‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 (volume 4)Chapitre 24 sur 39 · GG · texte numérisé non relu

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est l'ascendant d'une conduite irréprochable, que l’esprit de parti lui-même s’est vu contraint de respecter la réputation de ces deux citoyens.

Les factions attendent , mais elles n’onblient jamais : proscrits en 1 79.I par les démagogues, ces mêmes patriotes le furent encore en 1 8 1 5 par les hommes monarchiques; leurs maisons furent pillées et démolies par des rassemblements d'hommes constamment opposés à la réunion, et qui accouraient des diverses parties du corntat pour faire arborer le drapeau de la France à ceux qui avaient été obligés de les châtier plusieurs fois pour l'avoir abattu. Je le répété, à toutes les époques de la révolution, les partisans de la France ont été dans ce pays en butte aux fureurs de l’oppositiou ultramontaine. Veut-on mettre uu terme à ces dissensions civiles, veut-011 qu’il n’y ait ici que des Français.; le moyen est simple et infaillible : que les ennemis de la France soient exclus des fonctions publiques. Je ue suis pas certain que cette mésure laissât plus de trois personnes en place; mais je suis sûr au moins qu’on ' ne serait pas obligé de chercher ailleurs des hommes dignes de la confiance du gouvernement et de leurs , concitoyens.

En partant d'Avignon, je n'y avais laissé qn'uu missionnaire; j’en ai trouvé quatorze à mon retour. J’ai été arrêté, en entrant dans la ville, le 22 février, par une de leurs processions. C’était véritablement

un très joli coup d’oeil que cette double file de quarante ou cinquante jeunes vierges, plus ou moins, dont la plupart avaient figuré avec la même grâce, avec la même ferveur, dans les bals du carnaval dernier, et quelques unes même aux farandoles de 1 8 1 5: leur voix, familiarisée avec la tendre romance, répétait sans peine l’air des saints cantiques; mais il leur arrivait quelquefois de se tromper de paroles, et telle jeune fille a été entendue chantant le plus innocemment du monde,

Oh! que l’amour est chose jolie!

au lieu de

Oh! qu’il est doux d'adorer Marie!

Après elles venaient les élèves des deux séminaires. Si j’avais été le maître des cérémonies à cette procession, je n’aurais pas mis ces jeunes gens immédiatement derrière ces demoiselles ; on n’a pas toujours les yeux sur son livre; et les robes de nos vierges prennent si bien la taillé!... J’ai d’ailleurs été enchanté du grand nombre et de la bonne tenue des prêtres de toutes les paroisses , et des pénitents gris , noirs, blancs, et bleus; mais ce qui m’a surtout édifié, ce sont les cbassèurs de la garde nationale, servant d’escorte à toutes les autorités civiles et militaires, qui paraissaient décidées à se convertir. Dieu le veuille !

J’avais été frappé de l’air de malice et de mécon-

lentement d'un homme qui regardait, comme moi, passer la procession : c’était le directeur du théâtre, à qui les missionnaires, pour éviter la concurrence,avaieut voulu faire fermer son spectacle; mais celuici, muni d'une autorisation ministérielle, pouvait exiger nne indemnité de huit cents francs par représentation : le maire avait donc été obligé de fni accorder l’autorisation de jouer le soir même, et c’était probablement pour en témoigner sa reconnaissance que le directeur avait fait afficher le Tartufe et les Rêveries renouvelées des Grecs.

J’ai été loger cette fois, pour des raisons de convenance particulière , à l’hôtel de l’Europe , chez madame Pierron, excellente femme que l’on a, diton, mise en scène, sous le nom de madame Legras , dans la comédie du Sottrd on F Auberge pleine.

Je n’avais fait qu’entrevoir le palais papal 1 ; j’y suis retourné avec mon ami, le major Montéval , qui demeure tout auprès. L'intérieur de cet édifice est presque entièrement écroulé ; la partie restée intacte et la chapelle du pape ont été métamorpho’sées en prison et en caserne. A l’exception de fa salle des- gardes, dont l'ami Pompifpmn a fait nne assez drôle de description- dans son voyage de Provence, il est impossible de reconnaître l’ancienne destination des appartements. La chambre où siégeait l’iu-

1 L’ordre vient «l'ctrc donné pour riptfrer ce bel édifia-.

RETOUR A AVIGNON

quisition en faisait partie, et j’ai vu, les cachots où l’on enfermait lçs victimes de ce tribunal tbéocratique. 11 serait injuste néanmoins de ne pas convenir que l’inquisition a toujours été moins cruelle et moins intolérante dans les états du pape que partout ailleurs. Le saint-office se bornait ici à former l’inder des. livres défendus par le gouvernement romain, ce qui n’empêchait pas que les ouvrages brûlés à Paris par la main du bourreau ne s’imprimassent aussi publiquement à Avignon qu’en Hollande : c’était le casuel de la place du légat.

Je n’ai pas eu le courage d'entrer dans cette tour du palais marquée du nom de Glacière; mais à propos de ce monument d'exécrable mémoire, le major rectifia quelques unes de mes idées: «Les hommes d’un certain parti, me dit-il, pour essayer de justifier ici les actes sanglants dont ils sont les auteurs ou les complices, rapportent tout à l’impunité des misérables qu’ils appellent les glaciaristes, et qu’ils feignent de confondre avec les partisans de la réunion : il est de fait cependant que, sur soixante-trois personnes assassinées à la Glacière, on comptait soixante-un patriotes de 89. Vous savez que cet horrible massacre fut provoqué par le meurtre de M. Lcscuyer, né à Amiens, notaire à Avignon, et chef des mouvements insurrectionnels qui amenèrent la réunion. Accusé devant le peuple ^d’avoir enlevé les effets déposés au Mont-de-Piété,

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