‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 (volume 4)Chapitre 33 sur 39 · INVALIDE · texte numérisé non relu

INVALIDE

doles. Nous marchâmes lentement , pour donner le temps à M. Paul de nous procurer des montures: nous nous trouvâmes, par ses soins , munis de quatre beaux ânes et de leurs conducteurs. L’officier nous fit remarquer à la gauche de la route le Chumps-de-Mnrs , et à la droite , sur une pointe qui s’avance dans la mer, le fort de Lamalgue. Toute la campagne est couverte de maisonnettes blanches, sans abri ; mais les Provençaux ne craignent pas le soleil. Le village de la Valletle est assez bien bâti : on l’appelle la guinguette de Toulon; guinguette d’ailleurs assez sale, ce qui n’empêche pas la foule d’y accourir et d’y danser, au son du fifre et du tambourin, avec une gaieté communicative qui invite les spectateurs à devenir acteurs dans ces folâtres farandoles. Le costume des paysannes présente dans son uniformité quelque chose de succinct et de leste qui n’est pas sans agrément : un chapeau de paille noire, bordé de ruban de même couleur, posé de .côté sur une coiffe attachée sous le menton ; un canezou, de la couleur de la robe, dégageant bien la taille; des manches retroussées et recouvertes par celles delà chemise , garnies de mousseline ; un fichu placé tout exprès pour orner et non pour cacher une gorge ordinairement fort belle ; des yeux noirs et vifs et des mines friponnes, telles sont les paysannes des environs de Toulon : clics abondent à la Vallettc, et cela cxpliquela prédilection des Toulonnais

l'invalide.

pour ce village. Nous y sommes restés long-temps : eu revenant , nous avous trouvé la route couverte de citadins qui regagnaient la ville avec leurs familles. C’est un spectacle vraiment antique et patriarcal que celui de tous ces pères de famille , qui, joyeux et cliantaut, reviennent traînant leurs enfants accrochés aux basques de leurs habits, tandis que la servante en tient d’autres par la main , et que la femme, montée sur un âne, porte les plus petits dans scs bras, et souvent pendus à sou seiu. Ils ont mangé la salade et tes oguous; mais le frugal repas a été fait à La Iiijude , en plein air, loiu des remparts, dans la liberté et l’iudépendancc des champs, et la famille rentre contente en songeant aux plaisirs du lendemain.

L'homme n’est point ué pour l’esclavage; il se passionne pour la liberté et même pour tout ce qui ressemble à la liberté. Ce sentimeut, ce besoin de sortir de prison peut seul expliquer le goût des Toulonuais pour la promenade appelée la Lice, où ils viennent le soir respirer moins l’air que la poussière. Cette promenade est un terrain nu , battu par les promeneurs, et qui n'a d’autre agrément que d’être situé entre les remparts et la campagne de Toulon, assez mal parée par la triste verdure des oliviers. Nous sommes rentrés à notre auberge fort las, mais, comme les familles toulonnaises, fort contents de notre journée.

LES FORÇATS

i»° LZif. [ » 5 icin 1819.]

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