‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les moeurs. Tome 6 (volume 5)Chapitre 54 sur 65 · XXVII. [10 JANVIER · texte numérisé non relu

XXVII. [10 JANVIER

LE TROl SSEAU DE LA MARIÉE.

tic ihat has a wife and chitdren has given hastagci to fortune f for thejf are impedimenlt to great enterpriscSf whelhrr in the wajr of virtue or wickedness.

Baco.x, Essais.

Celui qui a une femnie et des enfaoti a donné de» ôtage» i b fortune ; car cette condition de père et d'époux est un obstacle aux grandes entreprises, soit dans la carrière du vice, soit dans celle de la vertu.

« Voulcîv-vous savoir si une action qui vous paraît indifférente est en effet bien ou mal en soi? demandez-vous quel serait pour la société, le résultat d’une résolution prise à-la-fois par tous ses membres de faire cette même action. Cette méthode facile résout, d’un mot, ces questions. que j’ai si souvent entendu agiter: L’état du mariage est-il préférable à celui du' célibat? Vaut-il mieux avoir des enfants que de mourir sans postérité? On voit, d’un coupd’œil, à quel résultat conduirait l’application de la règle que je viens de poser.

« S’il n’est pas permis de mettre en doute l’utilité

288 LE TROUSSEAU DK LA MARIÉE, tlii mariage considéré dans scs rapports généraux, il n’est pas défendu d’en peser les inconvénients dans l'intérêt particulier de ceux qui l’embrassent.

« On aura beau répéter <juc le mariage est une loterie ; les lots gagnants y sont assez nombreux pour justifier les mises, et je n’admets, en principe, aucune des raisons que l’on fait communément valoir en faveur du célibat. Une indigence égale entre deux personnes qui se conviennent à tout autre égard ne me semble même pas devoir être un obstacle à leur union; car je ne serais pas embarrassé de prouver qu’eu mariage, comme en algèbre, deux quantités négatives, multipliées l’une par l’autre, donnent un résultat positif.

■ On fait toujours bien de se marier; mais, dans l’état actuel de nos mœurs, cela devient chaque jour plus difficile. Depuis que les femmes de toutes les classes sont devenues des objets de luxe, on est obligé de consulter sa fortune avant d’en faire la dépense. Jadis, il n’en était pas ainsi; les noms vieillis de ménage, de ménagère, indiquent encore le but d’économie que l’on se proposait en se mariant, et l'une des qualités que supposait le titre d’épouse. »

Mon voisin Binôme, qui me parlait ainsi, termina par un profond soupir des réflexions qu’il avait jetées comme phrases incidentesdans une conversation où elles n’étaient pas amenées. Je lui en

LE TROUSSEAU DE LA MARIÉE. 281J fis la remarque, en le priant de m’expliquer la canse de cette préoccupation d’esprit que je remarquais en lui depuis quelques jours.

U Je me ruine , mon ami, répondit-il : je marie ma fille à un homme puissamment riche, qui la prend sans dot. — Je ne vois pas ce qu’il y a de ruineux dans une pareille affaire. — C’est demain que nous passons le contrat; vous me ferez le plaisir de venir y signer comme témoin , et vous aurez bientôt deviné l’énigme que je vous propose. »

J’arrive de bonne heure pour me trouver un moment en famille. Elle était réunie dans le salon , décoré avec une élégance moderne qui contrastait singulièrement avec sa forme et ses dorures anciennes. D’un premier regard j’embrassai l’ensemble du ta-^ bleau. La jeune prétendue, dont la figure espiègle, plus agréable que régulière, perdait quelque chose de sa grâce et de sa vivacité sous un air de contrainte qui ne lui était pas naturel, était assise près de sa mère, occupée sans cesse à retoucher quelque chose, tantôt à la coiffure, tantôt à la collerette de sa fille, qu’elle ne se lassait pas de regarder. Mademoiselle Amélie, à qui l’on paraissait avoir eu beaucoup de peine à faire entendre qu’un extérieur posé, réfléchi, était de rigueur en pareille circonstance, n'osait lever les yeux sur son frère, qui lui faisait des mines propres à déconcerter sa gravité de commande. I/ami Binôme se promenait à grands pas.

Ermite de t. i.

2yO LE TROUSSEAU DE LA MARIÉE.

les mains derrière le dos , en causant avec sa femme. « Mon ami, il faut faire comme les autres, disaitelle lorsque j’entrai. — C'est le moyen de faire beaucoup de sottises; demandez plutôt à l’Ermite, continua-t-il eu m’apercevant; je le prends pour juge. — Il n’y a plus rien à juger , reprit en riant madame Binôme: on ne peut revenir sur ce qui est fait. — Soit, répondit-il, mais il est toujours temps de savoir si l’on aurait pu mieux faire.. — Dans ce cas, poursuivit madame Binôme, je veux poser la quc.stion moi-même, car vous avez une manière de présenter les choses qui les dénature un peu, soit dit sans vous fâcher.

‘•Voici, ajouta-t-elle en me faisant asseoir, de quoi il s’agit entre nous; il s’est présenté pour ma fille un parti tel que l’amour d’une mère aurait à peine osé l’espérer; un jeune homme d’une famille distinguée, d’une figure charmante, qui aime passionuément Amélie, dont elle est elle-même très éprise, qui joint à beaucoup d’esprit, de qualités et de talents une fortune considérable dont il est maître, et qu’il offre avec sa main à mon Amélie sous la condition expresse qu’il l’épou.sera .sans dot; une pareille proposition n’était certainement pas de nature à être refusée. Notre consentement ne se fit point attendre, mais il était juste que nous cherchassions uu dédommagement au petit. sacrifice d’amour-propre que nous avait imposé notre gendre

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LE TROUSSEAU DE LA MARIEE. 29 1 futur. Ma fille ne recevait point de dot, j’ai cru convenable de lui faire un trousseau qui lui en tint lieu, un trousseau que l’on pût présenter à la famille opulente dans laquelle Amélie est sur le point d’entrer; eu un mot, un trousseau qui pût aller de pair avec la corbeille de mariage qu’elle a reçue. Voilà ce qu’il était convenable de faire, ce dont nous étions convenus avec M. Binôme, ce que j’ai fait, et ce qu’il appelle maintenant une folie.

K — Entendons-nous, madame; nous étions convenus du principe , mais non des conséquences que vous en avez tirées. .le trouvais tout naturel qu’en pareille circonstance nous fissions les choses génércusemeut; mais vous ne m’aviez pas dit qu’il m’eu coûterait plus pour donner un trousseau à ma fille qu’il ne m’en aurait coûté pour lui donner une dot; vous ne m’aviez pas dit que ce trousseau se composerait de quelques chiffons dont il ne restera pas vestige dans deux ans; vous ne m’aviez pas dit que je serais obligé de vendre ma belle ferme de la Bcauce pour payer quelques aunes de perkalc et de mousseline.

« — Mais, monsieur, on n’habille point une femme avec de la laine et du chanvre, et quand on marie une fille de dix-huit ans, destinée à tenir un grand état dans le monde, il faut se conformer au goût qu’elle doit avoir, et à la mode qu’elle doit suivre.

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