‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 45 sur 65 · U;S PASSANTS. 2G · texte numérisé non relu

U;S PASSANTS. 2G

il csl, il'où il vient...; mais ne craignez rien, nia- (larnc, je ne le dirai pas.

De l’aiitre côté du quai, rasant les boutiques, j’observe une jeune fenime enveloppée dans une fourure. Une chaînette d’or, passée à sou bras, soutient une aumônière en cuir de Russie qui parait bien pesante. Déjà je m’intéresse à cette dame : je veux la voir de plus près; je traverse le quai. Sa démarche est vive, son œil fixe est animé d’une expression singulière où dominent le courage et l’espoir. Deux hommes à cheval ont passé près d’elle; la vue de leur uniforme la fait pâlir; elle ouvre une petite montre qu’elle porte à son cou et précipite sa marche... Où va-t-elle? c’est encore une de ces découvertes dont je ne ferai point part à mes lecteurs.

Je reviens à mon poste près du parapet. Quel peut être cet homme long et mince qui marche avec un parapluie ouvert, deux heures après qu’il a cessé de pleuvoir? Sa cravate de couleur est nouée avec bien de la négligence, sa veste est boutonnée de travers ; il agite orgueilleusement sa tête sous le dôme de son vaste parapluie, sans s’apercevoir qu’il accroche tous ceux qui passent, et qui le donnent au diable de grand cœur. Tantôt il mord sa lèvre inférieure, eu élevant les yeux par un mouvement oblique; tantôt il sourit à sa pensée; puis tout-à-coup il s’arrête, tire ses tablettes de sa poche

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écrit quelques mots, et se remet en marche daus une direction contraire à celle qu’il suivait. Tout le monde va croire que c'est un fou, peut-être même un poëte, j’ai observé les mouvements de ses doigts, je ne m’y méprends pas, c’est un mathématicien.

En faisant son évolution, le géomètre a fait tomber le chapeau d'un homme un peu violent de son naturel, à en juger par la promptitude avec laquelle il arrache le parapluie de la main de l'Archimède, et le fait voler par-dessus le parapet. Celui-ci le regarde avec plus d’étonnement que de courroux, et, sans dire un mot, gagne l’escalier qui conduit au bord de la rivière, où son parapluie s’était arrêté; l’autre reprend son chapeau des mains d’un petit savoyard qui le lui rapporte, et auquel il donne une pièce de vingt sous pour sa peine. J’avais eu le temps de l’examiner; il était vêtu d’une redingote bleue, croisée sur sa poitrine de droite à gauche ; la barbe de sa lèvre supérieure paraissait rasée de plus près que le reste, et cependant, par une espèce de mouvement involontaire, il y portait fréquemment le pouce et l’index, comme s’il eût voulu tortiller quelque chose. Cet homme, d’une belle taille, d’une figure sévère, et même un peu farouche , avait dans le maintien je ne .sais quelle confiance qui me parut tenir à l’habitude du commandement. Je ne dirai pas précisément quel est son grade, mais je suis sûr de ne pas me tromper sur son état

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Eu le suivant des yeux avec un intérêt dont il n’est que l’occasion , mes regards tombent sur une jeuue personne qui ne se fie probablement pas à la profondeur d’une capote de velours pour cacher ses traits, car elle tient sur sa bouche un mouchoir de batiste brodé, qui achève de voiler sa figure. Sa démarche légère a quelque chose d’incertain; elle précipite, elle ralentit ses pas; quelquefois elle paraît vouloir s’arrêter; elle lève les yeux et aperçoit de fort loin (autant que j’en ai pu juger ensuite) une personne qu’elle n’avait probablement pas l’intention de rencontrer ; car elle saute plutôt qu’elle ne descend du trottoir, et va se placer, de l’autre côté, dans un groupe de gens assemblés devant l’étalage d’un marchaud d’estampes. Je l’aperçois encore, elle suit d’un regard furtif l’objet qui l’effraie, et qui me paraît, à moî, l'homme du monde sinon le plus agréable, du moins le plus joufflu, le plus frais, et le mieux poudré. J’ai vu le temps ou j’aurais entendu finesse à cette cachoteric ; mais il faudrait aller si loin chercher mes souvenirs, que je crains de mettre ma mémoire à cette pénible épreuve.

Je voyais, depuis un quart-d’bcure, un homme assez mal vêtu rôder le long du pdrajict, s’approcher des gens qui causaient ensemble, en portant les yeux du côté opposé à celui où il avait l’oreille; passer altcruativenicnt d’uii bord du quai à l’autre.

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relire uu petit papier qu'il avait à la maiu chaque fois qu’il rejrardait uu homme au visage. Je ne fus pas étonné de le perdre de vue au moment où il tournait le coin de la rue des Saints-Pères.

Ce grand garçon, en habit bleu-barbeau, dont la brosse a usé le tissu , qui marche du train d’un lioinme qui craint d'arriver, qui va quêtant, à droite et à gauche, des sujets de distraction, qui tire, par intervalles, sa montre d’argent, pour s’a.ssurer combien il a encore de minutes à perdre, est un commis subalterne de quelque administration sur l'autrv ' rive de la Seine. Pour peu que l’on me pressât, je nommerais l’administration , et même le bureau où il travaille.

Celui-ci est plus pressé; il a pris le milieu du pavé pour n’être pas retardé par là foule qui passe sur le trottoir. Un de ses amis le rencontre , veut l’arrêter; il lui prend la main, et s’échappe en répétant ces mots : J ce soir. Avant d’entrer dans une grande maison, vers laquelle U se dirige à pas précipités, je le vois ouvrir un portefeuille dont il tire plusieurs morceaux de papier taillés sm’ le même modèle. Ce jeune homme est un agent de change qui court, depuis sept heures du matin, chez des banquiers, pour prendre ou offrir du papier sur liondres ou sur Hambourg.

Deux hommes marchent ensemble en se tenant parle bras; leur figure me déplaît. L'un s’agite beau-

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coup en parlant très bas à l’oreille de son compagnon qui l’écoute attentivement, et ne lui répond tpe par des secousses de tête qu’il accélère à mesure que l'autre s’échauffe davantage ; il m’est démontré que ces deux hommes, liés d’intérêt sans être amis, avisent au moyen d’en tromper un troisième. Il s’agit d’une place lucrative que celui-ci possède, que veut avoir celui qui gesticule, et dont il partagerait les bénéfices avec son silencieux interlocuteur, à condition que ce dernier ferait les frais du cautionnement. A certain jeu de physionomie, à certain sourire d’une expression diaboli- <|ue dont leur figure s’est enlaidie, je ne suis pas éloigné de croire qu’ils ont en poche une bonne dénonciation contre le titulaire, et qu’ils la portent en ce moment à son adresse.

Ce gros corps dont les mains, appuyées sur la base de l'estomac, font rouler ses deux pouces l’un autour de l’autre; cette tête en boule qui s’appuie sur une épaule; ce regard incertain, où l’impudence se cache sous une feinte modestie; cet air, que l’on voudrait rendre méditatif et qui n’est que sournois; ce maintien, dont l’apparente quiétude laisse percer une agitation secréte, à qui tout cela peut-il appartenir? Je consulterai mon Lavater.

Je me trouve dans la même incertitude à la vue d’un homme à figure maigre et blafarde, vêtu d’un habit dont l’étoffe nouvelle est coupée dans la

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