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Des restes de maisons antiques, des bains, des statues, des marbres chargés d’inscriptions, des mosaïques, des ustensiles trouvés dans les fouilles qui ont été faites dans ces derniers temps, des tronçons de colonnes de granit placés à divers coius de rue, des débris d’aqueducs , des portions de la voie Aurélicnue, qu’il faut chercher dans les caves de quelques maisons modernes, le mur latéral d’un temple d'Apollon, faisant partie de la cathédrale ‘ , le beau torse de la statue de Dieu , oublié pendant plusieurs siècles dans l’obscurité d'un cloître, d’où il a disparu depuis peu ; enfin, huit colonnes de granit, tirées du même temple, et qui soutiennent aujourd’hui le dôme du baptistaire, sont ici les seuls restes des monuments romains. A l’époque des démolitions que l'on fit pour élever le nouveau palais de justice, on abattit deux tours de l’ancien prétoire, et l’on eut la barbarie de porter la main sur un superbe mausolée de douze toises d'élévation , couronné d’une rotonde dont les douze colonnes de granit avaient douze pieds de proportion ; ces colonnes, qui sont restées pendant trente ans ensevelies sous le fumier -des écuries de la gendarmerie, gisent obscurément, depuis l’année dernière, le long d’un mur, dans une ruelle. Les Turcs les auraient
1 Cette église n'offre rien de plus curieux que la tapisserie à grands personnages qui en orne le choeur; elle a appartenu à l'église de Saint-Paul de Londres
sciées ponr eu faire des meules de moulin; nous montrons-nous beaucoup moins barbares?
• Le président Debrosses, dans ses Lettres sur [ 1 talie, où il fait une longue énumération des objets d’art qu’il a eu occasion de voir à Aix, décrit ù sa manière le bas-relief antique qui décore la salle de la mairie; il prend l’ accouchement de Léda pour les noces d’une jeune fille qui fait de son mieux la mijaurée. M. Millin relève cette erreur; mais, à son tour, il voit dans le beau cygne une tendre colombe, et, presqu’à la même page, il dit que le cours est planté de beaux tilleuls, et que sa direction est du nord au midi. On s’est permis de rire à Aix d’un professeur d’histoire naturelle, membre de l’Institut, qui prend un cygne pour une tourterelle, des ormeaux pour des tilleuls, le levant pour le nord, et le couchant pour le sud.
Rien ne contribue autant que les fontaines publiques à la salubrité et à l’agrément des villes. La plupart de celles d’Aix sont entourées d’arbres; les deux plus belles, à tous égards, sont, celle que l’on a construite sur la place de l’HAtel-de-Ville, et celle qui décore la place de la Madeleine. Sur la première s’élève une colonne de granit; sur le massif de la seconde quatre lions soutiennent une pyramide, surmontée d’un globe au-dessus duquel un aigle déploie scs ailes. Comment cet aigle-là a-t-il échappé aux chasseurs de 181!)?
Je ne parlerais pas de l’Hôtcl-Dieu d’Aix, où je n'ai rien vu de remarquable, si l’on ne m’avait fait connaître deux clauses du testament de son fonda-' tcur, très dignes d’être citées.
Jacques de la Roques a voulu que l'on admit à • . l'hospice qu’il fondait tout homme souffrant, quelle que fût sa croyance, etiam DIABOLuS (même le diable): ce sont ses expressions.
Il a déclaré, en outre, qu’il voulait que l'on n’admît au nombre des administrateurs dudit hospice aucun ecclésiastique, quelque rang qu'il eut dans féglise, etiam papa (fût-il pape): cet homiuc-]à connaissait son monde. De nos jours, il serait infailliblement privé des honneurs du cimetière; mais il vivait en i5i5.
Nous avons assez de descriptions effrayantes et malheureusement trop vraies du régime des prisons; je ne me priverai pas du plaisir d’en tracer un tableau plus consolant dont je trouve ici le modèle.
Le bâtiment qui sert de prison est exposé au midi, hors des murs de la ville, sur un terrain élevé et bien découvert. Il est formé d’un seul corps-delogis, traversé, au rez-de-chaussée et à scs deux étages, par de vastes corridors sur lesquels s’ou- • vrent des chambres spacieuses, percées, au nord et au midi, de larges fenêtres, d’où la vue s’étend sur la campagne. L’aspect de la nature est* pour des
hommes coupables, ua sujet de repentir et d’espérance dont on a jusqu’ici méconnu les avantages. Dans chacune des deux cours, entourées d'une muraille qui ne s’élève pas à la hauteur du premier étage, et dont la plus grande reste pendant le jour ouverte aux prisonniers, se trouve une fontaine à leur usage. Ici, point de cachots infects et humides; les plus obscurs sont ceux du rez-de-chaussée; à Paris, l’habitation du pauvre est plus triste et plus malsaine..
Telle est la construction de cette maison do force; examinons son régime intérieur. Le concierge fait une première exception : c’est un homme humain; s'il ne letait pas, il serait contenu dans les seuls droits que lui donne sa responsabilité par la surveillance qu’exercent journellement dans cette maison les administrateurs d’un bureau de bienfaisance, établi en 17^6 par lettres-patentes: institution admirable, et que l’on devrait retrouver par-tout où l’intérêt de la société motive la réclusion de quelques uns de ses membres. Ce bureau a le droit de faire quêter dans les paroisses, églises et chapelles de l’arrondissement; ses bienfaits ne su bornent pas à fournir des secours aux détenus, il en surveille l’emploie : chaque jour un commissaire spécial assiste à la distribution de la soupe, exa- 5 inc la qualité du pain, en vérifie le poids, visite les chambres, écoute les plaintes et reçoit les récla-
agG SÉJOUIt A A IX.
mations; son active bienfaisance devance toujours les démarches que le bureau ne manque jamais de foire avec succès en faveur de l'infortuné dont la plainte est fondée.
Des dames qu’inspirent un zèle sans ostentation , une charité sans préférence, partagent avec dévouement des fonctions qui ne sont pas toujours exemptes de dangers: elles sont les dignes émules de cette dame Dure l, dont le nom sera vénéré aussi longtemps que la vertu aura un culte. Cet ange de bonté, que le Ciel, dans un jour de miséricorde, plaça auprès de l'infortune, consacra ses jours à secourir les prisonniers, dans la demeure desquels elle contracta une fièvre pernicieuse qui termina une si sainte vie..
J’ajoute un seul mot: ici, point de secret; car, dans le sens odieux que l’on a été forcé d'attacher à cette expression, je ne puis appeler ainsi la précaution quelquefois nécessaire d’isoler un prisonnier dans un lieu sain, pendant un court espace de temps, lorsque la découverte de la vérité et l’intérêt de la justice commandent de concert une semblable mesure.
On a dit que le beau côté d'une prison était le dehors; à Aix, je serais tenté de dire le contraire.
Aucune ville en France, Paris excepté, ne possède, je crois, une bibliothèque publique pareille à celle qu’un particulier, M. de Mëjanes, a léguée
SÉJOUIt A AIX.
à cette ancienne province de France, sous la condition quelle serait ouverte au public et placée à Aix; cette clause expresse a rendu vains les efforts que Marseille a faits pour la posséder. Cette bibliothèque, placée à la mairie, ne contient pas moins de quatre mille volumes, sans compter un grand nombre de manuscrits; c’est un dépôt de ce qu’il y a de plus précieux dans toutes les branches de la littérature. Le gouvernement vient encore de l'enrichir par le don du magnifique ouvrage composé pendant l’immortelle expédition d’Egypte.
On doit la conservation de ce précieux dépôt littéraire au docteur Gibelin, traducteur d’une grande partie des Transactions philosophiques, et dont l’érudition ne peut être comparée qu’à son extrême complaisance: l’homme studieux, qui passe de la bibliothèque royale de Paris à la bibliothèque publique d’Aix, retrouve auprès de M. Gibelin les lumières et l’obligeance infatigable qu’il a eu si souvent occasion d'admirer dans ses rapports avec MM. Langlès et Yanpract.
En allant visiter cet établissement, je me suis , arrêté devant la statue en marbre du maréchal de Villars, élevée sur le repos du grand escalier. Honneur au vainqueur de Denain! Qu'ils' semblent beaux les traits de l’homme qui a sauvé son pays!
Ou voyait aussi uaguère dans une niche, sur la tour de la grande horloge, une urne cinéraire avec
cette inscription: Aux mânes des défenseurs de la patrie; l’urne a été enlevée et l’inscription effacée : ce n’était qu’en 1816 que l’on pouvait trouver des mains pour exécuter cet ordre sacrilège. C’est encore à cette époque de honte que l’on a fait disparaître une plaque en marbre où on lisait ces mots sur une des portes de la ville : Porte if Italie. On a jugé, sans doute, qu’il était désormais inutile de nous indiquer la route d’un pays où nous avons laissé de si glorieux souvenirs.
R* LT. [l8 FÉVRIER l8lt)-]
3/mu fi semper et infirmi est animi exiguù/ue votupUu ultio.
JovriAL.
La vengeance est le plaisir d'un esprit faible et malade.
Mes propres observations , d’accord avec les précieux renseignements que m’a procurés l’un des hommes les plus éclairés et les plus spirituels de la ville que j’habite en ce moment, m’ont convaincu qu’il y avait à Aix deux publics bien distincts; l’un qui voudrait regagner ce qu’il a perdu, l’autre qui ne consentira pas à perdre ce qu’il a gagné; l’un composé de quelques centaines de têtes ultra-monarchiques, l'autre de la foule des royalistes constitutionnels, sur laquelle le premier n’exerce aucune influence.
Cette indépendance d’opinion vient de ce que, malgré l’inégalité d’état et de fortune, aucune classé ne vit ici dans la dépendance d’une autre; on n’y connaît ni patronage, ni clientclle; prcsqu’aucuu
3ûO MOEURS ET PERSONNAGES,
habitant n’cst réduit aux ressources de sa seule industrie ; tous sont propriétaires, et l’artisan, dans sa bastide, s’estime, et conséquemment est l'égal de l’homme opulent dans son château. Ce caractère est prononcé plus fortement encore parmi les cultivateurs, hommes indociles et méfiants, qu’on ne parviendra jamais à intéresser h une cause qu’ils ne croiront pas la leur.
Ce n’est guère que dans les cafés et autres lieux publics qu’un voyageur peut se faire promptement une idée de l’opinion ; à Aix , elle s’y prononce hautement en faveur des institutions constitutionnelles; j’en excepte pourtant le café d'Apollon , rendez-vous habituel d’une douzaine de vieux radoteurs, que l’on nomme assez gaiement le sénat conservateur, et envers lesquels uno jeunesse irrévércutc se montre peut-être un peu trop prodigue de plaisanteries et de ridicules. L’accueil que l’on a fait ici à quelques hommes qui n’ont pas craint , en différentes circonstances, de se montrer en public avec une couleur qui u 'était pas celle de Henri IV, l’indignation avec laquelle on a fait justice d’un pamphlet intitule Lettres d’un royaliste vendéen à un royaliste pmvcnçal, doivent avoir désabusé les plus ardents amateurs de discordes sur la possibilité de donner le change à l’opinion vraiment constitutionnelle de la grande majorité des habitants de cette ville.
En i S 1 5 même, lorsqu’une sorte de délire sem-
blait s’être emparé de toutes les têtes, l’exaltatiou ue fut jamais ici portée jusqu’à la fureur. Placés entre les deux volcans de Marseille et d’Avignou , les citoyens d'Aix ne partagèrent pas les criminelles exagérations de leurs voisins; cependant on ne peut nier qu’à cette époque, sans avoir été complices, ils n'aient du moins été dupes des complots qui s’ourdissaient autour d’eux: le tocsin de la nuit du 18 juillet fut évidemment une manœuvre inique imaginée pour soutenir le mouvement de révolte imprimé aux esprits, en supposant des projets de dévastation et de pillage à ce brave et infortuné maréchal Brune, au moment où il employait, ponr contenir les troupes, tout l’ascendant que lui donnaient sur elle son grand caractère et l’autorité dont il était revêtu : il est si vrai que ce n’était là qu’un prétexte pour armer les citoyens contre un guerrier dont on avait juré la perte, que plusieurs personnes, digues de foi , m’ont assuré qu'elles étaient instruites que le tocsin sonnerait six heures avant qu’on en eût donné l’ordre. Quoi qu’il en soit, l’agitation fut de courte durée, et aucun excès grave ne l’accompagna; mais ici, comme en tant d’autres lieux, l'institution la plus sainte parmi les hommes, la seule qui dans des temps de discordes paisse offrir uu refuge nu malheureux en butte à l’esprit de parti, la justice, s’écarta trop souvent du chemin que lui traçait l’équité.
u Le caractère des habitants d’Aix , nie disait mon sage et spirituel interlocuteur, repousse tout esprit de haine et de discorde; et si, dans nos dissentious civiles, des désordres ont été commis, ils ont toujours été excités par les visites de nos voisins; sans eux, nous eussions traversé, sans dériver beaucoup, le fleuve orageux de la révolution. Je ne prétends pas nier, cependant, qu’on ne puisse nous porter en compte et à notre charge une poignée d'individus obscurs toujours prêts à troubler la tranquillité publique, si l’excellent esprit de cotre garde nationale ne les avait maintenus, sinon dans le devoir, du moins dans l’inaction.
«J’ignore, continua-t-il, ce qui s’est passé lorsque, profitant de nos funestes divisions, l’étranger eut envahi la France; à cette époque, les clinnls avaient cessé; je cherchai la solitude, je n’ai donc pas vu la cocarde noire recouvrant en grande partie la cocarde blanche; je n’ai pas vu le casque des enfants du Nord paré de la dépouille de nos bocages, et les cris de quelques forceués n’ont pas contristé mon amc: je m’éloignai. Mais le jour où la terre natale fut libre, les amis de la patrie se réunirent pour le consacrer; je courus m’asseoir au banquet civique: tout s’y passa avec une décence digne de la fête et des convives; on but à la patrie, au roi et à la charte, que nous ne séparons jamais, et à l’union des enfants (le la France.
MOEURS ET PERSONNAGES. 3o3
La société des amis des lettres, établie dans cette ville, y cultivait en paix et sans beaucoup d’éclat les diverses branches des connaissances humaines , . lorsqu’il a plu à M. le marquis, son président actuel, de l’associer à la plaisante célébrité qu’il s’est faite en prononçant et, qui pis est, en faisant imprimer le plus burlesque discours dont les voûtes académiques aient jamais retenti: si Apollon vivait encore, je tremblerais pour la peau du nouveau Midas.
La cour royale et deux séminaires ont fixé à Aix la faculté de droit et celle de théologie. L’école de droit compte environ deux cents élèves, et les bonnes études qu’on y fait en accroissent le nombre chaque année. L’esprit qui anime cette jeunesse studieuse est celui du siècle : c’est assez dire que les partisans des vieilles doctrines n’exercent aucune influence sur cette école.
• La pépinière des séminaristes n’empcchc pas que les bancs de la faculté de théologie ne restent couverts de poussière; le spirituel est en révolte ouverte contre le temporel, et le supérieur du séminaire, ardent ultramontain , ne veut à aucun prix se soumettre au réglement de l’université.
Aix est situé à peu de distancc’dc la petite rivière de l’Arc, à laquelle, malgré son embouchure dans la mer, le bon Plutarque a fait trop d’honneur en lui donnant le titre pompeux de fleuve. Marius embellit
MOEUnS ET PEllSONN ACES.
celte ville pendant les trois ans de séjour qu’il y fit en attendant les barbares qui menaçaient l’Italie.
. I /habile capitaine avait jugé qu’accompagnés de leurs femmes, de leurs enfants, et suivis de leurs bagages, ils franchiraient les Alpes par la partie de celte barrière qui présentait le moins d’obstacles: l’événement justifia scs calculs, et le succès les couronna.
Le territoire d'Aix ressemblait autrefois à une forêt d’oliviers, et aucun pays ne fournissait une huile aussi pure; depuis l’hiver désastreux de 1 781), l’arbre de Minerve y languit, et son produit ne suffit plus au besoin du commerce.
Cette ville possède des tanneries, des imprimeries de toiles : les fabriques d’esprit-de-vin y prospèrent et s’y multiplient. Le principal établissement manufacturier est la filature de MM. Paillasson, de Marseille. Elle occupe six cents ouvriers, et ses produits en fil de coton, dont un quart est teint en rouge éclatant, et un quart en beau bleu, sont employés parles manufactures de Languedoc, ou vont dans le Levant rivaliser avec les plus beaux cotons d’Angleterre. Cette riche manufacture est placée dans un superbe couvent qui jadis appartenait à des religieuses de l’ordre de Saint-Benoît.
11 s’est formé à Aix, sous la dénomination (l'agathopliiles , uue société d’euçouragemeut pour le commerce des objets d’arts : cette société vend ,
MOEUHS ET PERSONNAGES.
achète, échange des statues, des bustes, des fragments, des médailles antiques, des curiosités du moyen âge, et même des objets rares et curieux d’histoire naturelle. C’est ainsi que dans l'escalier de la maison du plus riche de ces amateurs, M. Bourguignon,} ai vu la peau de l'énorme reptile, appelé serpent boa : c’est un véritable musée que cette maison; le vestibule, la cage de l’escalier, les antichambres, les salons, les chambres à coucher, les cabinets, les boudoirs, sont ornés de peintures du haut jusqu’en bas, et dans plusieurs autres pièces on trouve des piles de tableaux qui attendent leur tour d’exposition.
J’ai vu, chez M. Saltier, une très belle collection * de médailles, des statues, des inscriptions, des antiquités égyptiennes, et un cabinet de tableaux des meilleurs maîtres; je me suis arrêté, avec uu petit mouvement d’orgueil national , devant un chefd’œuvre de notre compatriote Grasset. C’est du jardin de M. Sallier que sort la belle statue égyptienne dont M. Forbin, directeur du Musée royal, a fait l'acquisition pour le compte du gouvernement.
M. de Lagoy, député des Bouches-du-Rhône, possède une collection de dessins originaux, l’une des plus riches et des plus complètes qui existent: les connaisseurs savent avec quel rare talent cet amateur reproduit par la gravure les trésors qu’il possède.
Ermite r.y province, t. h, ao
Enfin M. le président de Saint- Vincent, correspondant de l'Institut, a l’extrême obligeance d’ouvrir son cabinet à tous les curieux qui sc présentent chez lui pour y visiter sa précieuse collection de médailles , d’inscriptions grecques , romaines et arabes, et les objets rares, soit antiques, soit dit moyen âge, dont ce savant a fait une étude approfondie; ils sont décrits, pour la plupart, dans le Voyage de Millin.
Examinons maintenant la ville d’Aix sous le point de vue le plus intéressant, c’est-à-dire comme berceau des hommes célèbres quelle a produits.
Après le démembrement de l’empire, elle fut saccagée plusieurs fois par les Sarrasins, qui s’établirent et se maintinrent en Provence.
Devenue le séjour habituel des comtes de Provence, Alphonse II, Raymond, Bérenger IV et sa charmante épouse Beatrix , attirèrent dans cette ville ces galants troubadours dont l’esprit, la grâce et la politesse firent donner à la I’roveuce le nom caractéristique du pays du gay saber ( de la gaie science).
En passant à la maison d’Anjou, cette belle Provence eut beaucoup à souffrir des prétentions de cette famille au trône de Naples, quelle posséda pendant deux siècles. Sous le bon roi René, mort eu i48o, ce pays respira un moment, et la protection éclairée que ce prince débonnaire accorda aux lettres et aux arts, qu’il cultiva lui-même avec quel-
que succès, lui mérite une place honorable parmi le petit nombre des souverains de cette époque qui préparèrent la renaissance des lettres eu Europe. La ville d’Aix vient de lui voter une statue eu marbre qui sera placée à la tète du cours de cette ville: si le marbre manque, ne pourrait-on pas lui consacrer celui que l'on destine à la statue de Louis XIII? Les Parisiens ne s’en plaindraient pas.
A la tête des hommes illustres dont cette ville s’honore, il faut placer le fameux J’eiresc, conseiller au parlement d'Aix. Peu de princes ont autant fait que ce simple particulier pour l'encouragement des sciences; non seulement il entretint des correspondances avec tous les savants de l’Europe, mais il envoya à ses‘ frais des voyageurs eu Asie, dans la Palestine, en Egypte, eu Amérique, pour s’y procurer des manuscrits, des plantes, des animaux inconnus jusqu’alors : on lui doit les chats d'Augora et les lauriers rose. Le feu président de Siint- Vincent , mort en 1 798, lui avait fait élever un monument que la révolution a détruit; son fils, digne héritier des talents et des vertus de .son père, l’a fait replacer dans la métropole de Saint-Sauveur: l’un et l’antre, membres de l’académie royale des inscriptions, étaient dignes de payer à Peiresc la dette de 1 Europe savante.
Aix a eu la gloire de donner le jour au célèbre botaniste Tourncforl , au naturaliste /fdanson , au
sage Fauvenargues, à l’illustre philosophe Gassendi, et à Bruéys', auteur des comédies du Grondeur et de l 'si vocal patelin; je dois aussi faire mention du redoutable adversaire des jésuites, Mondai; procureur-général au parlement de Provence, et même de son émule, Leblanc de Caslillon.
Le marquis A'drgens, l'ami du grand Frédéric qui lui fit clever un monument, av^jt également vu le jour à Aix.
Esménard, auteur du beau poème de la Navigation, et mort si malheureusement en 1811, était né à Pélisannc, village à quelques lieues d’Aix.
Parmi les hommes de guerre, le comte de Forbin , chef d’escadre sous Louis XIV, ami et rival de Jean Barl, tient un rang distingué. Palamède de Forbin, un de ses aïeux , contribua puissamment , sous Louis XI, à la réunion de la Provence à la couronne.
Il ne me serait pas permis d’oublier l’illustre navigateur d'Entrecasleaux, envoyé à la recherche de l'infortuné la Peyrouse, et que j'ai eu le bonheur de connaître dans un de ses voyages dans les mers de l’Inde.
Aix est la patrie de plusieurs artistes dont les plus célèbres appartiennent à l’époque où nous vivqus;
* C’est par erreur que, dans un autre discours, j'ai fait naître Druéys à Montpellier; il y mourut en 1723.
MOEURS ET P EUS O N N 4 G ES. 3of )
ceux de leurs prédécesseurs dont la mémoire mérite d’être conservée sont:
Les Fanloo, peintres, d'une famille originaire de Flandre ;
Canipra, dont les compositions musicales ont eu plus de réputation qu’elles n’eu ont conservé ;
Les Ffoquet, l’un ingénieur, l’autre musicien.
Il me reste à parler de nos contemporains.' L’éloge doit être dans le nom seul des hommes qui vivent encore; l'appréciation de leur mérite appartient à la postérité; je me contenterai donc de citer:
Le lieutenant-général Miollis, défenseur de Mantoue, où il a fait élever un obélisque en l’houncur de Virgile;
Le lieutenant-général Félix du May, qui a combattu pour la liberté américaine, et commandé une division de cette armée d’Oricnt aux prodiges de laquelle l'avenir aura peine à croire ;
Le baron Siméon, conseiller d'état;
Le comte de Forbin, directeur du Musée royal, dont le nom, illustré par ses aïeux, par ses talents comme peintre et comme littérateur, l’est peut-être davantage encore par la noble infortune du colonel Forbin-Janson , dont l’histoire a déjà recueilli la lettre adressée à un ministre, monument dé la fierté la plus courageuse et du plus beau caractère;
Emeric David, membre de l’Institut, auteur d’un bel ouvrage sur l’art statuaire;
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Grand, le premier de nos peintres de genre, et élève de Constantin , dont les dessins à l’encre de la Chine sont répandus en France et chez l'étranger: son élève, qui n’en parle qu'avec vénération, l’a peint dans son délicieux tableau du Coussin; c’est cette figure du moine, sur le front chauve duquel la reconnaissance a inspiré au peintre l’heureuse idée de faire tomber un rayon de lumière;
Le peintre Peyron, mort directeur de la manufacture des Gobelins;
Gibelin, frère du bibliothécaire, désigné par l’académiè des beaux-arts pour être directeur de lecolc française à Rome;
Le graveur Beisson ; enfin le statuaire Giraud, qui, était parvenu à réunir à Paris les plâtres des plus belles statues antiques, qu’il s’était procurés à grands frais avant que la victoire nous eût acquis ces chefs-d’œuvre que l'invasion étrangère nous a fait perdre.
Le barreau d’Aix était célèbre avant la révolution : les Simeon, les Portalis, illustrés depuis sur un plus grand théâtre, pouvaient être cités avec orgueil; mais ces noms, en nous rappelant la tribune nationale, proclament à-la-fois celui du Démosthènc français^ de ce grand Mirabeau, au souvenir duquel s’éveillent toutes les idées de liberté, de patrie, et d’éloquence. Nommé eu 1789 représentant du tiers état par les villes de Marseille et d’Aix, Mirabeau
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préféra la députation de cette dernière ville, qui le compte au nombre de scs enfants.
A cette époque d’enthousiasme patriotique, cette ville n’aurait pas cédé au département de la Vendée l’honneur de nommer à la Chambre des Députés M. Manuel, qui a soutenu si dignement la célébrité du barreau d’Aix, et qui marche aujourd'hui avec tant d’éclat sur les traces de son illustre compatriote.