AUX RIVES UE LA SEINE
il était sur le point de faire l'acquisition, et dont on lui demandait un prix considérable. J'étais pressé; mais, entre amis, il est des services qu’on aurait mauvaise (jrace à se refuser, sur-tout quand celui que l’on exige de vous est une sorte d’hommage qu’on vous rend.
U J’ai la réputation d’être grand connaisseur en fait de chevaux; je la soutins en cette circonstance, en découvrant à l’un des pieds du cheval en vente une sc/me qui se continuait jusqu'à la pince, et que l’on avait habilement déguisée à l’aide d’un corps gras et onctueux dont on l’avait enduite.
«Les débats auxquels cette découverte donna beu entre le maquignon et moi prirent beaucoup de temps, et la certitude d’arriver au second service dans la maison où j’étais attendu me détermina à diucr avec mes amis chez le restaurateur.
« Le repas fut bruyant et ennuyeux. On traita sérieusement les plus insignifiantes bagatelles, et voulant éviter de se quereller en parlant politique, on trouva moyen de se disputer à propos de candidats à l’Académie, du cheval le Régent, des bateaux à vapeur, et de madame Strina-Sacchi. Je m’esquivai entre deux bouteilles de vin de Champagne.
« Les deux premiers actes de P/iédre étaient joués quand j’arrivai aux Français, et j’avais perdu l’admirable scène de la déclaration, que mademoiselle DiichesnoU joue avec une supériorité de talent à
UNE JOURNEE
laquelle j’ai de la peine à croire que mesdemoiselles Cilairon et Dumesnil aient atteint dans le même rôle. La salle était pleine; j étais mal placé au balcon, et je n’avais pas la moindre envie d’entendre le marivaudmje qu’on nous promettait pour seconde pièce. Je sortis, et j’entrai à l’Opéra; on y donnait un vaudeville. J’allai au Vaudeville, on y jouait uue farce des Variétés. Je courus aux Variétés, on y achevait une mauvaise parade, indigne des derniers tréteaux d’une foire de province.
U Je me rends à dix heures et demie chez madame de Lorys; j’espère in’y dédommager de tout l’ennui, de toutes les tribulations d’nne journée insipide et fatigante. Un mot de madame de Scsanne m'avait appris la veille qu’elle devait passer la soirée chez sa tante. Je ne connais pas de plus grand bonheur au monde que de me trouver avec madame de Sesatine ; mais elle ne manque jamais une repré-
sentation des Bouffes, et je me croyais sûr d’arriver avant elle... Nouveau désappointement, plus cruel que tous les autres; madame de Scsanne, qui n’avait vu qu’un acte du Mariage secret, m’avait précédé d’une heure chez madame de Lorys; et piquée de mon peu d’empressement, elle s’était placée à une table de revers! de manière à ce qu’il me fût impossible d’approcher d’elle. Ce caprice, où la vanité n:c paraissait avoir plus de part que le sentiment, me donna l’idée d’une petite vengeance dont