‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 8Chapitre 14 sur 79 · CHATEAU D’ANET · texte numérisé non relu

CHATEAU D’ANET

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Monument «i’uoc pauioo dont il aurait dA cacbrr U honte.

.lamais illusion ne fut plus couipléteque la mienne, et jamais je ne vis une espérance plus complètement déçue. Sans professer une grande vénération pour le souvenir de la belle Diane de Poitiers, pour l'extravagant Henri II, et encore moins pour son père, le prodigue François I", je me promettais quelque plaisir d'une promenade solitaire au milieu des monuments de leur grandeur et de leur galanterie. Qu'on juge de mon désappointement', lorsque, après avoir déclaré que je ne repartirais qu’à midi, je demandai que l'on me conduisit aux ruines du château, et reçus pour toute réponse que ces mines

■ Il faudra bien que l'Académie finisse par adopter ce mot, qui n’a point d’équivalent dans notre langue.

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n'existaient plus! «N<»,raonnear, ajouta an prêtre, dont la physionomie était celle qu’un romancier eût prêtée au curé du viDage; les Vandales n’ont pas laissé pierre sur pierre, h chapelle même n’a pas été respectée. On a tout détruit pendant la révolution. » La tirade dn caré (car c'était lui -même) devint si véhémente , que je me crus obligé de lui hure observer que la démolition des cbatcanx était un acte de baHbarie, que j'en convenais avec lui, et que je le lélicitais du zèle pour les beaux-arts et pour les souvenirs poétiques, dont ses regrets attestaient la véhémence, bien que ce palais magique, dont il déplorait la perte, eût été témoin de plus d’une scène profane et scandaleuse qui eût pu attirer l’anatbème d’un prêtre moins tolérant.

En dépit de l’embarras que cette remarque incidente lui avait causé, le curé m’invita fort poliment à me reposer dans son presbytère, où je pourrais feuilleter à loisir quelques vieux livres contenant rhistoire du château d’Jnel. J’acceptai sou offre, et j’y trouvai une sorte de compensation à la contrariété que je venais d'éprouver.

Je résumerai en peu de mots les renseignements que m’ont fournis, sm le bourg d’Anet , les Mémoires historiques du P. Anselme, l'Histoire chronologique du pays charlrain, et autres ouvrages dont la vénérable antiquité sonuueillait dans la petite bibliothèque du pasteur.

LE CHATEAU d’aNET.

Anct, bourg situé à dix lieues de Chartres, dans un vallou fertile, n’est connu dans l’histoire que vers la fin du quinzième siècle. Henri II, épris des chaiTiics de cette Diaue de Poitiers , belle encore à quarante ans, et long-temps inaitresse de son père et de la cour de France, fit construire pour elle, par Philibert Delorme, le plus fameux architecte de l’époque, un château magnifique, entouré d’un parc, et dont tous les ornements devaient offrir l’image symbolique de la passion tout au moins bizarre qu’il avait con<,'ue pour elle. Une statue colossale de Diane chasseresse surmontait la porte d’entrée; l’arc, le carquois, les flèches, et le croissant, attributs de cette déesse, se reproduisaient sur toutes les frises, dans tous les tympans des colonnes, et couronnaient toutes les architraves. La lettre H , enlaeée avec le double caractère DD, se présentait par-tout aux regards; les meubles, les vitraux, la mosaïque des parquets, portaient les mêmes signes allégoriques, et le délire d’un enfant de dix-huit ans prodiguait dans ces somptuosités inutiles, gages et preuves d’un amour sans bornes pour une femme qui aurait pu être sa mère, les trésors du peuple et ceux du souverain.

Si l’on doit juger de la puissance que Diane de Poitiers exerçait sur les cœurs, d’après le long et honteux esclavage qu'elle imposa à son jeune amant, nulle femme n'a porté plus loin l’art de séduire et

LE CHATEAU D’aNET.

d'enchaîner. La vie de Henri II s'écoula aux pieds de la sénéchalc. Telle est l’impudeur des historiens et leur respect pour les vices ou les faiblesses qui se cachent sous la pourpre, qu’ils ont flatté Diane de Poitiers même après sa mort. Ils la représentent comme l’ange sauveur de ce roi sans couronne, comme sa providence tutélaire : les guerres horribles qui suivirent la mort de Henri II prouvèrent toute la bassesse de ces adulations, et la ruine des finances s’éleva hautement contre les prodigalités de Henri II et de sa maîtresse.

Brantôme donne beaucoup d’éloges à cette fem me hautaine, séduisante, et habile. .Te ne peux accepter, dans toute leur extension, les jugements d’un vieux courtisan sans opinion personnelle, qui raconte et loue, avec la même légèreté, la vertu, le crime, la faiblesse, et la honte. Cependant, sans lui accorder une foi implicite, on peut, sur son témoignage, croire que cette femme célèbre joignait à l’éclat de sa beauté quelques qualités du cœur. U Je la vis, dit-il, six mois avant sa mort, à soixante ans , si belle encore que je ne sache cœur de rocher qui ne s’en fftt ému. Quoique auparavant elle se fût rompu une jambe sur le pavé d’Orléans , allant et se tenant à ebeval aussi dextrement et dispostement comme elle avait jamais fait : mais le cheval tomba et glissa sous elle. Il aurait semblé que telle rupture.

Ermite fü provisce, t. tiii.

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