Ç)2 LE TROUSSEAU DE LA MARIÉE
« — Cette mode a donc bien changé, madame, depuis le jour où j’ai eu l’honneur de devenir votre époux? Vous n’aviez que dix-sept ans; vous m’apportiez cette maison en dot, et je me rappelle que votre trousseau, que l’on citait pour son élégance et sa richesse, remplissait ce même salon où nous sommes, et ne coûtait pas la cinquième partie de celui de votre fille, exposé tout entier sur le divan de votre boudoir.
« — Les mœurs, les usages d’un temps ne sont pas ceux d’un autre; j’avais très bonne grâce avec des paniers, qui siéraient très mal à ma fille; et l’on ne se lassait pas d’admirer ma robe de noces, dont j’ai fait depuis un fort bel ameublement.
« — J’ai pour principe, ainsi que vous, ma chère femme , qu’il faut se conformer au temps où l’on vit, mais l’usage a ses abus, et la sagesse est de s’en garantir. Je n’aurais point exigé que vous donnassiez à votre fille un trousseau composé , comme le vôtre , de huit douzaines de chemises de cretonne superfine, de quatre douzaines de jupons piqués, de vingt paires de poches de hasin de Hollande, de baigneuses en point d’Alençon, etc.; je n’engage point AméUe à faire à son époux futur le cadeau que j’ai reçu de vous le jour de mes noces, d'une chemise garnie de dentelle, d'une coiffe de nuit et d un nœud d’épée; mais, en prenant exemple sur ce qui se fait aujourd’hui, je me .serais réglé sur ce qu’il y a de
LE TUOüSSEAU DE LA MARIÉE. agB mieux dans notre position, et non, pcrmettcz-moi de vous le dire, sur ce qu’il y a de plus extravagant....
« — Je ne veux répondre à cette accusation d’extravagance, interrompit madame Biuôine, qu’eu mettant sous les yeux de riirmitc les preuves que l’on en donne. »
A ces mots elle se leva, et nous la suivîmes dans le boudoir, où toutes les parties du trousseau , nouées avec des faveurs roses et séparées par des bouquets de fleurs artificielles de chez Batou ', étaient rangées avec beaucoup d’art sur une table recouverte d’un tapis de mousseline. Nous en fîmes l’inventaire; madame Binôme nommait les pièces, et son mari, le mémoire à la main, indiquait les prix:
Deux douzaines de chemises de batiste brodées.
garnies de Valencienne, à i 4 o francs la pièce,
ci 3 , 3 Gofr.
Deux douzaines de mouchoirs de batiste à points à jour, à loo francs le mouchoir 2,4 oo
Douze jupons de dessous (tout ce qu’il y
a de plus simple), à 90 fr. Ja pièce. . 1,080
Une seule douzaine de jupons brodés, garnis de dentelle, un peu moins simples, à 3 oo fr 3,600
' Famfiix marchanil tic fleuri.
io, 44 ofr.
jy4 LE TROUSSEAU DE LA MARIÉE.
D’autre part. . . . io, 44 ofr.
Une douzaine de fraises, guimpes et pèlerines du matin, à 200 fr. l’une dans
l’autre 2,400
Camisoles de lit brodées, une douzaine
à 3 oo fr. la pièce 3 , 6 oo
Deux douzaines de madras, à 5 o francs. 1,200 Deux douzaines de paires de bas de soie, à 25 francs. — (Il n’y a rien à dire à .
cet article 600
Deux douzaines de paires de bas de coton. — (Les bas de soie, pour s’habiller, ont coûté 25 fr. la paire; les bas de coton pour le matin en coûtent 5 o :
rien de plus raisonnable!) 1,200
Une douzaine de taies d’oreillers, garnies
de dentelle, ;i 200 fr. la pièce 2,4oo
Quatre couvre-pieds en perkale, garnis
de dentelle, à 600 fr. pièce 2,400
Un couvre-pied de parade, point de
Bruxelles 3 ,ooo
Deux robes de cachemire blanc, l’une à bordures pour le matin, l’autre à palmes pour le soir, à 1800 fr. la robe. 3 , 600 Deux néres/ans( redingotes en mérinos). 800 Douze robes de mousseline ou de per-
3 i,G 4 ofr.