DEUX VISITES DU JOUI! DE L’aN
directe de StT censure. Cette tourbe de sots et de méchants (dont chacun en particulier craindrait de se faire rcconnaitre par ses plaintes) nomme d’office, parmi ce qu’il y a de plus diffamé dans la bande, des mandataires chargés de défendre, per fas et ncfas, tons les vices, tous les abus, tous les prcju(jés, toutes les sottises qu’ils représentent. Un des moyens les plus innocents que ces enfants perdus emploient contre l’écrivain qui les voue eux et leurs commettants à l’opprobre ou au ridicule, c’est de se retrancher dans quelque asile respectable, et d’acenser ensuite la direction du trait qui vient les y poursuivre; semblables à ces malfaiteurs qui se réfugient daus les églises et crient ensuite au sacrilège contre la justice dont le bras les saisit au pied des autels.
C’est ordinairement derrière leur politique que ces gens-là cherchent à cacher leurs mœurs. Dernièrement j’entendais, en traversant une antichambre, l un des coryphées de la secte se récrier, d’une voix de capucin, contre mon prédécesseur, le bon et loyal M. Guillaume ; et lui reprocher, entre autres délits de même espèce , d’avoir fait , il y a quelques mois, une peinture du Café Monlausier: « Ce n’est pas le tout, lui dis-je avec un peu d’humeur, d’endoctriner en style convenable les laquais qui vous écoutent ou qui vous lisent; il faut un peu de bon sens, mon cher Monsieur, pour accréditer
DEUX VISITES DU JOUR DE I.AN. 279 la calomnie, même parmi la livrée. Celui dont je continue la lâche avait à peindre les mœurs françaises à une époque donnée ; il n’clait pas plus le maitre que je ne le suis moi-même de choisir ses sujets, de dénaturer les événements, ou de passer sous silence des faits de notoriété publique, qui cnti-aient, pour ainsi dire, de force dans le cadre qu’il avait à remplir. Mon prédécesseur a dft parler du Café Monlansier, et des orgies que l’on y célébrait, par cela même que ces orgies, uées des circonstances, pouvaient servir à les peindre. Quant aux couleurs adoucies qu’U a cru devoir employer dans un pareil tableau , ce u’est pas devant des gens de votre espece qu’il faut justifier les concessions que l’autorilé, la politique ou même l’opinion, peuvent exiger de la morale la plus sévère. « Cela dit, je continuai, mon chemin, et j’entrai chez l’honuiie en place à <jui j’avais affaire. Le motif qui m’y conduisait pourra quelque jour me fournir le texte d’un discours sur les importunités. .le me borne aujourd'hui à retracer des scènes d’intérieur.
.l’étais arrivé en France, convaincu qu’il ne m’y restait plus de parents, et que je pouvais en toute liberté de conscience disposer, par testament, du peu que je possède en faveur de ma vieille gouvernante et de mon fidèle Zaméo. Le jour de l’an vient de me révéler l’existence de je ne sais combien de cousins et de cousines de la jiarcnlé desquels je u'iù
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guère d’autre garant que leur parole ou leur carie de visite. Si ces preuves-là ne siifKseiit pas pour leur assurer mon héritage, du moins exigeaient-elles de ma part un échange de politesse auquel je me suis soumis de bonne grâce.
Au nombre des visites de Jour de l’an que j'ai rc-* çues et rendues dans le délai voulu par l'étiquette, il en est deux que j’ai plus particulièrement notées sur nies tablettes coinine véritables types de l’usage considéré dans sa naïveté primitive et dans ses abus progressifs. La visite qui m'avait été le plus agréable est celle que je rendis la première.
Il était huit heures du soir lorsque j’arrivai chez M. Dorier, l’un des négociants les plus riches et les mieux famés de cette ville. Une partie de la famille était réunie au salon autour des grands parents qui eu faisaient les honneurs. Après les salutations et les souhaits d’usage, qui furent reçus avec une bienveillance affectueuse, je m’informai des enfants, auxquels j’avais mes petits cadeaux à distribuer, et que j’étais surpris de ne pas voir autour de leur mère, dans un jour de fête qui leur est particulicrcnieut consacré, u Ils sont en prison, me dit en riant madame Dorier, jusqu’au moment de la surprise. ■> Je demandai (en boninic qui a depuis long- temps perdu de vue son pays et son enfance) de quelle surprise il s’agissait. Pour toute réponse, celte dame me fit passer dans une pièce voisiuc: on y avait
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DF.L'X VISITES DU JOUR DE LAN. 281 dresse une {jrande table, sur laquelle étaient établies les étrennes de la petite famille. Chaque lot était eomposé d’objets analo(;ues au sexe, à r&(i;e, aux inelinations de l’enfant auquel il était destiné, et dont il portait le nom. C’est ainsi qu'une belle boîte à couleurs, un chevalet, des pinceaux et tous les attributs de la peinture, marquaient la place de l’aîné des garçons, qui se distingue déjà dans cet art par un goût très vif et un talent très précoce. Cette salle des étrennes était éclairée par des arbustes verts, aux rameaux desquels étaient suspendus des veri'es de couleur.
Toutes les dispositions faites, à un sign.il donné en musique, la chambre où les enfants étaient enfermés s’ouvrit, et ils se précipitèrent dans le salon. Ils avaient d’abord voulu mettre de l’ordre dans leur empressement; mais, en un moment, toutes les règles furent oubliées, et ce fut à qui se jetterait le premier dans les bras de son père et de sa mère. Quand on commença de part et d’autre à se reconnaître, chacun à son tour débita son compliment et présenta son petit chef-d’œuvre à l’aiguille, à la plume, nu crayon ou au pinceau.
11 était aisé de voir que les éloges que l’on prodiguait aux jeunes auteurs n’étaient pas ce dont ils étaient le plus avides. Les deux battants de la porte de la salle aux étrennes s’ouvrirent avec fracas: on peut se faire une idée derenebantement de la petite