‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 9 (volume 4)Chapitre 8 sur 39 · VILI.EFRAKCIIK · texte numérisé non relu

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département de l’Aveyron, est entourée de hautes montagnes; elles s'abaissent en s’éloignant vers le sud de manière à découvrir dans cette partie une plaine d’une demi-lieue d’étendue. La portion de cette plaine, sur la rive droite de l’Aveyron, se nomme le Radel ; sur le coteau qui l’entoure se déploie le beau vignoble de Fondiez. L’ancien couvent de Sainte-Claire, transformé en haras, et celui des Chartreux, dont ou a fait un hospice, se trouvent aussi dans cette plaine, que termine un très beau bois de marronniers, connu sous le nom de bois de Boulogne.

La ville est bien percée; quatre grandes rues la traversent dans toute sa longueur, et l'espace central qu’elles laissent entre elles forme une place entourée d’arceaux que l'on nomme les Couverts ; la principale église, Notre-Dame, remarquable par la hardiesse de sa voûte , se trouve sur cette place.

Un beau quai, un pont construit avec une sorte d’élégaucc, les promenades publiques d e Saint-Jean, des arbres de Villeneuve, du Guirodet, et la nouvelle terrasse appelée le petit Languedoc , forment les décorations principales de cette jolie ville.

Villefranche, avant la révolution, était le siège d’un présidial si bien composé, que Louis XIV l’appelait son petit parlement. Ou conserve encore le souvenir de M. Dubruel, ancien juge-mage ; les habitants no parlent qu’avec respect et attendrisse-

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ment de ce magistrat, qui joignait à la connaissance parfaite des lois, à la probité la plus sévère, une pureté, une simplicité de moeurs bien remarquables dans une ville où ces vertus là n'ont jamais été très communes.

Les membres du présidial avaient une grande réputation de galanterie: on n’a pas oublié qu’en 1788 ils prêtèrent aux dames leur palais de justice pour eu faire une salle de bal. Une chanson faite à ce sujet, et insérée dans le Mercure de France à cette même époque, pourrait donner à croire que la gravité magistrale s est un peu trop compromise dans cette circonstance; mais on sait que de tout temps les gens de robe et les personnes en robe doivent tribut aux malins chansonniers.

Monjofficieux inconnu m’a procuré l’entrée du collège : cet établissement est dirigé avec beaucoup de zèle par M. l’abbé M***, ancien professeur de philosophie à l’université de Paris. On assure qu’il est très savant ; mais on voit qu’il est très profond, car on a beaucoup de peine à le comprendre. Il a pour système que l’éducation doit être tout entière en préceptes, et qu’on doit en bannir les exemples ; il prétend , et, qui plus est , il prouve que les sciences n’ont fait aucun progrès; c’est sur-tout aux mathématiciens qu’il en veut : il ne leur pardonnera jamais cet infâme système décimal, où il voit le germe de toutes les erreurs dont les esprits sont

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infectes; ce qui n’empêche pas que M. l'abbé ne soit un très bon principal de collège, et qu’on ne regrette beaucoup son prédécesseur, M. Lombard. Ce dernier, mort il y a trois ans, était un homme du plus grand mérite. Professeur avant la révolution au collège de Lcsquille, à Toulouse, il y avait eu, entre autres élèves dignes d'un pareil maître, M. Ruffat, professeur de droit romain, et M. Ilaour-Lormian. On m'assure que le fils de M. Lombard, à peine âgé de vingt-un ans, vient d’étre nommé professeur de philosophie et de mathématiques à Béziers.

La maison Cibiel est la principale maison de commerce de Villefranche; on peut même dire une des premières du Midi : elle fait un commerce immense de toutes les espèces d’étoffes.

Villefranche, sous le rapport des mœurs, offre un parfait contraste avec llodez : ici les mœurs sont douces, les préjugés sociables, les manières polies, et les femmes charmantes. Les grisettes, sur-tout, se distinguent par cette grâce que les Italiens appellent disinvollura , et dont le mot abandon ne rend pas tout le charme. Dans la classe du peuple, elles ont un costume particulier qui ne manque ni de propreté, ni même d’une sorte d'élégance; la plupart portent un chapeau plat, quelles posent d’uue manière différente, suivant leur âge et leurs prétentions. Les jeunes filles le placent incliné sur

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l’oreille gauche ; les femmes parvenues à lage mûr, horizontalement; les vieilles, abaissé sur le front. Ce chapeau, toujours noir, est attaché sous le menton par des rubans de même couleur.

Dans la classe élevée, les jeunes filles, presque aussi jolies , ont daps la voix un charme inexprimable. Dans les belles soirées d'été, elles se rassemblent au clair de la lune, devant leurs maisons, où elles chantent des romances avec une expression très encourageante pour les jeunes gens qui les écoutent. Les mères font bonne garde, mais ou se rencontre souvent à l’élise; c’est là, pour l’ordinaire que se fait l'échange des premiers regards, et qu’on laisse tomber du livre d'heures le billet en réponse à la lettre que la petite couturière a portée la veille en allant travailler dans la maison. Les maris sont plus confiants que les mères, aussi les femmes assurent-elles qu’ils sont moins trompés.

La passion du vin est ici le défaut le plus commun ; les femmes du peuple n’en ont pas toujours été exemptes : depuis quelques années elles se sont corrigées de cette honteuse habitude.

C’est ordinairement chez le principal libraire d’une petite ville que je inc fais uue première idée de l’esprit public qui y régne, en m’informant des journaux qu'on y reçoit. J’ai arrangé le proverbe à mon usage : Dis-moi ce que Au lis, je le dirai qui tu es. Cette épreuve faite à Yitlcfranche ne compromet

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les habitants auprès d’aucun parti; on n'y reçoit guère d’autres écrits politiques que certains pamphlets mercenaires que l’on y envoie gratis depuis deux mois, et qu’on uc sc donne même pas la peine de distribuer à la poste.

lie nom le plus illustre dont s’honore Villefranchc est celui du fils de l’infortuné Fouquet, de ce célèbre maréchal de Bclle-lslc, «également capable, a dit Voltaire, de conduire un état et une armée; également habile aux travaux des négociations de la guerre et du cabinet. »

Cette ville se glorifie enepre d’avoir donné le jour à l’un des savants les plus distingués et des médecins les plus célèbres de l’époque où nous vivons : nommer le docteur Alibert, c’est rappeler l’auteur de la Nosologie naturelle et de la Description des maladies de ta peau, c’est se dispenser d’un autre éloge.

l’empirique.

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