‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 40 sur 65 · UNE PENSION BOURGEOISE · texte numérisé non relu

UNE PENSION BOURGEOISE

l’effroi commençait à me fjagner: fort heureusement la cuisinière, entrant sans façon, vint demander une bouteille de vin pour mettre dans la matelote. La dame, qui sentait l'inconvenance de s’abais.ser devant nous à ces details domestiques, renvoya Madeleine assez durement : celle-ci prit de l'humeur, traita la mai.sou de haraquc, et commençait à parler des di.v-huit mois de gafjes qui lui étaient dus; on sonna fort à propos pour lui donner le temps d’exlialer sa colère en allant ouvrir. Madame Dubourg s’empressa de nous apprendre « que cette femme avait été nourrice d’Amélie, et que cet avantage lui méritait des égards dont elle abusait quelquefois. »

Cinq heures .sonnant, une espèce de jockey de louage, qui n’avait pas cncorê*paru, annonça M. le vicomte de la F’oulinière, l’homme le plus exigu que je me ra[)pclle avoir jamais rencontré; on lui offrit un fauteuil, qu’il refusa pour aller se placer devant la cheminée , où il parvint , en écartant les deux basques de son habit, à nous priver, sinon de la chaleur, du moins de la vue des deux tisons opposés bout à bout, et qu’il n’aurait fallu que rapprocher pour leur faire prendre feu : « Eh bien ! votre affaire, M. le vicomte? lui dit madame Dubourg. — Pas plus avancée que le premier jour, répondit-il: je sors des bureaux; il n’est pas plus question de moi que si je n’existais pas: d’honneur! (continua-

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t-il avec un sourire dont la suffisance affaiblissait l’ironie) je donnerais un petit écu pour n’ètrc pas placé; cela serait si plaisant, que je serais, Dieu me pardonne, le premier à en rire!... "

Les autres convives arrivèrent è la file. Plus heureux que moi, mes lecteurs n’auront pas besoin de dîner avec eux pour les connaître. Celui qui vint distraire mon attention, déjà fatiguée de l’éprenve à laquelle M. le vicomte l’avait mise, était une espèce d’intrigant, se disant homme d’état et d'affaires; à l’en croire, c’est un ardent ami du bien public : Gréville assure qu’il ne se trompe que d’une particule, et qu’il est, en effet, très ami du bien du public. Cet lioinnic, qui est familier, et non pas habitué de cette maison, est doué d’uue oreille si fine, qu’il entend ce (|u’on pense en ^^utant ce qu’on dit : l’emploi qu’il fait de cette faculté précieuse ne sera jamais estimé dans le monde tout ce qu’il peut valoir.

L’homme d’affaire amenait avec lui une vieille dame et une petite fille de dix ou douze ans, dont l’accent picard trahissait l’origine. » Il ne manquait qu’une très petite formalité à l’extrait de baptême de cette dernière pour qu’elle appartînt à l’une des premières familles de France, et c’est contre cette omission, consacrée par un jugement inique du tribunal d’Amiens, qu’elle venait, par l’organe de sa grand’mère et de l’avis de son conseil , réclamer à Paris devant les tribunaux supérieurs. Ij’injustice

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