plus remarquables sont ses Lettres à M. Bailly sur l'Histoire primitive .de la Grèce, et le Précis historique sur la Révolution. 11 se fit remarquer par ses talents et par ses grands travaux dans les deux assemblées politiques où il figura, et fut une des plus illustres victimes de l’exécrable tyrannie de Roberspierre.

Teissier de Marguerittes, député à l’assemblée constituante, auquel il est plus facile de pardonner une mauvaise tragédie de la Révolution de Portugal que la part qu’il prit à la bagarre de Nîmes.

L’abbé de Caveyrac, qui appelait la Saint-Bar-

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thélemi une affaire de proscription , et qui fit l'apologie de la révocation de C édit de Nantes

Pour ne point alonger cette liste biographique, dans laquelle j’embrasse tout le département du Gard, je me contenterai de nommer Labaumelle, Aslruc, Bridaine, le pape Clément IV ; Çosle, annotateur de La Bruyère; Desparcieux , Dumas, l’inventeur du bureau typographique; madame Dunoyer, Graverai, Mandajors , auteur dune histoire de la Gaule narbonnaise; Ménard, les deux Mercier d’Lzès; le jésuite Paulhian, si maltraité par Voltaire; l’ingénieur Pitot, de l’académie des sciences; le médecin Varanda, le cbronologiste Alphonse des Fignoles, Rivarol, et madame Verdier dUzès: cette femme, si justement célèbre, enseigna seule à sa fille la musique, la peinture, et les langues mortes qu’elle possédait à un degré très remarquable.

Dans la liste des hommes mprts qui ont cultivé avec succès les lettres dans ce pays, je m'aperçois que je n’ai pas fait mention de l’abbé de Chômes et de Morgier: il est vrai qu’ils n’ont pas jeté un grand éclat , mais ils fondèrent, au commencement du seizième siècle, Contre de la Boisson, et les convives actuels des Soupers de Momus ne me pardonneraient pas un pareil oubli. Cette joyeuse association d'une

1 El non de la Saint- Barthe’lemi , comme je t avais dit dans les premières éditions : il font autant que possible être juste envers tout le monde, même envers les abbés fanatiques.

vingtaiue de gastronomes, gens d’esprit et de bonne compagnie, publiait, sous le titre de Nouvelles de l’ordre de la Boisson, des facéties en vers et en prose, dont quelques unes sont remarquables par l'esprit, le goût, et la malice qui les assaisonnent; j’en citerai quelques traits :

A la barbe des ennemis,

Villars s’est emparé des lignes;

S’il vient à s’emparer des vignes.

Voilà les Allemands soumis.

La philosophie du grand-maître est agréablement exprimée dans le quatrain suivant:

Je donne à l’oubli le passe,

Le présent à l’indifférence;

Et, pour vivre débarrassé,

L’avenir à la Providence.

En lisant les articles suivants, on se convaincra que les journaux, à cette époque de despotisme, étaient plus libres qu’ils ne le sont aujourd’hui sous un régime constitutionnel.

Lisbonne, ao février 1705.

■■ L’archiduc vient de donner une superbe fnas- « carade où figurait l’amirante de Castille : il était « masqué en roi , et dans cet équipage il ne fut re- « connu de personne; l’amirante dansa les Folies « d’Espagne, qui est sa danse ordinaire. »

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Voici comment les joyeux confrères annonçaient les victoires des armées françaises, pendant la (juerre de la succession :

I)e tiruxellcs, 28 juin 1707.

« L’armée des alliés est toujours campée près de « Tirlemont, où elle ne boit que de la bière, et celle « du duc de Vendôme près de Gembloux, où elle « ne boit que du vin , ce qui cause une grande dc- « sertion dans la première au profit de l’armée de « France.

« Dans une fête donnée à Londres, on a fait de « vastes projets pour donner des bornes au pouvoir « exorbitant de la France (vieux style). On parlait « d’aller fourrager- jusqu’aux portes de Reims, et « d’enlever tout le vin de Champagne pour la bouche «de la reine, qui l’aime beaucoup; de tailler en « pièces l'armée de Philippe V, et de mener en « triomphe le roi Charles 111 dans sa bonne ville de « Madrid.

« La journée se passa à faire des châteaux en Es- « pagne, qui furent tous abattus le lendemaiu à l’ar- « rivée de deux courriers , dont le premier appor- « tait la nouvelle de la défaite des alliés à Almanza, « par le duc de Berwick, et l’autre la perte d’un « grand nombre de vaisseaux pris ou coulés par les « Français. La première question que fit la reine fut « de s’informer si Alicante était pris : et sur la ré-

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« ponse du courrier qu’il était à la veille de letrc, « S. M. fut si troublée, qu’on ne douta pas que cette « ville ne lui tînt fortement au cœur.

« Depuis ce moment le commerce languit, l’ar- » gent a disparu, et le vin ne circule non plus dans « Londres que les billets de l'échiquier. A défaut «devins d’Espagne, sur lesquels on ne peut plus « compter, on parle de s’en procurer ailleurs; mais « la question est de les transporter ici. Nous avons « beau publier que l’empire de la mer nous appar- « tient, le chevalier de Forbin et les armateurs n’en « veulentrien croire, et attaquent insolemment tout « ce qui porte pavillon anglais. »

Parmi les gens de lettres vivants, ceux qui figurent dans le département du Gard avec le plus de distinction , sont :

MM. Eymar', philosophe moraliste; Gergonne, rédacteur des Annales de mathématiques , en ce moment professeur d’astronomie à Montpellier; Dhombres-Firmas, physicien naturaliste; Guizot, Lamac, auteur d’une tragédie de Thémistocle, jouée avec succès au théâtre Français; Tedenat, ci-devant recteur de l’académie universitaire de Nîmes ; Fincens de Saint -Laurent, que j’ai déjà cité en parlant de l’académie; Pieyre, auteur dramatique, principalement connu par sa comédie de Y Ecole des Pères;

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le vicomte Dampmarlin , qui a publié ua grand nombre d’ouvrages historiques; et Alexandre Pincens, professeur académique de littérature ancienne : cet homme, d’un rare savoir, est à peine connu hors des murs de Nîmes. Doué d’une mémoire prodigieuse, d'une érudition immense qui n’ôte rien à la finesse de son esprit et à la délicatesse de son goût, profond helléniste, habile grammairien , il n’est étranger à aucune partie des connaissances humaines; mais il cultive de préférence la littérature classique. Ce savant professeur n’a encore publié que la traduction de. quelques morceaux des tragiques grecs, épars dans les Mémoires de l’académie; ses amis le pressent en vain d’achever et de mettre an jour quelques ouvrages d’une haute littérature, qu’il s’obstine à ne point livrer à l’impression. Avec un si rare mérite, M. Vincens a une bonté, une négligence de caractère qu’on ne peut comparer qu’à celle de La Fontaine, et une modestie qu’on ne peut comparer à aucune autre.

Sans avoir jeté un aussi grand éclat dans les arts que dans les lettres, Nîmes n’est cependant jamais restée étrangère à leur culture. Trois peintres y ont acquis et laissé une assez grande réputation : Renaud Levieux, Notoire, qui fut long-temps directeur de l’école française à Rome, et un jeune peintre, nommé Sigaton, qui donne aujourd’hui dé grandes espérances.

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M. Durand Subleyras tient un rang distingué parmi les architectes de cette ville. On lui doit les réparations faites à la Maison carrée, dont les travaux se continuent sons sa direction. M. Durand a embelli la ville de deux édifices très remarquables : le palais de Justice, imité des propylées d'Athènes, et l’hospice, bâtiment de la même longueur que l'hôtel des Monnaies de Paris. J’ai été visiter l’habitation charmante que M. Durand a bâtie, pour luimême, près de la citadelle : la façade, dans le genre italien , est formée par un péristyle à quatre colonnes; du haut de la seconde terrasse, qui couronne l’édifice, on découvre la ville entière. Cet ermitage a souvent attiré les regards des étrangers.

Le souvenir des gens de lettres et des artistes me ramène à la gloire des guerriers.

Saint-Jean-de-Gardonenque, petite ville du département du Gard , est la patrie de ce célèbre maréchal de Toiras, un des plus grands hommes de guerre de son temps, et l’une des plus illustres victimes de la tyrannie de Richelieu; son éloge est tout entier dans l'estime de ses soldats, qui, en trempant leurs mouchoirs dans le sang de sa plaie, au siège de Fontanelle , où mourut ce grand capitaine, s’écriaient: Tant qu'il ne sera pas effacé nous vaincrons nos ennemis. ■ •

. l.e héros du Canada, le patriote et valeureux Monlcalm; Louis d / Issas , immortalisé par son dé-

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vouement à Clostcrcamp , honoreront dans la dernière postérité les lieux où ils ont pris naissance.

La ville de Nîmes, ainsi que le reste du département, a fourni dans la dernière guerre une foule de braves, dont plusieurs se sont signalés par des actions d'éclat : le baron Fomier d Albe est, je crois, le seul qui soit parvenu au grade d'officier-général. Après avoir servi avec beaucoup de distinction en Italie, en Egypte, en Allemagne, aux batailles d’iéna et de Wagram, où il fut nommé niaréchal-de-camp, il a couronné sa carrière militaire par la défense la plus glorieuse de Custrin, qu’il n’a rendu, malgré les malheurs de la campagne de Russie et la désertion des troupes alliées qui formaient la majeure partie de la garnison, qu’après avoir épuisé tous les moyens possibles de résistance, et avoir supporté jusqu’aux dernières extrémités les plus cruelles privations. Mais la gloire de cette mémorable défense s’est perdue dans le tourbillon des évènementspolitiques de 1 8 1 4 > et la modestie du général est, en quelque sorte, complice de l’insouciance de ceux qui auraient dît s’en souvenir et la récompenser.

J’ai consacré une journée entière à visiter les monuments antiques les mieux conservés ([ui existent maintenant en Europe.

L’époque de la construction de Y amphithéâtre (les Arènes) n’est pas connue; on conjecture cependant qu’il a été bâti sous le régne d’Antonin-le-

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Pieux : bien qu’il n’offre que des ruines dans quelques unes de ses parties intérieures, il u’en est pas moins, dans son ensemble, uu des monuments qui nous restent de la grandeur romaine. C’est M. Grangenl, ingénieur en chef du département, qui a présidé à sa restauration ; et les premiers fonds pour ce travail important ont été accordés par M. François de Neufchâteau , alors ministre , à la sollicitation de M. Chabaud-Latour. Ou doit à ce dernier un témoignage de reconnaissance plus solennel encore , pour la part qu’il a prise aux démarches qui ont obtenu grâce pour les malheureuses victimes des erreurs judiciaires de i8i5.

En m’amusant à tracer sur mon album un croquis de Y Amphithéâtre , de la Maison carrée, et du temple de Diane, je n’ai pas oublié d’esquisser la figure de quelques originaux qui se trouvaient en même temps que moi au milieu de ces ruines. J'ai placé en regard, dans mon amphithéâtre , deux personnages très pittoresques. L’un, vêtu en noir, les bas sur les talons, la tête chauve, tenait son mouchoir d’une main et de l’autre une pierre avec laquelle il s’essuyait le visage par distraction : il y avait de la science, de l’esprit, de la bonté dans cette figurelà ; j’ai su depuis que je ne m 'étais pas trompé.

L’autre, en habitgris, en chapeau blanc, mordait ses lèvres minces en se promenant d’un pas mal as-

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sure et tes mains derrière te dos; comme le procureur dans les Deux Fi-ères, il grommelait entre les dents : Cela va mal.

Les fouilles que l’on a faites à l’Amphithéâtre , pour abaisser l’arène au niveau de son ancien sol , ont considérablement augmenté le trésor de fragments antiques dont jouissait déjà la ville de Nîmes: t on se propose de former, de tous ces précieux débris, un musée dans le magnifique monument vulgairement appelé la Maison cairée. On sait que Louis XIV avait conçu le projet de transporter dans le parc de Versailles ce monument consacré aux petits-fils d'Auguste; Mansard, envoyé sur les lieux, trouva la chose impossible, et l’on se contenta de prendre des mesures pour arrêter les progrès de la dégradation de cet admirable édifice, dont la façade a servi de modèle pour la colonnade du Louvre.

I /admiration qu'excitait eu moi la vue de ce chefd’œuvre de l’art a été un moment distraite d’une manière bien désagréable, à la vue de deux hommes les plus laids, l’un au physique et l’autre au moral, que j’aie, je crois, rencontrés dans ma vie: le talent et la probité rachètent du moins, dans le premier, les outrages de la nature; mais l’autre, grand, fluet, le teint hrûlé, coiffé d’un chapeau militaire!... Je ne savais à quoi attribuer le malaise que sa vue m’inspirait : on l’a nommé près de moi ; le dégoût et l’horreur ont pris la place de la répugnance, et je

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me suis demandé, en m’enfuyant, pour qui la justice des hommes était faite.

Les autres monuments sont la Tour-Magne (Tu rris magna), qui tenait aux remparts antiques; le temple de Diane, et, à une très petite distance de la ville, les débris d’un ancien temple communément appelé église Sainle-Perpétue. En continuant mon voyage, j'aurai occasion de parler du magnifique aquedue romain connu sous le nom de Pont du Gard.

On a long-temps regretté que ces chefs-d’œuvre de l’architecture antique restassent inconuus à la nation qui les possède ; les Antiquités du midi de la France, ouvrage que publient par souscription MM. Grangent, Durand, et Simon Durand, ne laisseront plus rien à désirer à cet égard. Je ne dois pas oublier non plus de faire mention des jolis dessins lithographiés que vient de publier M. Alphonse de Scynes, qui cultive les arts en amateur avec tin talent qui pourrait faire la réputation d’un artiste.

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