AMBITIEUX
j’ai quarante-cinq ans, et qu’un de mes aïeux a occupé le poste éminent que l’on paraît vouloir m’offrir. — Puisque vous me permettez de m’expliquer francliemcnt, je vous répondrai qu’il est telles circonstances où les hommes en place qui se croient élevés ne sont qu’en l’air, et où les services que l’on peut rendre, avec les intentions les plus pures et le zèle le plus ardent, ne peuvent balancer le mal que l’on peut faire par le défaut d’expérience, de lumières et de talents supérieurs qu’exigeait alors une place de cette importance pour être dignement remplie; et, puisque vous parlez de votre illustre aïeul, je dois vous montrer, dans sa réputation même, l’écueil où viendra nécessairement échouer la vôtre. On s’armera de sa force contre votre faiblesse; et, feignant de vous mesurer avec lui , ou vous rabaissera de toute sa hauteur. — Avec de pareilles craintes, les descendants d’un grand homme se verraient toujours condamnés ù l’obscurité. — Non ; mais ils doivent éviter de briguer une gloire parralléle.... — On ne peut juger les hommes que par comparaison avec leurs contemporains; et, comme dit Cicéron : Que les grands soient un modèle pour le public, c'est tout ce qu'on leur demande. ' — En voyant de près ces grands au milieu desquels vous
' Osteris specimen esta; quod si omnia.
Pensées de Cicéron.
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allez vivre, vous en serez bientôt désabusé. Pour se désenivrer, il suffit, à ce qu'on assure, de dormir à l’ombre de la vigne : vous reconnaîtrez la chimère après laquelle vous allez courir ; mais vous ne serez pas maître de renoncer à sa poursuite. Fontenelle a fort bien comparé la soif de l’ambition à celle de riiydropique, qui s’irrite et s’accroît à mesure qu'on cherche à la satisfaire n
.le rais en usage tout ce que mon esprit, mon cœur et ma nuimoire purent me fournir d’arguments, pour démontrer à Sergis qu’il avait déjà fait un mauvais marché eu troquant son château contre un hôtel , et qu’il se préparait à en faire un bien plus mauvais encore , en échaugeaut le bonheur dont il jouissait contre de brillantes illusions auxquelles il avait déjà fait le sacrifice des sentiments les plus doux, et qui finiraient par exiger celui des devoirs les plus cbei’s. Le raisounemeut qui ne sait que convaincre l’emporte rarement sur la passion qui persuade. Mon cousin trouva que je prêchais à merveille, me remercia de mes conseils, et ne les suivit pas.
J’avais été long-temps sans le revoir. La voix publique m’apprit le double maliicur dont il avait été frappé coup sur coup : il avait marié sa fille à un homme puissant, qui fut disgracié et forcé de s’expatrier un mois après son mariage; son fils, dont il avait forcé l'inclination pour le faire entrer au
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l’ambitieux.
service, avait été tué en duel en prenant la défense de son beau-frère, attaqué dans son honneur par un de ses camarades.
Je sentis tout ce que ma vue pouvait avoir de pénible pour M. de Sergis dans les premici's moments de sa douleur; je me contentai de me faire écrire à sa porte.
Mon procès, à la veille d’être jugé, et dans lequel il doit intervenir comme un des héritiers de la dame qui plaide contre moi du fond de son tombeau, me força, ces jours derniers, de me présenter chez lui. Jamais contraste plus affligeant n’avait frappé mes yeux: madame de Sergis, chez laquelle je fus introduit d’abord, et que j'eus de la peine à reconnaître, tant le cliagrin avait altéré ses traits, portait, contre l’usage, le deuil de son fils; l’empreinte aride du désespoir était sur sa figure. Elle retrouva quelques larmes en me voyant. Quelle autre consolation pouvais-je lui donner que de pleurer avec elle? En contemplant cette femme adorable (que j’avais vue, quelques mois avant, la plus heureuse des épouses et des mères), flétrie par la douleur, sans famille, seule au milieu d’un palais où le désespoir habitait avec elle, je faisais de douloureuses réflexions; la présence de son mari m’en fit naître de bien amères.
Je le trouvai dans im cabinet où je ne parvins qu’en traversant la foule des solliciteurs qui se près-