VILLEFRANCHE
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u Adieu , mon vénérable ; gardez un souvenir a votre affectionné confrère.
• l'Ermite de la Clape. «
Sauwur, 19 avril 1818.
•• J’ai vu avec plaisir, dans votre dernier discours, M. l’Ermite voyageur, que vous ne partagez pas l’erreur vulgaire qui attribue à la ville de Castres la gloire d’avoir donné naissance à madame Dacier. Après avoir enlevé à cette ville un honneur qui ne lui appartenait pas, votre impartialité vous portera sans doute à le restituer à celle qui peut le revendiquer à juste titre, et je ne doute pas que vous ne vous empressiez d’apprendre à ceux qui l’ignorent encore quelle est la patrie d’une femme aussi célèbre. Tous les Saumurois savent que la fille du docte Tannegui Lefèvre, l’une des premières entre les illustres Françaises, est leur compatriote: c’est aux infatigables recherches de M. Bodin, qui ne néglige rien de ce qui peut éclaircir et enrichir l'histoire de l’Anjou, qu’ils ont l’obligation de connaître la maison où est née mademoiselle Lefèvre. U y a même assez long-temps que cet estimable citoyen y fit placer à ses frais , afin de perpétuer cet honorable souvenir, une table de marbre, portant une courte inscription en français, que vous verrez, bon Ermite, quaud vous viendrez visiter notre belle
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province, comme nous l’espérons, et comme nous le desirons beaucoup.
« Je termine en vous citant le passage suivant des recherches historiques de M, Bodin ; il vous apprendra que les Saumurais n’out pas toujours été aussi jaloux qu’ils le sont aujourd’hui de la gloire de leurs murs.
« On dit qu’Homère mendia pendant sa vie, et « qu’après sa mort plusieurs villes de la Grèce se >• disputèrent l’honneur de l’avoir vu naître. Les “ unes lui bâtirent des temples, les autres lui éle- « vèrent des statues , d’autres enfin lui consacrèrent « des jeux solennels : l'un de ses traducteurs, celui » qui, le premier, fit passer dans notre langue les « beautés de ( Iliade et de (Odyssée, la célèbre ma- « dame Dacicr, eut un sort tout contraire: Saumur « l’honora pendant sa vie, et l’a entièrement oubliée <> après sa mort. Un siècle s’est à peine écoulé de- « puis cette époque, et le voyageur, qui ne connaît « cette ville que parcequ’cllc est la patrie de cette « illustre savante, cherche et demande en vain la ■> maison dans laquelle elle vint au monde. »
» Dans le même ouvrage, M. Bodin propose d’honorer la mémoire de madame Dacier, en donnant son nom et celui de Lefèvre à une rue et à une place projetées : ce moyen si simple de rendre hommage aux grands hommes d’un pays, en ajoutant à l’éclat que le pays lui-même reçoit de leurs
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noms, vaut peut-être bicu l’usage que l'on cherche à faire prévaloir dans certains départements , de glisser dans toutes les inscriptions, et d’imposer aux nouvelles rues des noms de préfets, voire même de sous-préfets, tout confus, sans doute, de se voir décerner de pareils honneurs.
» J’ai l’honneur de vous saluer.
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l'ariü, ce a 3 avril 1818.
«Quel dommage, mon cher Ermite, que vous ayez fait le voyage de Béziers à Castres dans la mauvaise saison, et que les giboulées de mars, si rudes an pied de la montagne noire, vous aient empêché de remarquer le délicieux vallon de Saint-Amand. J’ai vu les bords de l’Arno, du Tcverone, du Scamandre; et, sur ces rives tant vantées, j’ai regretté ce vallon paternel où, sous des berceaux de verdure, la route se prolonge l’espace de trois lieues, au milieu des ruisseaux, des gazons, et des fleurs.
" Si le mois de mai vous retrouve encore dans ces contrées, où je vais me rendre, donnez-moi quelques jours, et nous visiterons ensemble ce petit Eden, dont la célébrité n’attend plus qu’un poète. Un hôte aimable et spirituel, qui a rapporté de ses longs voyages autant d’urbanité que d’instruction, nous accueillera dans un château dont il relève les
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ruines sur un vaste rocher qu’il a transformé en un jardin pittoresque.
« Tous les habitants de Saint-Amand vous parleront de leur illustre compatriote, du brave duc de Dalmaliè. Vous les verrez aussi affligés de son exil que persuadés de son dévouement à sa patrie et à son prince. Nous visiterons la modeste maison qu’il habita dans son enfance, et qu'il ne dédaigna pas aux plus beaux jours de sa gloire : nous y trouverons sa respectable mère, et les indigents seuls vous diront qu'ils sc sont aperçus de l'augmentation de sa fortune.
De retour à Castres, où je ne réponds pas que vous trouviez chez tous les habitants la même bienveillance pour le héros de Toulouse ( là , comme ailleurs, les sentiments changent avec les positions) , je vous montrerai les ruines de la Tour Caudière, qu’habitait, au quatorzième siècle, la belle Caslraise, fille d’un gouverneur, laquelle inspira tant de sirvenles et de tensons au trop sensible Miraval. Vous vous rappelez que ce troubadour mourut positivement d’ainour pour la belle ingrate, qui le sacrifia au comte de Foix; j’offre de vous communiquer, sur cette aventure, un fragment historique, où vous trouverez la matière d’une de ces vieilles nouvelles que vous savez rajeunir.
« Je vous présenterai chez madame B*", et vous y goûterez, pourvu qu’elle soit seule, tous les charmes
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de la société la plus agréable : vous y verrez en action, dans sa famille, tout son joli poëtne de Y Amour maternel. L’infortuné Milievoyenie disait, quelques jours avant sa mort, qu’il ne manquait à madame B'*', pour égaler nos plus célébrés muscs françaises, que de respirer l’air de la capitale
'■ Je vous ferai connaître une autre dame Per.., qui s’est fait un riche bouquet des violettes et des amarantes quelle a remportées aux jeux floraux.
« Je ne vous quitterai pas sans vous avoir fait faire une promenade délicieuse dans la profonde .vallée de la Hoquette, ou vingt ruisseaux murmurent sous d’énormes roches du plus beau granit, dont les masses, diversement coupées, donnent à cette vallée l’aspect d’une ville en construction. Parmi ces rochers aux formes les plus bizarres, il en est un d’environ cent pieds de circonférence, que vous ferez remuer sans beaucoup d’efforts, et avec lequel vous pourrez vous donner le plaisir de casser des amandes. Cette roche tremblante partagera votre attention avec la cjrottc où le fameux saint Dominique alla se reposer de ses sanglantes expéditions contre les Vaudois; vous y verrez sa chaire et sa table de pierre ; et vous qui vous connaissez en ermitage, vous conviendrez que le ter-
1 Madame Ballard, femme extrêmement distinguée, a cessé de vivre en 182a.
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rible convertisseur ne pouvait mieux placer sa cellule.
*• Je pourrais vous indiquer encore plusieurs objets dignes de vous intéresser dans ce pays; mais je veux vous y ménager quelques surprises, et je vous invite à venir y manger les meilleures fraises du monde.
M. S. P., sur l'invitation duquel je me rendais à Villefranche, était venu au-devant de moi jusqu’à llignac. Je lui sus d'autant plus de gré de cette attention , que nous avions une lieue de très mauvais chemin à faire pour rejoindre la grande route, interrompue en cet endroit; nous l’évitâmes en passant par la traverse qu’il nous fit prendre. Je ne sais par quel motif ou par quelle tournure d’esprit originale M. S. P., que j’aurais eu tant de plaisir à nommer, cl dont j’aurais tant de bien à dire, non seulement a voulu garder avec moi l’incognito pendant les deux jours que nous avons passés ensemble, mais a même exigé que je ne cherchasse pas à le connaître. J’ai quelque mérite à tenir une promesse qui ne coûte pas moins à ma curiosité qu’à ma reconnaissance.
Villefranche , où l’on compte près de huit mille habitants, jadis chef-lieu de la sénéchaussée du Kouergue, et maintenant d’une sous-préfecture du