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sassins; on la fit sortir de la ville pendant la nuit.
u Cette mesure, dictée par la faiblesse, avait été prévue par des bordes composées en grande partie, on doit le dire pour l'honneur de la ville de Marseille, de cette écume, de ce ramas d etrangers que les orages politiques ont jetés sur la plage marseillaise à toutes les époques de la révolution. Embusqués derrière les maisons et derrière les murs qui bordent la route de Toulon, ils firent feu sur les militaires, qui marchaient sans défiance, en tuèrent et en blessèrent un grand nombre. Après cette lâche expédition, ils rentrent dans la ville au point du jour, et, libres de toute crainte , s’y livrent aux plus épouvantables excès. Des citoyens sont arrachés des bras de leurs femmes et de leurs enfants, attachés aux arbres du Cours, et massacrés de la manière la plus horrible; on promène dans la ville des drapeaux ensanglantés , autour desquels se pressent une foule de mégères, qui 11e craignent pas de mêler les noms les plus augustes aux hurlements dont clics remplissent la ville épouvantée.
« Je n’ai point le courage de me traîner douloureusement sur les détails de cette affreuse journée, de vous offrir, l’une après l’autre, les scènes horribles dont j’ai été le témoin après avoir failli d’en être victime; je me contenterai de vous dire que le sang ruisselait dans la ville, que des bourreaux y promenaient en triomphe des tombereaux chargés
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des cadavres des matneloucks égorgés dams les bastides où ils s'étaient réfugiés ; que de la place Caslellane au village de la Peine la route était couverte de soldats morts ou expirants.
« Je ne vous retracerai pas la mort des deux frères Verse, assommés ensemble, en plein jour, entre les deux fontaines du grand cours, et au milieu d'une population nombreuse, sans que personne ait fait le moindre mouvement pour les sauver.
« Je supprimerai les détails pins affreux encore du massacre d 'OUivier-Lange, et de son jeune fils, embrassant son père pour lui servir de bouclier, et périssant avec lui sous les coups de ces cannibales.
« Je détournerai vos regards d'une troupe d’enfants foulant aux pieds les cadavres qu’ils avaient dépouillés : mais l’amitié qui me liait à M. Anglès Capefiguc me fait un pénible devoir de vons parler plus particulièrement du meurtre épouvantable de cet excellent citoyen, auquel il n’est peut-être pas une seule famille, à Marseille, qui n’eût quelque obligation. 11 se dirigeait vers le quartier de Saint - Julien avec sa mère, sa femme, et ses enfants : la voiture qui les portait fut arrêtée sur le chemin de * la Madeleine, à trois cents pas de sa maison, par le sieur S***, escorté d’une troupe de paysans ; on le fit descendre dans un chemin creux, où on le retint . jusqu’à onze heures du soir, sous les yeux de sa fa-
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mille, dont les gémissements ne purent attendrir les monstres qui avaient résolu sa mort. Le chef de la bande, supposant alors qu'il recevait un ordre pour le conduire en prison, le fit traîner derrière le Chapitre, près les allées de Meilhan, où ces hommes féroces le frappèrent l’un après l’autre de sept coups de poignard. Un homme seul, armé d’une carabine, accourt aux cris de la victime, et force les misérables à prendre la fuite ; mais le forfait était consommé, et M. Angles expira deux heures après, dans une maison voisine où son défenseur l’avait transporté. »
L’irrécusable témoin de qui je tiens les faits que l’on vient de lire m’a nommé les trois principaux assassins de M. Anglès, dont l’un, étranger à cette ville et à la France, a figuré dans presque toutes les scènes d’horreur dont elle a été le théâtre ' : tous les habitants de Marseille les connaissent, les accusent, et frémissent chaque jour à leur aspect.
« J’aurais pu , j’aurais dù , peut-être , après avoir signalé les faits, en chercher les causes et examiner quelle fut, dans ces jours de crime, la conduite des
* Blessé par un de ses complices , qui destinait ce coup à M, Anglès, il voudrait faire croire aujourd'hui que cette blessure a été reçue au champ d’honneur; mais on connaît le nom de celui qui l’a blessé , le nom de celui qui l’a pansé , le nom de tous les témoins , • et même celui de l’enfant qu’il a voulu forcer de participer à cette scène effroyable.
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autorités civiles ; mais la censure publique s’arrèle en présence d’un si grand attentat, et se borne à former des vœux pour que les coupables ne restent pas impunis.
« Après avoir esquissé ce douloureux tableau , je dois reposer mon ame et la vôtre en vous citant quelques actes de courage et de générosité que ces journées de deuil virent éclater au milieu de tant d’borreurs.
«J’ai été témoin du dévouement de M. Darol, portant, à travers mille dangers, des bnbits bourgeois et de l'argent à des officiers enfermés dans le fort Saint-Nicolas, pour faciliter leur sortie ;
u De la fermeté de MM. Âchard et Bernard, officiers de la garde nationale, de service au poste de la place Monthiou, dans la nuit du a 5 . Ils s’opposèrent avec énergie à quelques forcenés qui voulaient tirer à mitraille sur les militaires au moment où ils passaient devant ce poste : j’ai vu ces deux citoyens, à l’exemple du jeune Desille à Nancy, se placer à la bouche du canon, et s’offrir ainsi pour première victime afin d’empêcher l’exécution de cet horrible dessein.
«Ce même M. Bernard, aujourd’hui capitaine dans la légion des Bouches-du-Rhône, déploya dans ces fatales journées un courage et une activité audessus de tout éloge : le 26 au malin , on le vit arriver au Cours, où il semblait se multiplier pour arrêter
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la dévastation et le meurtre dans les maisons des réfugiés égyptiens.
« On doit des remerciements publics à M. Choix, cbef de bataillon , pour son empressement à recevoir dans les rangs du détachement qu’il commandait les militaires qui y vinrent chercher un refuge; et il serait injuste de ne pas tenir compte à MM. Rabaud, Fraissinet, Corréard, Borel, et à quelques autres dont les noms ne se présentent pas à ma mémoire, des efforts généreux qu’ils déployèrent dans ces moments d’anarchie.
« Mais ce que je voudrais pouvoir vous peindre avec des couleurs dignes de la postérité, à laquelle un si beau trait doit parvenir, c’est le dévouement filial de ce jeune Ollivier-Lange, dont je vous ai déjà, parlé. Cet admirable jeune homme voit son père entouré d’égorgeurs et se précipite au milieu d’eux ; il les stipplic, il les conjure à genoux, il baise leurs mains sanglantes; mais ses prières, ses instances , ses sanglots déchirants n’arrivent point au cœur de ces monstres, qui semblent se méprendre «4 l’expression de son désespoir, et lui donnent l’ordre de se retirer, en l’assurant qu’il n’a rien à craindre pour lui-même: au même instant, ce jeune héros de l'amour filial s’élance sur son père, s’y attache avec une sorte de rage, et, pour étouffer dans l’amc de ces bêtes féroces un reste de pitié dont il était l’objet, il leur prodigue tous les noms odieux que la
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douleur et le mépris lui suggèrent; les misérables répondent à ses cris sublimes par cent coups de poignard , et ce fils vertueux, modèle et victime du plus beau sentiment dont puisse s'honorer la nature humaine, tombe en embrassant son père, qui le bénit avant d'expirer dans ses bras. »
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