UNE PENSION BOURGEOISE
de mademoiselle Amélie, qui parut lui savoir gré d’une complaisauce dont je n’avais ni l’esprit ni l’aniour-proprc de me féliciter.
.Te ne parlerai pas du dîner le plus mauvais que j'aie fait de ma vie ; ce que j’ai dit des convives suffit pour donner une idée de la conversation. .Jamais je n’avais entendu tant de sottises, de trivialités, d'impertinences de toute espèce. fJréville, qui .sc contentait d’en fournir le texte, fit tomber l’entretien sur le mariage. Madame Dubourg établit en principe, en s’adres.sant à moi plus particulièrement, qu’il n’y avait de bonheur que dans l'alliance d'une femme jeune avec un homme âgé. Mademoiselle Amélie s’avisa d'être tout haut de l’avis de sa mère.
Le poète se permit d’abord quelques quolibets d’usage sur les inconvénients d’une pareille union; mais nn coup d’œil de riiommc d’affaires que je surpris, sans en deviner encore le véritable motif, lui fit tout-à-coup changer de langage, et tout le monde tomba d'accord en un moment qu’il n’y avait rien de plus convenable, de plus intéressant qnc le mariage d'un beau vieillard avec une jeune fille.
En cherchant quel pouvait être l’objet d’une semblable mystification , je m’arrêtai à l’idée qu’on avait des vues sur M. le vicomte, pour la fille de la maison, et je me penchais à l’oreille de M. de Gréville pour lui faire part de mes soupçons, lorsque je crus sentir (j’en ris encore eu y songeant) une légère pre<^-
UNE PENSION DOCRCEOISE. 225
lion du genou de mademoiselle Amélie contre le mien. .le tournai les yeux sur elle; les siens se baissèrent avec une modestie si comique , que peu s’eu fallut que je ne trahisse l’amoureux mystère par un grand éclat de rire. .le reconnus dès-loi-s le rôle que je jouais dans la petite comédie que se donnait M. de Gréville aux dépens de ces dames et aux miens.
.Te pris le parti d’en rire avec lui en sortant de table; mais, quoi qu’il pût faire, je ne jugeai pas à propos de pousser la plaisanterie plus loin; et sans égard aux sollicitations de madame Dubourg, qui me flattait de l’espoir d’entendre son Amélie jouer, :i livre ouvert, un concerto de Stcibelt (quelle étudiait depuis dix ans); de la voir danser un holLro avec accompagnement de castagncües; sans faire attention au regard dédaigneusement courroucé que mademoiselle Amélie laissa tomber sur moi, je sortis de cette maison, moins fier de ma conquête que satisfait des observations que j’avais faites. 11 y a des gens et des choses qu’il faut voir; l’imagination ne les devinerait pas.
Ermite de la Guuxe, t. i.
LES JONGLEURS INDIENS
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