BONNEVAL, ET DREUX. 7I
dire une monotonie de beaux paysages et de sites ravissants, trompait pour moi les ennuis d'une route, dont mon observation, ordinairement si minutieuse , n'avait pas le temps d’examiner curieusement les détails. Avant d’arriver à Vendôme, j’eus soin de feuilleter un excellent jinnuaire du départemeut, que j’avais emporté avec moi. J’y trouvai que le premier comte de Vendôme fut un Montmorency; que les comtes du Vendômois avaient le droit de battre monnaie; que ce domaine étant rentré dans l’apanage royal, Henri IV le donna à son fils naturel, César de Vendôme, né de Gabrielle d’Estrées; que dans cette ville, aujourd’hui peu importante, le parlement s’est assemblé deux fois: en 1237, pendant la minorité de saint Louis, et en 1458, sous Charles VII, pour juger le duc d’Alençon, accusé d’avoir voulu livrer la France aux Anglais. I^es débris d’une tour. antique, que mon livre décorait du nom de tour de César, reçurent mon tribut d’admiration, que méritait bien la situation imposante de ces ruines, dont la fabrique eût fait honneur à l’imagination d’un grand peintre. J’étais prêt à descendre pour les observer de plus près quand le fouet du postillon me rappela la nécessité de voyager rapidement , à laquelle je m’étais [astreint par mon long séjour dans le Blaisois. Le paysage, à mesure que je m’éloignais de la Tou-
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raine, prenait un earaetère moins riant et plus sauvage. Mous primes des relais à Chàteaudun, où j’aceeptai, pour compagnon de route, un voyageur de mon âge et d’assez bonne mine qui se rendait à Chartres. Je bénissais le sort qui interrompait enfin ma solitude, et je cherchais à deviner, d’après les indices extérieurs, quelle pouvait être la profession de l’inconnu, quand il entama lui-même la conversation, me dit qu’il était marchand de bois à Chartres, m’entretint de la coupe des forêts et de la juste crainte que lui inspirait la destruction successive des plus beaux bois de la France.
U Je viens, me dit-il, de visiter, en passant par Chàteaudun, un oncle âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans , à qui Dieu prête vie (on voit que Uieu lui a déjà fait d’assez fortes avances); il justifie très bien la réputation que Chàteaudun s'est acquise: c’est la ville de la vieillesse. L'air y est si pur, la situation en est si élevée que la mort semble n’y pouvoir suivre la marche du temps. Un homme qui mourrait ailleurs à quatre-vingts ans est sûr de gagner cinq ou six années en venant s’acclimater à Chàteaudun : telle est du moins la croyance populaire; et l'existence de mou oncle, iufirme depuis dix ans, et dont la santé s’améliore à l’âge on elle a coutume d’empirer, la confirme entièrement.
— Une ville où la vie se conserve si long-temps