LES REVENDEUSES
iSs
sans acception de rang et de fortune; sur leslioinincs qui leur ont donné des soins ou qui les ontproduilcs au jour, depuis l'ambassadeur jusqu'au moindre fournisseur d’armée. Le seul séjour des alliés, en 1 8 1 4 , me fournit uu volume de mou histoire, où l’on trouvera la preuve de la dégéuération sensible des lurdi et gentlemen , qui ont décidément perdu tout leur crédit auprès d'une classe de femmes dont ils étaient jadis la ressource
U Vous concevez ce qu’un ouvrage de celte nature a dû me coûter de peines, de recherches et d’études; j’ai été, et je dois en convenir, singulièrement aidé dans mon travail par les revendeuses à la toilette; j’en ai six des plus fameuses à mon service, et je fais à chacune d’elles un traitement annuel, dont je me rembourse à-peu-près sur les renseignements qu’elles sont obligées de venir prendre chez moi.
« Ces femmes me tiennent au courant de toutes les mutations qui s’opèrent dans les liaisons amoureuses. .l’ai mon livre de transferts, sur lequel je porte , ces changements; ce qui me donne le moyen de suivre dans toutes leui-s phases ces petits astres terrestres, depuis le moment où ils paraissent sur l’horizon jusqu’à leur déclin. .
« De toutes les revendeuses à la toilette que j’emploie, la plus habile et la plus célèbre est, sans' contredit, la fameuse : chaque état a son
A LA TOILETTE. l53
génie; celle-ci peut se flatter de posséder le génie du sien.
«Madame Dubreuil, poursuivit mon chroniqueur, est une femme de quarante ans; les notes que je me suis procurées .sur son compte , et quelques traces qu’on retrouve encore sur sa figure, indiquent qu’elle a été très jolie et qu’elle a su pendant vingt ans apprécier un pareil avantage. Elle a été tentée, s’il faut l’en croire, de se retirer en provinee, où certain hobereau voulait, en l’épousant, trouver dans scs épargnes le moyen de relever son vieux donjon ; mais le sort en a autrement disposé. Madame Dubreuil a un cœur sensible qui nuit à sa fortune : elle croit devoir rendre aux autres les services qu’elle en a reçus, et sa longue expérience est un bienfait dont elle se croit comptable envers la génération nouvelle. Une figure honnête, un maintien décent, une grande habitude du monde, une discrétion à toute épreuve, et un génie inventif pour qui tout est moyen, même l'obstacle, sont pour elle des ressources inépuisables qui ne lui permettent pas de regretter celles que le temps a taries : elle connaît mieux que pci'sonne au monde les besoins d’une jolie femme dont les principes luttent contre les goûts, et sa discrétion lui a assuré la plus brillante clientelle.
« C’est à madame Dubreuil que M. N*” a dû pendant long-temps l’avantage d’entretenir avec un