‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 37 sur 65 · I.ES CONSOI.ATIOXS · texte numérisé non relu

I.ES CONSOI.ATIOXS

taie disposition, il laquelle je suis plus enclin que personne, et dont j’ai fait de bien ernellcs éprouves. .le ne crains pas moins de me distraire de la triste contemplation d’un mallieur peisionuel que de la vue de riraa{»c la plus riante, le mets une extravagante vanité à m’exagérer la nature, l’étcuduc, la durée de mes maux , et à m’écrier, comme Oreste :

Mon inallipiir, h la fin, passe mon espérance!

.Te sens peut-être les mallieurs publics avec plus de vivacité, avec plus d’exagération encore ; mais, |>oiir ceux-là du moins, je ne me refuse pas aux consolations qu’on peut m’offrir.

.l’étais absorbé dans ces méditations, et toutes les calamités auxquelles la France est en proie se déroulaient à mes yeux sous l’aspect le plus effrayant. Mon voisin, M. ITinême, le pbilosopbc encyclopédiste dont j’ai dtja parlé plusieurs fois, entra chez moi eu fumant son cigare , précédé de Zaméo, qui ne manque jamais de servir du tlié quand il le voit paraître.

«Quel air sombre! me dit-il; êtes-vous malade? — Je suis désespéré. — Que vous est-il arrivé? — Il est bien question de moi!

Laissons notre infortune;

Un citoyen riVst rien dans la perte commune.

Ilegardcz, continuai-je eu lui montrant un papier

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sur lequel j’avais esquissé en quelques lignes le tahlean de notre situation financière, morale, et politique. — Voilà, me dit-il froidement après avoir lu, un résumé très exact ; j’y compte tous nos désastres, j’y trouve toutes nos pertes, j’y vois d’un coup d’œil toutes nos craintes: la colonne des déliés et tlnminnijes est bien remplie, bien complète; mais celle des voies cl moynis n’est pas même tracée. Vous portez tout en dépense, et vous ne mettez rien en recelle; ce n’est pas le moyen d’établii' un bilan. Procédons dans l’ordre ipie vous avez suivi.

«Voire article Jinanees, piM'iueUez-rnoi do vous le dire, annonce un bonimcqui n’a jamais administré <|uc celles d’une peuplade de Caraïbes. Après avoir exprimé nol re passif \>av une file de chiffres, où vous n’ètcs pas à cela près d’un on de deux zéros, de votre autorité privét; vous nous déclarez insolvables; «•t moi qui ai vieilli dans l'étude de l’économie polili(|ue, moi qui n’ai pas craint de lutter coi*ps à corps, dans ce genre d’escrime, avec les Necker, les Calonue, et même avec les Cambon, qui travaillaient si singidièreraent un royaume en finances, je ne vous demande que dix minutes pour vous démontrer, autant qu’une chose peut l’être au monde, que la France, tout épuisée qu’elle est, peut se libérer en trois ans, si l’on veut s’entendre sur les moyens, se concerter sur les efforts, et ne pas .s’obstiner bêtement à s’atteler aux vieilles routines dans

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les circonslauces lout-à-fait nouvelles où nous nous trouvons. »

Le système de M. Binôme, dont les résultats me j>

parurent incontestables, repose sur une série de calculs qui ne peuvent trouver place ici.

«.le suppose, lui dis-je, qu’il soit prouvé que, dans un espace de temps aussi court, nous puissions combler l'abyme de nos finances, rétablir nos relations commerciales, recouvrer, en un mot, notre e.xistence politique; recouvrerons-nous jamais une prépondérance que nous assuraient en Europe la supériorité de notre industrie, la gloire de nos armes, et sur-tout celle de nos arts? — Mais, d’abord, comment prouvez-vous que nous l’avons perdue? l^a marebe de l'industrie n’est point susceptible ’

de pas rétrogades ; on ne revient pas au.\ grossiers procédés de l'enfance d’un art dont on a inventé ou seulement connu les perfectionnements. Quant à la gloire, elle est immortelle du moment qu’elle est acquise; quelques abus que nos ennemis puissent . faire d’un caprice de la fortune, ils ne parviendront pas à faire oublier à la postérité les prodiges de l’héroïsme français, dont chacune des villes, chacun des fleuves de l’Europe, retrace par son nom seul l’impicrissablc souvenir: la chute même d’un état ne peut anéantir sa gloire: les barbares ont détruit l’empire romain, et Rome, dans l’histoire, est restée la maîtresse du monde.

LES CONSOLATIONS

U — Sans doutfî, vous nous réduisez aussi à aller clierclier dans nos souvenirs des consolations pour V les pertes irréparables qu’ont faites les sciences, les

lettres, et les beanx-ar(s?

« — De quelles pertes parlez-vous? On vous a enlevé, contre la foi des traités, des tableaux, des statues, qui ne vous a|)partenaicnt qu’à ce titre. Vous aviez ouvert un Panlliéon à des dieux étran(jers qui n’avaient plus ni temples, ni culte, ni adorateurs chez les autres nations ; ce que vous avait donne la victoire, la force vous l’enlève ; mais ravira-t-elle à la Fimnee ce feu créateur auquel le génie des arts allume aujourd'bui son flambeau? — (Chaque jour nous le voyons ]>âlir. — .iamais il u’a brillé d’un éclat plus vif. — Vous aurez plus de peine à me convaincre sur ce point que sur celui des finances. On peut, en administration, se faire un crédit qui tienne lieu de richesse; on ne peut, dans les arts, .s’en créer un (jui tienne lieu de chefs-d’œuvre. — Ces chefsd'œuvre existent ; je me charge de vous les faire connaître, et je veux vous forcer de convenir qu’au moment où vous déplorez leur ruine les arts jettent dans notre patrie les fondements d’une gloire toutà-fait nationale, qui u’a rien à craindre des coalitions. Je ne vous demande pour cela que de me lai.sser le maître de disposer de vous pendant dcu.x ou trois joui-s. »

J’acceptai la proposition de mon encyclopédiste:

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