‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Essais sur les mœurs. Tome 8Chapitre 25 sur 79 · LE TABLEAU ET LA MÉDAILLE · texte numérisé non relu

LE TABLEAU ET LA MÉDAILLE

Je fauche tout, et je couere tout <iet plii de ma touiane roa^.

Rickkuw.

Après avoir réparé nos forces abattues par la promenade de la veille, nous achevâmes de parcourir La Rochelle, et nous nous arrêtâmes dans la bibliothèque, dont le conservateur connaissait assez particulièrement mon guide. Ce fut dans leur conversation instructive que je glanai les notes principales que je vais transcrire sur le commerce et l’iUustration de cette cité.

Parmi les noms des Rochellois célèbres qu’ils me citèrent, je retins le nom barbare du cardinal de Burch , autrement dit Antoine Perauld, qui, de maître d'école , devint éminence ; du diplomate Pierre Dorioles, chanccher sous Louis XI, ce qui n'est pas un grand titre de recommandation; de Pierre Poupart, l’un des plus anciens traducteurs d’Hippocrate; de Jean de Sponde, qui traduisit

LE TABLEAU ET LA MÉDAILLE. l'jS Homère et Hésiode , et qui expliquait avec autant d’esprit que de finesse la cause de l’obscurité du style de certains auteurs : « Ils pensent bien ; mais l’expression reste en-deçà de la pensée, et le lecteur ne peut arriver jusqu’à elle;» d'EspincItard, voyageur et historien ; de Tahemeas, membre innocent de l’académie française; de Nicolas Voueite, auteur trop connu du mauvais ouvrage intitulé : Science de l’Amour conjugal, réimprimé presque aussi souvent que les meilleurs volumes ; de Fleurieu , de Belcorie, un des meilleurs minéralogistes modernes; de Resaguliers, physicien habile; de Chassiron, agriculteur; de Desherbiers, médecin, fondateur de la bibliothèque publique de La Rochelle ; de Lafaille, naturaliste, qui fit don à la ville de son cabinet d’histoire naturelle ; du père Arcène, oratorien , auteur d’ime bonne histoire de La Rochelle ; et enfin du célèbre Réaumur, dont la patience éttdt aussi du génie.

Je ne dois pas oublier sur-tout l’illustre président Dupaly, l’un des hommes les plus ingénieux et les plus vertueux de la France ancienne. Toute sa vie fut marquée par la générosité , le dévouement , la philanthropie ; et si quelques taches déparent ses écrits, remplis d’ailleurs d’éloquence, de verve, de force , d’imagination , et d’éclat , aucun nuage n’est jamais venu ternir sa réputation de citoyen, d’homme privé et de magistrat. Comme si le ciel

176 LE TABLEAU ET LA MÉDAILLE, eût réservé à cet honorable émule des Lllûpital et des Séguier une récompense digne de sa vie, trob enfants , célèbres en différents genres , ont soutenu après sa mort la réputation de leur famille. L'un , M. Emmanuel Dupaiy, poète distingué, qui compte presque autant de succès que d'essais dramatiques, a flétri d'un vers caustique et sanglant la race des délateurs qui pullulait sous la restauration nouvelle.

L’autre, M. Adrien Dupaty, président de la cour royale, se montre, par un sage attachement aux libertés du peuple et du trône, digne du bel héritage qu’il recueille.

Le troisième enfin, Charles Dupaty, l’un des sculpteurs les plus justement célèbres de l’époque, s’est distingué par la vigueur de ses créations et l’énei^ie antique du goût Les Bernouilli, les Vernet , les Carrache , ont donné l’exemple de familles dévouées au culte d’une seule muse, et recueillant sur ses autels des lauriers que se partageaient entre eux les divers membres qui les composaient; mais je ne sais si l’on peut citer un second exemple d’une famille dont toutes les têtes supportent , pour ainsi dire , des couronnes différentes , et ont mérité , sous divers rapports , une part égale de gloire et d’estime.

Le savant bibliothécaire me fit observer que La

' Cet habile statoairc est mort dans la force de l’àge et du talent , vers la fin de l'année i8aS.

LE TABLEAU ET LA MÉDAILLE. I77 Rochelle occupe dans l'bistoire du commerce de France une place très distinguée. Placée au fond du. golfe de Gascogne, c'est le seul port de navigation qui se trouve entre Bayonne et Brest.

» Vous avez admiré , me dit-il , ces rades aussi belles que sûres, abritées par des îles industrieuses et peu plées. Les en trepriscs des R ocbcllois fondèrent le commerce du Canada, et donnèrent ainsi une bienfaisante et forte impulsion k l'industrie française. Qurnd le privilège de ce commerce cessa , ils exploitèrent celui des côtes de l’Afrique et celui de Saint-Domingue. Et si, après une aussi longue interruption des relations coloniales, la ville n’est pas tombée dans une complète décadence, il faut en rendre grâce à son excellente position.

« On compte à La Rocbcllc près de dix-buit mille âmes. La société y est agréable, et le goût des sciences et des arts s’y fait sentir. Mais, continua notre narrateur, puisque nous parlons des arts, et que, sans doute, votre curiosité recherche tous les monuments de l’histoire, je ne dois pas manquer de vous faire connaître deux singularités qui exciteront vos réflexions philosophiques, n Nous suivîmes le bibliothécaire à travers les salles de l’édifice, non sans remarquer le petit nombre de livres déposés sur les rayons , et nous nous trouvâmes dans le cabinet où étaient conservées les curiosités qu’il nous avait annoncées. Waller-Scott, par un de ses

EiiUITB PROTIRCB, T. VIII. la

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