KT LA CONVERSATION
siiipériorité, et que les Français ne lui doivent une grande partie de l’art de la conversation, où ils excellent. Ce n’est pas qu’on ne puisse assez généralement appliquer aux conversations des gens du monde le proverbe persan , J'entends le bmil de la meule, mais je ne vois pas la farine; et qu’on ne songe involontairement, au milieu de gens qui parlent sans s’écouter et sans se répoudre, à cette fameuse plaidoirie de trois sourds; le demandeur parlai td’orrérages, le défendeur de pâturage, et le juge déclare nul le mariage, dépens compensés ; mais ce reproche que l’on fait depuis si long-temps aux Français, de parler tous ensemble, leur a presque toujours été adressé par des gens qui parlaient tout seuls, et qui voulaient assujettir la conversation familière aux formes d’une discussion nu'thodique, qui en détruisent en un moment tout le charme.
C’est au talent de causer, dont les femmes de Paris ont fait une étude particulière, qu’elles doivent en partie l’influence qu’elles c.xercent dans la société ; c’est d’elles que les hommes ont appris ce qu’ils ignorent par-tout ailleurs, que la conversation est un champ ouvert où chacun peut se jouer eu liberté, mais que personne n’a le droit de labourer à son profit; qu’il faut y effleurer tous les objets, et ne s’appesantir sur aucun; que la plaisanterie, toujours prête à en bannir la dispute et le pédantisme, doit y respecter constamment la religion,
Ekmite de la Cl'iam;, t i. 10
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!a vieillesse el le iiiallietir. I^es fciiinies, eu qualité lie inoilératrices île la convciNalioii, ont posé des bornes au-delà desquelles la contestation dégénérerait en dispute, l’épiyi amme eu sarcasme, et le sel unique en ninerlunie. l'ue d’elles a dit, avec nu {jrand bonlienr d’expression : ■< Si vous forcez les autres à craindre votre esprit, vous aurez bientôt occasion de craindre leur mémoire.
U Le plus grand fléau de la conversation, en France, c’est la politique : semblable à ces racines vivaces qui s’alongent, s’enlacent, et vous arrêtent à chaque pas dans les allées d’un jardin, la politique a depuis quelque temps envahi le domaine de la conversation: elle se prend à tout, se joint à tout, et trouve le moyen de séparer tout ce qu’elle réunit. Ce qui contribue à propager le mal, c’est que les femmes en sont atteintes, et qu’oubliant, pour la première fois, le plus cher de leurs intérêts, celui de plaire, elles descendent dans une lice où leurs efforts sont des contorsions, et leur triomphe même un ridicule. Heureusement elles commencent à s’en apercevoir, et quelques unes ont déjà repris leur place dans la galerie. » v
LES REVENDEUSES A LA TOILETTE. I.fy
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