‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 (volume 4)Chapitre 18 sur 39 · N* XLVIII. [>4 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

N* XLVIII. [>4 NOVEMBRE

ALAIS

La société a ressemblé trop long temps à oc noble jeu de bassette, où des fripons rotaient des dupes, tandis que les bonnétes gens de la galerie n* osaient avertir les perdants que l’on trompait.

U s’est fait, depuis quelque temps, dans les mœurs et dans le caractère national, une heureuse révolution, à laquelle nous avons l’amour-propre de ne pas nous croire tout-à-fait étrangers. Sous le régne du monarque orgueilleux qui voyait l’état en lui seul , la France tout entière était à Versailles; Paris était compté pour peu de chose ; la province n’était comptée pour rien; le nom seul de provincial était un ridicule.

Dans les deux règnes suivants , la noblesse ( on n’entendait plus par ce mot que les familles présentées) déserta successivement la cour, et vint se fixer dans la capitale, où les gens de lettres, que l'on appelait alors les philosophes, setaient saisis du sceptre

A LAIS

de l'opinion. Les grands seigneurs, toujours prêts à transiger avec la puissance, de quelque nature quelle soit, réclamèrent une part de cette autorité naissante; et Paris, qui n’était à celte époque que ce qu’il est aujourd’hui, que ce qu’il doit être, un vaste miroir où se réfléchissent et quelquefois s’absorbent les rayons divergents de la gloire nationale, fut considéré comme le foyer de toute lumière, comme le principe , le but , et la fin de tout ordre social en-deçà des Pyrénées et des Alpes.

La révolution, en concentrant dans la capitale toute l’action, tous les ressorts, toute la force du gouvernement, en y appelant tous les intérêts, en y ramenant toutes les ambitions, aggrava cette disposition funeste: la patrie était, pour ainsi dire, emprisonnée dans les murs de Paris ; nos revers l’on rendue à la liberté; elle ne connaît plus de limites que celles de la France. Les départements, en plus d’une occasion récente, ont donné l’exemple du plus noble patriotisme, du plus inébranlable courage, et, dans les dernières élections, la Sarthe, la Vendée, le Finistère, Y Ain, la Haute-Saône, et la Moselle, ont fait envier à la Seine les succès qu’ils ont obtenus. Je n’ose me flatter d’avoir contribué personnellement à ces heureux progrès de l’esprit public; mais je crois être plus à portée qu’un autre d’en apprécier l’étendue et d’en suivre le développement.

Nulle part il n’est plus sensible que dans le pays

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