DE SAINTE-CASTEU.E. 2II
histoire, et que vous n’en dédai(piez pas la partie anecdotique, il faut que je vous instruise du bonheur que nous avons de posséder une fontaine miraculeuse et tout-à-fait liistorique. Toutes nos jeunes filles, après avoir fait leurs dévotions à Saint-Eutrope , ne manquent pas de venir boire des eaux de Sainte-Castelle; les matrones du lieu sont persuadées que cette source divine a la vertu de procurer de bons maris à leurs filles. C’est une fontaine intarissable d’espérance, d'amour, et d’iiyménée. Au mois de mai, lorsque le jour s’éteint et que l’ombre se répand sur la terre, lorsque des nuages légers voilent le disque de la lune, l'eau de la fontaine de Castelle a toute sa puissance ; on voit alors lesjeunesSaintoises accourir par essaims vers sa source bienfaisante; de longues prières, un long séjour près de ces eaux merveilleuses, n’effarouchent point la sévérité des mères; le mariage suit de près ces pèlerinages; quelquefois il est vrai.... mais ne jetons pas de nuages sur l’efficace protection d’une aussi grande sainte , et honorons la fontaine qui fait fleurir la population de la ville. » Nous remercions notre cicerone et nous nous apprêtons à repartir; mais il nous retient et veut que son éloquence l’emporte sur notre résolution bien arrêtée de suivre le précepte d’Horace et de courir au dénouement, sans nous reposer longtemps sur les accessoires. « De belles ruines par-
LA FONTAINE
scmenttoute la Saintonpe, nous disait-il : l'aqueduc, les fontaines de Douches et de Fénérand, qui s’engloutissent et disparaissent sous les voûtes romaines pour ne plus se remontrer, sont dignes d’attirer votre attention. Dois-je vous citer cette pile fameuse de Pirelongue, où M. Millin croyait voir un retranchement anglais, et oùje ne puis voir, moi, qu’une pierre levée pour former un tombeau : par-tout des dolmen couverts de mousse, des lumuli, des pierres siltcs ou pierres sichécs, en un mot tout ce qu’a de plus vénérable la science de l’antiquaire? Venez donc et parcourez avec moi le département de la Charente.» Nous ne pûmes accepter ces propositions, et nous fîmes nos adieux à M. de Mathevelle, après avoir tenu, observé, et examiné avec une sorte de vénération quelques lettres originales du bon Fénelon, qui contiennent la preuve de ce qu’il avait avancé sur la tolérance admirable de ce prélat. X Oui, messieurs, disait le gentilhomme avec attendrissement, M. de Fénelon (qu'on a tort de prononcer Fénélon , ce qui défigure son nom patronimique); M. de Fénelon eût été Platon en Grèce, il eût été Malesberbes à la cour de Louis XVI; toutes les vertus douces, tendres, bienfaisantes s’étaient réfugiées dans son ame comme dans un asile; et s’il est quelque chose qui prouve combien la fureur des disputes théologiques change les hommes, c’est l’erreur de monsieur (ajouta-t-il en montrant