L’AMBITIEUX
Je ne charge uu unnemi seul; j'attaque une amiffc entière.
Aon Sicultr dayrs
Dulcfni rlaÎKtrahunt sa/toreni;
Mon twium l'j tharaqut' cantH$
Sonmum rrduct'nt. ......
Hon . , ode I, liv. III.
Les lucu tes plut exquis oui perdu pour lui leur saveur; le eliam des oiseaux , les insinmicnts de musique les plus hannonteux, ne lui rendrooi }K)iot le sommeil.
De toutes les passions qui tourmentent le cœur humain, l’ambition, que l'âge augmente, que les revers irritent, que les succès enflamment, qui ne connaît ni but, ni repos , ni trêve ; l’ambition, dis-je, est l’ennemie la plus irréconciliable du bonheur de l’homme. Cent moralistes l’ont dit avant moi : à l’appui de leurs préceptes, je me contenterai de citer un exemple , et de présenter à mes lecteurs un tableau dont la vue a fait sur mon esprit une impression profonde que je désirerais leur faire partager.
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L’AMniTIEUX.
T/c procès dans lequel je suis engagé m’a fait retrouver uu parent assez proche, dont je ne soupçonnais pas iiictiie l'existence ; et le besoin des renseignements que je ne pouvais obtenir que de lui m’avait conduit, il y a deux mois, dans la terre qu’il habite aux environs de Creil , sur les bords de l’Oise. L’image du bonheur ne s’était jamais offerte à mes yeux sous un aussi ravissant aspect.
M. de Sergis, âgé de quarante-cinq ans tout au plus, homme d’esprit, possesseur d’une grande fortune dont il faisait le plus honorable usage, était l’époux d’une femme de dix ans plus jeune que lui, dont la beauté n’était que la moindre des perfections; il est impossible de réunir plus de vertus, de talents et de grâces. Le ciel , qui semblait avoir pris à tâche de combler M. de Sergis de toutes scs faveurs, lui avait donné deux enfants (un fils de dixsept ans et une fille de seize) doués de ces figures idéales qu’Angélica Koffmann ou l’riidhon .se .sont plu à créer.
.le fus accueilli avec une extrême bonté dans cette heureuse famille, dont l'habitation charmante aurait mérité d’être décrite par le chantre des Jardins.
.le retournai .souvent dans ce château, où j’aimais â me convaincre «[iie la félicité humaine avait enfin trouvé un asile. Uu jour que M. de Sergis était absent, je crus, pour la première fois, remarquer uu nuage d’inquiétude et de tristesse sur la figure de sa
l’ambitieux.
femme. Mon âge, mes relations de parenté, donnèrent un prétexte à mon indiscrétion ; je lui fis part d'une remarque qui m’alarmait. « M. de Pagcville, me dit-elle avec un profond soupir, vous m’avez souvent félicitée .sur mon bonheur; je le croyais inébranlable sur les bases où je l’avais fondé , cependant j’ai tout lieu de craindre de le voir incessamment renversé... (répondant, .sans l’attendre, à une question que la surprise allait m’arracher); l’ambition, continua-t-elle, s’est emparée du cœur de mon époux: les événements politiques, en lui rappelant ce qu’il doit à scs ancêtres, l’égarent sur ce qu’il se doit à lui-même et à scs enfants. 11 s’est montré à la cour; on s’y est souvenu de son nom : dès ce moment les fumées de l'ambition, les rêves de la grandeur ont troublé ses esprits, altéré son jugement, et peut-être détruit pour toujours sou repos et le nôtre. »
Cette dame entra avec moi dans le détail des circonstances qui avaient amené cette révolution subite dans les principes et dans le caractère de son époux; elle me parla de ses nouvelles liaisons, de ses projets ambitieux dont il ne faisait déjà plus mystère, et finit par me prier instamment d’employer, pour le ramener à des idées plus saines, tous les moyens de persuasion que pouvait me suggérer ma longue expérience des hommes,
Ce jour-là même je le vis arriver à la campagne
l’ambitieux.
dans l’étrange appareil d’un ancien courtisan de f Œit-de-Bœuf; il embrassa d’un air distrait sa femme et ses enfants, et donna l’ordre à ses gens de tout préparer pour retourner le lendemain à la ville.
« En ti’ois jours, j’ai terminé de grandes affaires, me dit-il en s’asseyant près de madame de Sergis, qui l'écoutait avec une inquiétude visible : j’ai fait l’échange de cette terre , qui est beaucoup trop loin de Paris, contre un des plus beaux hôtels du faubourg Saint-IIonoré; j’ai obtenu pour Jules (c’est le nom de son fils) un brevet de sous-licutenant de cavalerie, et j’ai reçu pour ma fille, ajouta-t-il en se penchant à l’oreille de sa femme, des propositions de mariage auxquelles je n’ai pas voulu répondre , toutes brillantes, tout inespérées qu’elles sont, avant de vous avoir consultée. » Madame de Sergis, après avoir pris un prétexte pour faire sortir ses enfants , voulut représenter à son mari « que les études et les dispositions de son fils l’appelaient dans la carrière des lettres; qu’ils avaient déjà contracté pour leur fille une sorte d’engagement où tous les rapports de goût, d’âge , de convenances , se trouvaient réunis ; » mais il écouta ces représentations avec tant d’impatience, il l^pondit d’un ton si sec, que madame de Sergis se leva et sortit pour cacher l’émotion trop vive dont die n’était plus maîtresse.
« On n’accusera pas ma femme d’être ambitieuse, dit-il avec un sourire forcé. — Non, sans doute;
1,’AMniTlKUX.
mais ce reproche, mou cousin, ne pourrait-il pas vous atteindre? — Du moins je ne pense pas qu’il puisse raisonnablement s’adresser à celui qui se borne à faire valoir scs droits et à se replacer à son rang dans l’ordre social. — Vous étiez si bien !
Du do.slr (t’étre mieux liait le mallicur des hommes,
a dit je ne sais plus quel poi-tc. Est-il un rang dans la société au-dessus de celui où vous a placé la fortune? Riche, indépendant, honoré, chéri de tout ce qui vous entoure , vous jouissez des biens que les autres espèrent; et, quelque souhait que vous formiez maintenant, vous ne pouvez plus aspirer qu’à descendre. — Mon dieu, j’ai goûté les charmes, et je connais le prix de cette médiocrité d’or que vous me vantez après Horace; mais on ne se doit pas seulement à soi-mêiiie , à sa famille ; on a des devoirs à remplir envers sou prince, envers ses concitoyens; et quand on est, comme moi, sur le chemin des honneurs, je pense qu’il y aurait plus d’égoïsme que de modestie à les fuir. .Te vous dirai , à vous , mon cousin, ce que je n’ai pas encore osé dire à ma femme, que l’habitude a, pour ainsi dire, confinée dans la vie domestique ; Je suis à la veille d’obtenir une très grande jilaee et toutes les dignités qui l’accompagnent. Quelle excuse, quel prétexte même aurais-je pour la refuser? Je vous le demande à vous-même, en vous priant de vous rappeler que